Archives mensuelles : septembre 2014

Le mot du 3 septembre 2014

délétère

            Que fait un(e) journaliste à court d’idées, ou de vocabulaire, pour qualifier une ambiance, une situation, un climat, une conjoncture, qu’il ou elle a du mal à définir avec précision ?… Il ou elle se rue sur l’adjectif à la mode au point d’être une « scie » du langage : délétère !

            L’air est-il malsain, ou plutôt pestilentiel ?… Bah ! Il sera délétère. La situation politique est-elle insupportable ou dangereuse ?… Disons qu’elle est délétère. L’atmosphère au sein de cette entreprise est-elle irrespirable, tendue, pernicieuse ou nocive ?… Tout bien réfléchi (… ou pas !), elle s’affiche délétère. Cet adjectif sert donc, a priori, à qualifier quelque chose d’indéfinissable, d’insaisissable, qui échappe à l’analyse et à la description… Ses utilisateurs, par son emploi, « bottent donc en touche », se lavent les mains, laissant aux auditeurs, aux téléspectateurs et aux lecteurs le soin d’attribuer à ce terme l’acception de leur choix.

            Le recours à délétère traduit bien souvent, en fait, l’incapacité de ceux qui l’emploient à analyser une situation, à interpréter des faits et gestes, à ressentir une atmosphère, à disséquer un propos, à expliquer le dessous des cartes…

            Il est inhabituel d’employer délétère au sujet de personnes, mais il ne manque pas d’individus, hommes et femmes, que l’on associerait pourtant volontiers aux acceptions de « dangereux, nuisibles, corrupteurs, pernicieux… ».

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            La Mairie du 7e arrondissement vient de m’annoncer qu’elle avait fixé au mercredi 5 novembre son Salon de l’écriture… À mon grand regret, il ne me sera pas possible d’écrire et animer une dictée dans ce cadre, puisque depuis plusieurs mois cette date est bloquée pour ma traditionnelle dictée Jules-Verne de Nantes, au conseil général de Loire-Atlantique.

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Le mot du 1er septembre 2014

illuminés

           Illuminé est à lui tout seul un oxymore : ses acceptions sont complètement contradictoires ! Rappelons que l’on appelle oxymore l’association – maladroite, ou bien volontaire – de termes contradictoires. Ce peut donc être une bévue, par méconnaissance du vocabulaire, ou bien une figure de style littéraire destinée à frapper le lecteur par une alliance de mots inattendue. Dans ce dernier cas, l’exemple le plus vanté est la « sombre clarté qui tombe des étoiles » de Corneille (le Cid).

         Adjectif, illuminé qualifie ce qui est vivement éclairé : les vitrines illuminées des grands magasins, les grands boulevards pavoisés et illuminés pour la Saint-Sylvestre…Et aussi ce qui semble être éclairé comme par une lumière : les visages rieurs, illuminés, des gamins, ou, encore, dont l’esprit est saisi par une idée, par une pensée : Tel Archimède, le visage illuminé, il s’exclama : « Eurêka ! »…

            Avec l’adjectif, nous sommes donc dans le domaine de la lumière, de la clarté, de la beauté, de l’intelligence… Tout autre est la signification du vocable quand il est substantif, car arrivent alors les ténèbres, la folie et la barbarie.

            Si certains illuminés peuvent être seulement de doux rêveurs, des songe-creux utopistes, de très farfelus loufoques, il n’en est pas du tout de même pour d’autres, fanatisés par des croyances, par des idées. Possédés, incapables de raisonner, entièrement dominés par l’irrationalité, ces illuminés sont des fanatiques arriérés, des barbares capables des pires atrocités, ennemis de ce que l’on appelle communément la civilisation…

N. B.  : L’emploi du mot barbares nous inspire un ajout sur l’origine contestée d’orgue de Barbarie. Les linguistes restent divisés : pour certains, il s’agit de la déformation du nom du premier fabricant (XVIIIe siècle) de cet instrument de musique, un Italien du nom de Giovanni Barberi ; pour d’autres, ce serait une allusion à la sonorité « barbare» dudit instrument, ou bien au fait que les joueurs ambulants de ces « automatophones » étaient des étrangers, des personnes baragouinant le français (dans l’Antiquité, étaient nommés « barbares » les peuples qui ne parlaient ni le latin ni le grec, et, par extension, ensuite, les individus ne parlant pas la langue d’un pays)…

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            INFORMATIONS :

1° Les jeux-concours mensuels, comme cela a été annoncé, commenceront à partir de ce mois. Exceptionnellement, le jeu-concours de septembre ne sera mis en ligne que le 15. (Je rappelle que les trois premières personnes à avoir donné les réponses exactes gagneront un livre, de même qu’une personne tirée au sort parmi les autres bonnes réponses.)

2° Comme tout le monde ne pense pas à consulter régulièrement la rubrique « agenda », les « événements » nouveaux (entre guillemets, pour bien montrer qu’il n’y a pas là de la grandiloquence !) seront annoncés également au sein de cette chronique des « mots du jour »…

Donc : samedi 6 septembre, à Versailles, avenue de Paris, à côté de l’hôtel de ville, Défense de la langue française tiendra un stand (D 09), de 10 heures à 18 heures dans le cadre du Forum des associations. Je serai présent, au minimum, de 13 heures à 15 heures, en animant un quiz sur le podium à 13 h 45.

Le mot du 30 août 2014

ministre

          Mini-remaniement ministériel pour d’aucuns si l’on considère le nombre de changements de personnes, ou bien « tsunami » politique pour d’autres, le remplacement du cabinet Valls I par un ministère Valls II a évidemment fait l’actualité. Pour nombre de Français, le gouvernement, compte tenu de la présence de quelque quinze secrétaires d’État, reste une « armée mexicaine ». Par sarcasme, des auteurs, des journaux satiriques, appellent « sous-ministres », voire, plus désobligeant encore, « ministricules », ces secrétaires d’État.

           Issu du latin minister, le mot ministre devrait inciter à la modestie les titulaires d’un maroquin (… attention ! ne pas écrire « marocain » ! penser à maroquinerie). Opposé à magister – qui a donné maître –, minister correspond à « serviteur, domestique ». Un « ministre du culte » est un religieux, un serviteur de Dieu ; un(e) ministre est une personne qui doit administrer les affaires publiques pour le bien du peuple, pour le bien public, en étant AU SERVICE de la population.

          Le neutre étant exprimé, en français, par le masculin, l’usage classique était de dire « madame LE ministre », en ne tenant compte que de la fonction. Une évolution qui ne fait toujours pas l’unanimité a rendu épicène (= des deux genres) le mot ministre. « La ministre » est donc entré dans le langage, d’autant plus aisément qu’il n’y avait pas à chercher à créer un féminin…

        « Armée mexicaine » est une locution née par référence au Mexique des révolutionnaires Pancho Villa et Emiliano Zapata, et à leur armée de paysans caractérisée par le surnombre d’  « officiers » eu égard aux effectifs des combattants. Cette pléthore de « chefs » et de « sous-chefs » aboutit inéluctablement, quel que soit le contexte, à des ordres et contrordres, à des rivalités, donc à la désorganisation, à de nombreux dysfonctionnements… À l’inefficacité.