Le mot du 22 mai 2014

 Bourde

            « 1 200 quais dans les brumes » : une fois de plus, c’est grâce au Canard enchaîné (numéro daté 21 mai 2014) que les Français ont été informés. En l’occurrence, informés d’une invraisemblable, stupéfiante, scandaleuse et fort coûteuse erreur : de nouvelles rames de trains express régionaux (RER), commandées au nombre de presque 2 000, se sont révélées trop larges pour circuler sans souci sur le réseau ferré de l’Hexagone !…

            Le terme familier bourde, employé par un certain nombre de médias pour qualifier cette monumentale bévue, est manifestement inadapté eu égard à la gravité des faits. Car les quais de centaines de gares vont devoir être rabotés et, à certains endroits, ce sont les rails qui devront être espacés pour éviter des accidents (« À Lyon, il a fallu déplacer des rails à l’entrée d’une gare, car un train aurait pu en casser un autre », dixit le Canard).

            Il est trop tôt, semble-t-il, pour démêler les responsabilités totales ou respectives de la SNCF et de Réseau ferré de France (RFF) : la première ayant, sauf erreur, défini le cahier des charges d’après les informations données, sauf erreur aussi, par le second, puisque telle est la répartition des tâches. La facture, selon les chiffres comme d’habitude flous donnés par les médias se précipitant à la poursuite du Canard enchaîné, varient de 50 à 80 millions d’euros, voire plus.

            La plupart des synonymes de bourde venant à l’esprit semblent bien tièdes, eux aussi, pour parler de cette abyssale ânerie qui n’a rien d’une peccadille : impair, boulette, bêtise… Les citoyens et contribuables ne seront sans doute pas en peine, en cette période de difficultés, pour trouver d’autres mots.

            Peut-être issu du provençal borda, « mensonge », bourde a autrefois signifié « conte forgé pour abuser de la crédulité de quelqu’un ». Georges Duhamel l’emploie encore sous cette acception dans sa Chronique des Pasquier (« Le Désert de Bièvres ») : « Nous voudrions plaisanter. Trouver à dire quelque bourde. » Le terme a pris ensuite la signification aujourd’hui usuelle : « erreur grossière due à l’ignorance ou à l’étourderie », qui est bien faible pour parler d’une lourde faute.

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