Le mot du 25 juin 2014

cannibale

 

            Un individu étrange et dangereux sévit au sein de l’équipe uruguayenne lors du « Mundial » : un certain Luis Suarez. Ce footballeur très spécial est un « serial mordeur » (pas encore « murderer »)… Il a en effet l’habitude, depuis des années, de se ruer soudainement sur un adversaire, de temps à autre, pour le mordre sauvagement. Non dénué de talent, il a joué dans l’équipe prestigieuse de l’Ajax d’Amsterdam, et aux Pays-Bas il fut surnommé « le Cannibale de l’Ajax ». Ses dons dans le domaine footballistique ont dû le protéger, car, normalement, il aurait déjà dû être exclu à tout jamais des terrains de sport.

            Est-ce un dément ?… Dans ce cas, ce serait un « intermittent » de la folie, car lors de son dernier « exploit », où il planta ses crocs dans l’épaule d’un défenseur italien, Giorgio Chellini, il choisit bien le moment où l’arbitre tournait le dos, puis simula, en très bon comédien sensé, une blessure lors du choc… Mais les caméras, elles, ont tout filmé, et l’épaule du joueur italien portait nettement la marque de l’implantation des solides quenottes de l’attaquant uruguayen, surnommé aussi, et c’est plus valorisant car reconnaissant ses qualités de tireur au but, « le Pistolero ». Mais, en vérité, c’est un drôle de… « pistolet » !

            La suite logique et normale devrait être au moins l’exclusion du footballeur pour toute la fin de la compétition mondiale. Ou bien, alors, on condamnera ce petit-cousin de « C’Hannibal Lester » (« Hannibal le Cannibale », formidablement interprété, au cinéma, par Anthony Hopkins) à porter lui aussi un masque de fer grillagé, une muselière renforcée !

            Cannibale est un nom commun et adjectif noté dès 1515 (Marignan !), mais avec un seul n, au sens de « individu des peuplades anthropophages des Antilles ». Le mot serait venu, via l’espagnol canibal, de l’arawak caniba qui désignait les Caraïbes antillais. D’autres sources donnent le mot caraïbe caribe, « hardi », terme par lequel se désignent les Caraïbes.

            En toute rigueur, on ne doit pas faire de cannibale et d’anthropophage des synonymes absolus : le premier terme peut être employé à propos d’êtres humains comme d’animaux qui mangent des êtres de leur propre espèce ; le second ne peut s’utiliser que pour des êtres humains mangeant de la chair humaine. Ces poissons appartiennent à une espèce cannibale. Les Caraïbes avaient pour coutume de manger leurs ennemis mâles ; c’étaient des cannibales, des anthropophages. « « Il ne s’agit pas ici d’Australiens timides ou abrutis, mais bien d’une race intelligente et sanguinaire, de cannibales friands de chair humaine, d’anthropophages dont il ne faut attendre aucune pitié. » » (Jules Verne, les Enfants du Capitaine Grant.)

             Nos amis belges dénomment depuis longtemps cannibale un steak tartare servi sur un toast, et l’un d’entre eux, peut-être le plus grand champion cycliste connu, Eddy Merckx, a été surnommé « le Cannibale », parce qu’il voulait tout gagner, des classiques aux courses par étapes : il voulait tout dévorer !

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