Le mot du 11 septembre 2014

anathème

 

            Plusieurs confrères des médias estiment que M. Manuel Valls lance des anathèmes contre les « frondeurs » (voir « mot du jour » précédent) qui, même seulement en s’abstenant, se mettraient, selon lui, en dehors de la solidarité due au Parti socialiste, au président de la République et au Premier ministre… Lesdits « frondeurs », du moins les plus critiques d’entre eux, parlent, eux, de « trahison » des électeurs et des idéaux socialistes par MM. Hollande et Valls.

            Tout en multipliant les mises en garde, le locataire de Matignon se défend d’être « dans la menace » ou « dans le caporalisme ». Le ton est tout de même très ferme, du type semonce, réprimande, remontrance, condamnation… D’où l’emploi d’anathème (du latin chrétien anathema) par des journalistes et commentateurs.

          Quoique aujourd’hui synonyme, par extension, dans le vocabulaire général, de « réprobation énergique », anathème reste marqué par son appartenance au lexique religieux. Les acceptions d’autrefois se rattachant à l’Antiquité et à ses croyances sont bien oubliées : « offrande faite à une divinité » et « objet détruit, ou victime immolée, offerts en expiation à une divinité ». En revanche, la signification en usage dans la religion catholique – « sentence de malédiction à l’encontre d’une doctrine ou d’une personne jugée hérétique », « peine ecclésiastique consistant à excommunier publiquement quelqu’un en le maudissant » – n’est pas ignorée des usagers de la langue française…

            Frapper quelqu’un d’anathème, lancer l’anathème contre quelqu’un, sont donc des expressions fortes se rapportant à des mercuriales, à des admonestations sévères. Les derniers propos de M. Manuel Valls sont-ils bien dans ce registre, et annoncent-ils, en cas d’ « accident(s) » lors du vote de confiance du 16, des « retombées » sévères ?…

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