Archives mensuelles : octobre 2014

Le mot du 9 octobre 2014

aide-soignante

            L’état de santé d’une aide-soignante espagnole, première personne contaminée par Ebola hors d’Afrique, suscite l’inquiétude. Cette personne a été atteinte par le virus après avoir soigné un missionnaire1 rapatrié de Sierra Leone (il n’y a pas de trait d’union dans le nom de cet État, parce qu’il s’agit d’un nom étranger, non francisé).

            Beaucoup d’hésitations surgissent, semble-t-il, au sujet du pluriel d’aide-soignant(e)… Aide est une forme conjuguée du verbe aider. C’est aussi un nom, féminin : Votre subvention est une aide précieuse pour notre association. C’est toujours un nom, masculin ou féminin, pour désigner une personne qui assiste, qui aide : Le président a une aide jeune et très efficace ; Cet aide robuste nous a donné un appréciable coup de main !

               Aide entre donc dans la composition de plusieurs mots à trait d’union.

       Quand il s’agit du nom désignant une personne qui aide, les deux composants prennent la marque du pluriel : des aides-comptables, des aides-maçons, des aides-lingères, des aides-cuisiniers (accord normal des mots composés formés par deux substantifs) ; des aides-soignant(e)s (accord ordinaire des mots composés formés par un substantif et un adjectif, y compris un adjectif verbal, épithète).

          Quand il s’agit de la forme conjuguée, cas beaucoup plus rare, les deux éléments sont généralement invariables : des aide-mémoire (évidence : il s’agit de quelque chose qui vient en aide à LA mémoire). Pour l’obsolète aide-nourrice, « appareil destiné à amuser les enfants en bas âge tout en développant leurs forces, et nommé aussi sautoir », il y a eu hésitation : des aide-nourrice ou des aide-nourrices. En revanche, le bien oublié aide-moi, « fer dans lequel entre le timon d’une voiture », était forcément invariable…

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1. Ne pas confondre, à l’écoute, un père missionnaire partant pour l’Orient avec un permissionnaire partant pour Lorient!

Le mot du 7 octobre 2014

cévenol

            L’expression, ou la locution, « épisode cévenol » revient quasiment tous les jours dans les journaux radiodiffusés et télévisés, et, évidemment, dans les bulletins météo… Cet emploi très fréquent suscite des interrogations : le syntagme est-il toujours proprement utilisé, ou est-ce de l’à-peu-près, par extension-généralisation ?…

            Rigoureusement, épisode cévenol désigne un type particulier de pluies intenses dues à l’accumulation de masses nuageuses venant du golfe du Lion, dans un régime de vents de sud à sud-est. Ces pluies frappent les Cévennes – d’où le nom –, puis ce que l’on appelle « le piémont cévenol » (entité géographique, qui est aussi le nom d’une communauté de communes dont le siège administratif est à Quissac, dans le Gard), entraînant de graves inondations.

            Le gentilé, ou ethnonyme, cévenol(e) – avec un seul n – semble peu usité comme substantif ; pourtant, il est licite de dire : des Cévenols, de jeunes Cévenoles. L’emploi adjectival est beaucoup plus répandu : des villages cévenols, le patois cévenol, des paysannes cévenoles.

            Compositeur quelque peu oublié, sauf des mélomanes, Vincent d’Indy (1851-1931) était issu d’une famille de la noblesse ardéchoise. C’est d’ailleurs à partir d’un air de berger ardéchois qu’il a écrit l’une de ses principales œuvres : la Symphonie sur un air montagnard , dite « Symphonie cévenole ».

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            Rappel succinct des dates des prochaines dictées publiques :

  • Samedi 18 octobre : Piriac-sur-Mer (Loire-Atlantique)
  • Mercredi 5 novembre : Nantes (Loire-Atlantique)
  • Samedi 8 novembre : Honfleur (Calvados)
  • Samedi 15 novembre : Montmartre (Paris)
  • Dimanche 23 novembre : Sorèze (Tarn).

Le mot du 5 octobre 2014

Gémeaux

           Charlène de Monaco, princesse du «  Rocher », a annoncé à un magazine britannique, Hello, qu’elle attendait des jumeaux… L’information est évidemment reprise par les médias français, et l’on peut noter que ces derniers adoptent de plus en plus la graphie francisée Charlène, avec un accent grave, au sujet de Charlene Lynette Wittstock, native de Bulawayo, au Zimbabwe.

            Si ces mêmes médias français n’ont jamais francisé Beatrix (des Pays-Bas) en Béatrice, et rarement Elizabeth II en Élisabeth II, l’attitude est différente avec les prénoms où un e précède une syllabe finale muette. Ceux qui ont fréquenté notamment les cassetins de correcteurs et les salles de rédaction savent combien de longues réflexions (☺) ont été entraînées par le prénom, à l’anglo-saxonne, de Marlene1 (née Maria Magdalena) Dietrich !… L’inoubliable interprète de Lili… Marlene2, réfugiée aux États-Unis, portera le prénom sans accent. Ses liens avec Jean Gabin pendant la Seconde Guerre mondiale et dans l’immédiat(e) après-guerre en feront quasiment une Française, et l’on sait qu’elle vivra à Paris des années 1975 jusqu’à son décès, en 1992. Son prénom, prononcé « marlène » bien sûr, était donc familier à bien des gens, et conduisait à franciser l’orthographe en Marlène. On trouve donc souvent en concurrence les deux formes, mais les dictionnaires ne retiennent que Marlene.

            Jumeau (féminin : jumelle, pluriel : jumeaux) vient du latin gemellus, au même sens. Pour certains, sans doute majoritaires, deux jumeaux est un pléonasme, car, s’il y a plus de deux enfants nés d’un même accouchement, on doit parler de triplés, de quadruplés, etc. ; pour d’autres, y compris des lexicologues et lexicographes, il est licite d’employer jumeaux pour qualifier plusieurs enfants, au-delà de deux. Pour échapper aux critiques, on réservera cependant l’utilisation de jumeaux à DEUX… gémeaux.

            Bien connu de ceux qui consultent les horoscopes, le mot Gémeaux est le nom d’un des signes du zodiaque, c’est-à-dire d’une des constellations. Il s’agit donc d’un nom propre, qui par conséquent doit s’écrire avec une majuscule : le signe des Gémeaux. Cette orthographe – une majuscule et le pluriel – est obligatoire en toutes circonstances : Ma femme est Gémeaux ; Mes deux sœurs sont des Gémeaux ; C’est un Gémeaux … puisque, à chaque fois, il y a une ellipse pour  « du signe des » : Ma femme est [du signe des] Gémeaux.

          Pour les Grecs, ces Gémeaux étaient Castor et Pollux; pour les Romains, il s’agissait de Remus et Romulus.

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1. Des disques allemands anciens comportent la graphie « Marleene« .

2. Il ne faudrait pas oublier, pour autant, que cette chanson, sous la graphie Lili Marleen, fut enregistrée, créée, par la comédienne et chanteuse allemande Lale Andersen en 1939. Cet air, adopté comme indicatif par la radio allemande de Bucarest en 1940, deviendra alors seulement très populaire, d’abord auprès des troupes du Reich, puis dans le monde entier.

Le mot du 4 octobre 2014

manif

            Dimanche 5 octobre, retour sur les pavés de Paris, notamment, de La Manif pour tous. Ce collectif appelle en effet, une fois de plus, ses adhérents et ses sympathisants à manifester, plus précisément contre la « déconstruction de la famille », contre la gestation pour autrui (GPA) et contre la procréation médicalement assistée (PMA).

            Ce collectif, ou ce mouvement, ayant très exactement choisi cette dénomination (et non « Manif pour tous »), il est obligatoire de mettre une majuscule à l’article la ainsi qu’au premier substantif, Manif. Les noms de partis politiques, d’associations, de clubs et de mouvements divers ne se mettent pas entre guillemets, sauf si l’enchaînement entre un nom de mouvement et le texte général entraînait une grotesque association, un calembour calamiteux et mal venu, voire une éventuelle ambiguïté, un quiproquo possible… La composition en caractère italique au sein d’un texte en romain (ou inversement) ne s’impose pas non plus, en dehors de textes – articles de presse, annexe de livres… – où l’on souhaiterait mettre en évidence telles ou telles de ces raisons sociales.

            Manif est, bien sûr, l’abréviation familière de manifestation. Le pluriel se forme normalement, avec un s final : les manifs de 1968.

            L’oulipien, ou oulipiste, Raymond Queneau s’est amusé, par ailleurs, à créer le dérivé manifestaille, dont la terminaison en -aille exprime évidemment la dérision, la critique, le dédain, le mépris (cf. boustifaille, antiquaille, bleusaille, piétaille, gueusaille…) : « Les évolutions du guet, et sa fine stratégie, dispersant la manifestaille ».

 

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Première dictée organisée à Bernay (Eure), samedi 4 octobre 2014. – Pour fêter son 25e anniversaire, l’association DÉCLIC (née à l’initiative d’une assistante sociale, Mme Isabelle Godefroy, avec pour objectif de lutter contre l’illettrisme) m’avait demandé l’organisation d’une « dictée inversée », et des questions-jeux-quiz autour de la langue française, au sein d’un après-midi qui comportait par ailleurs des intermèdes de chansons et de contes. Philippe Delerm venant, en voisin, évoquer ses parents instituteurs, l’école primaire, et son rapport avec la langue française.

            Par « dictée inversée », il faut comprendre « texte à fautes », des fautes qu’il fallait retrouver… L’exercice étant plus favorable aux participants qu’une vraie dictée, puisqu’il était demandé d’entourer les mots ou signes censés être fautifs, sans avoir à écrire la forme correcte. Mais il fallait aussi, évidemment, éviter de voir des fautes là où il n’y en avait pas !

            Le meilleur score a été obtenu par une fidèle des dictées, Mme Solange Pascarel. La participation régulière aux dictées est assurément un gage de réussite, et il convient de souligner le très bon classement d’autres fidèles, M. Robert Paul et M. Jacques Pascarel. Plusieurs des Bernayens et Bernayennes qui sont venus en nombre participer avec entrain, avec une belle bonne humeur, aux jeux et à la dictée, se sont classés aux premiers rangs des différentes catégories. Tous les participants sont repartis, selon leur classement, avec plusieurs prix-cadeaux.

Le mot du 1er octobre 2014

maestro

            Le vingt-cinquième anniversaire de sa disparition, en 1989, permet aux médias de célébrer la mémoire de Herbert von Karajan. Idole de très nombreux mélomanes, le mythique chef de l’Orchestre philharmonique de Berlin – ensemble prestigieux connu également sous le nom absolu de « la Philharmonie » – est pour beaucoup l’incarnation du chef d’orchestre, du maestro…   Avec son caractère bien trempé, Karajan était « l’homme qu’il fallait à la place qu’il fallait » pour diriger des musiciens de grande classe aux personnalités bien affirmées, voire non dénués d’égocentrisme.

            Bien sûr, il serait ridicule et injuste de ne considérer comme maestro que le seul Karajan… En 1817, Stendahl, grand connaisseur de l’Italie, emploie ce mot, un vocable couramment utilisé en italien, depuis le XVIe siècle, au sens de « compositeur de musique ». et signifiant proprement, littéralement, « maître ». La connotation usuelle est celle du respect.

            Parfois, l’emploi du terme se teinte quelque peu d’ironie, comme le note Saint-Saëns dans Harmonie et mélodie : « Livré à lui-même, le maestro Offenbach, comme on l’appelait avec une emphase un peu ironique, suivit le penchant naturel de son esprit ». Le mot peut d’ailleurs répondre à la… gamme étendue du persiflage, l’ironie, comme on le sait, allant de la moquerie légère au sarcasme mordant.

            Balzac a commis un involontaire calembour en écrivant dans sa correspondance : « Je connais Berlioz, Liszt, et j’ai pour ami depuis longtemps le grand maestro Rossini, puis Auber, enfin tous ceux qui sont à la tête de l’art ». Eh bien, comme « tête de lard », le volcanique, l’irascible, et très exigeant professionnellement, maestro Arturo Toscanini se posait là !

            Peu à peu, en français, maestro va être délaissé à propos des compositeurs, pour être réservé à des chefs d’orchestre de talent. Et c’est maître que l’on adoptera plus couramment à propos des compositeurs.

            Maestro est lexicalisé depuis de nombreuses décennies. Il n’y a donc plus lieu de guillemeter ce terme, ni de le mettre en italique… sauf s’il s’agit de contester par les guillemets la qualité et les compétences des individus concernés, ou d’exprimer l’ironie par l’italique. (Dans ces chroniques, le caractère italique est employé, comme c’est la norme dans tous les textes, pour faire ressortir les mots autonymes, c’est-à-dire les termes cités en tant qu’exemples.) Mettre une majuscule initiale est ambigu : vrai respect ou brocard ?…

            Maestro ne comporte pas de tréma sur le e, et le pluriel est maestros. Le chanteur belge Stromae, de son vrai nom Paul Van Haver, a tout simplement adopté comme nom de scène le contrepet, le verlan, de maestro !

            Remarques complémentaires :

  • Les von allemands s’écrivent sans majuscule, contrairement aux Van flamands (chez lesquels il y a des exceptions, notamment le cas particulier d’un certain Ludwig van Beethoven, compositeur… allemand).
  • Une faute d’orthographe hélas usuelle quoique illogique consiste à écrire : « philarmonie » (et « philarmonique »), alors qu’il faut bien évidemment un second h, derrière le : philharmonie, philharmonique, puisque l’étymologie est « qui aime, qui est amateur » (phil-) + « son, musique, HARMONIE».
  • Nom commun, orchestre devient un nom propre à majuscule dans la dénomination particulière d’un ensemble hors du commun dont le nom est devenu une véritable raison sociale, d’où : l’Orchestre philharmonique de Berlin.

                

Le mot du 29 septembre 2014

Venezuela

            L’assassinat à l’arme blanche, à Caracas, d’un député socialiste, Robert Serra, et de sa compagne a entraîné les médias internationaux à souligner que le Venezuela est le deuxième pays le plus dangereux du monde (avec, selon l’ONU, 53 homicides pour 100 000 habitants, alors que des ONG donnent le chiffre de 79). Le Venezuela n’est devancé, dans ce triste classement, que par le Honduras (90 assassinats et meurtres)…

            Venezuela s’écrit sans accents, en dépit de la prononciation : ce n’est pas un nom français, ce n’est pas un mot francisé. En revanche, le gentilé ou ethnonyme Vénézuélien(ne), mot français, comporte trois accents aigus. Comme tous les gentilés, il peut être un nom propre avec majuscule désignant des personnes (deux charmantes Vénézuéliennes) ou un adjectif – sans majuscule – qualifiant des choses, des notions, se rapportant au Venezuela (les journaux vénézuéliens, la musique folklorique vénézuélienne).

         L’origine du nom est controversée… Le plus souvent, on l’attribue aux explorateurs Amerigo Vespucci et Alonso de Ojeda – voire à Ojeda tout seul –, qui, en 1499 (Christophe Colomb était passé non loin de là l’année précédente), découvrent les maisons sur pilotis des Indiens du golfe de Maracaibo. Ces villages sur pilotis évoquent une Venise en réduction, une « petite Venise » : Venezziola. D’autres chercheurs soutiennent que le mot existait déjà, et se rapportait à une population indigène du nom de Veneçiuela…

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            Quel aurait été le résultat de l’octogénaire Brigitte Bardot (voir notre « mot du jour » du vendredi 26 septembre) si elle avait concouru samedi 27 à la 4e dictée de Bonsecours (Seine-Maritime) ? Nul ne saurait le dire. Mais, ce que l’on sait, c’est que la triomphatrice de cette journée fut Mme Marie-Clotilde Barraud de Lagerie, de Charleval, qui réalisa un « sans-faute »… et qui est de quelques printemps l’aînée de « B.B. » ! Très bien organisé par l’équipe des Bonoxiliens et Bonoxiliennes (= gentilé pour Bonsecours), cet après-midi autour de la langue française fut joyeux et chaleureux, tous les concurrents repartant avec plusieurs cadeaux !

            Le prochain après-midi de jeux-spectacle-concours se déroulera, rappelons-le, après-demain samedi 4 octobre, à Bernay (Eure), à 15 heures, à l’Espace Marie-Louise Hémet (Maison des associations), à côté de la gare, pour le 25e anniversaire de l’association DÉCLIC, qui lutte contre l’illettrisme. Tous renseignements et inscriptions : 02 32 43 21 37 ou http//declic.bernay.free.fr

            Les retardataires non inscrits seront acceptés sur place, samedi, à 15 heures.

Le mot du 26 septembre 2014

Quatre-vingts

            Brigitte Bardot n’est plus un bébé, même si elle demeure pour tout le monde : « B.B. ». Celle qui prêta ses traits au buste de la Marianne de la République en 1968-1969 via le sculpteur Alain Aslan est sur le point de fêter ses quatre-vingts ans. « On n’a pas tous les jours vingt ans… », chanta une des reines françaises du music-hall des années 1925-1940 : Berthe Sylva (1885-1941), qui triompha avec des chansons comme les Roses blanches, Un soir à La Havane, Le Raccommodeur de faïence, Mon vieux Pataud, le Petit Boscot…, soit un répertoire où sont très souvent dénoncés les malheurs, les injustices, la misère.

            Pas plus que cinq, sept, neuf ou onze, etc., vingt ne prend de s final. En revanche, dans l’adjectif numéral cardinal quatre-vingts, où il faut comprendre « quatre vingtaines », l’accord en nombre s’impose : quatre-vingts ans, quatre-vingts euros, la guerre de Quatre-Vingts Ans (ou « révolte des gueux », ou « révolte des Pays-Bas », menée de 1568 à 1648 contre l’occupant espagnol). Mais quand il s’agit de l’adjectif numéral ORDINAL (= qui donne un classement, un ordre) le s disparaît : les années mille neuf cent quatre-vingt, arrêter sa lecture à la page quatre-vingt…, parce que la signification n’est plus celle d’un total (soixante-dix-neuf choses plus une), mais : « la quatre-vingtième année du siècle », « la quatre-vingtième page ».

            L’hôpital parisien des Quinze-Vingts, spécialisé en ophtalmologie, porte ce nom pour signifier qu’à l’origine il disposait de trois cents lits (c’est-à-dire « quinze vingtaines », d’où l’orthographe).

            Dernière précision : lorsque l’adjectif numéral quatre-vingts comporte un autre adjectif numéral venant derrière, le s disparaît : quatre-vingt-sept votants, quatre-vingt-treize convives…