Le mot du 27 juin 2014

guère

            Les Français n’ont guère d’occasions de se réjouir – on mettra à part les membres de la florissante oligarchie ploutocratique qui détient en notre « démocrassouille » mollassonne les pouvoirs réels, dont un fort pouvoir d’achat. En usant non de l’épanaphore présidentielle, mais de la litote et de l’euphémisme, chacun constate qu’il n’y a guère d’amélioration dans le domaine de l’emploi, qu’il n’y a guère de logements nouveaux proposés aux gens modestes, qu’il n’y a guère de redressement du niveau général des élèves de l’éducation nationale (voire les enquêtes européennes), etc.

            Comme on le sait, l’adverbe guère signifie « pas beaucoup ». La question s’est souvent posée de savoir si l’on pouvait utiliser un singulier avec guère de quand il s’agit de choses concrètes ; si, par exemple, il était licite d’écrire : « il n’est guère d’homme politique qui ne soit exposé à la corruption ». Que l’on mette « pas beaucoup » à la place de guère, et il devient évident que le PLURIEL est obligatoire : pas beaucoup d’hommes politiques qui ne soient exposés… puisque « pas beaucoup » implique tout de même un certain nombre, en tout cas plus de deux. Or, à partir de deux unités, on se trouve évidemment dans le pluriel.

            On peut donc estimer que :

            1° guère de doit être suivi du PLURIEL chaque fois que le mot s’applique à des choses dénombrables, telles que des êtres ou des objets : nous n’avons plus guère de lapins dans notre clapier ; il n’y a guère de nuages dans le ciel… ;

         guère de doit être suivi du SINGULIER chaque fois que ce mot s’applique à des choses non dénombrables, soit qu’il s’agisse d’une matière fluide ou pulvérulente : tu n’as guère mis de sel dans la soupe ; ils n’ont guère d’eau, dans ce pays ! ; soit que le propos roule sur des sentiments ou sur des abstractions : on ne trouve guère de fantaisie dans cette pièce ni d’imagination chez son auteur. Ce raisonnement paraît empreint de logique, et peut servir de guide, pensons-nous. Il permet d’ailleurs de préciser ses intentions. Par exemple : il n’y a guère de raison dans vos arguments, cela veut dire qu’ils sont peu raisonnables, que la raison ne les caractérise pas spécialement ; tandis que : il n’y a guère de raisons dans vos arguments veut dire qu’ils sont dénués de motifs, qu’on n’a pas cherché à les étayer par de convaincantes démonstrations.

            Cela dit, dans des textes de caractères fort divers, des auteurs ont employé le singulier pour des êtres et des choses qui peuvent s’individualiser. La doctrine ci-dessus exposée est sinon une règle rigide, du moins un bon fil conducteur, un repère intéressant pour le plus grand nombre des cas…

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