Le mot du 29 octobre 2014

shooter 

        Les habitants de certains pays occidentaux retournent, semble-t-il, à l’âge des cavernes. Il serait bon d’en dénoncer les causes et les responsabilités plus que probables : écœurement devant des politiciens incapables, veules ou corrompus; découragement devant des sociétés figées, encore et toujours injustes; désespérance face au chômage persistant; abrutissement et crétinisation par des animateurs de radio et de télévision trop souvent incultes et vulgaires…

      Cette décérébration (= destruction du cerveau) s’accompagne donc de comportements qui stupéfient et – ou – indignent. Ainsi, la pratique très intelligente des concours de shooters. Il faut tout de suite détromper ceux qui auraient vu dans le titre de cette chronique le verbe shooter, familier même à ceux que le football énerve !  Non, il s’agit d’un substantif anglo-américain désignant un cocktail alcoolisé contenant une dose variable d’un ou de plusieurs alcools forts, et que, généralement, on vide d’une traite, en faisant « cul sec ». Les ingrédients non alcoolisés entrant éventuellement dans la composition ne sauraient atténuer beaucoup la force « détonante » de ces mixtures.

           Les équivalents français usités sont donc, justement, « cul(-)sec », ou bien « rasade ». L’accord au pluriel de « cul(-)sec » peut faire débat : invariabilité, parce que forgé sur une partie de phrase (« faire cul sec ») ou double marque du pluriel, parce que mot composé associant un substantif et un adjectif…

         Les noms et les compositions de ces cocktails varient d’un bar à un autre. J’épargnerai aux lecteurs de cette chronique l’énumération des surnoms scabreux, grossiers, pour ne garder que certains, également fondés sur des jeux de mots : le « TGV » (= téquila + gin + vodka) et le « Kenavo » (= 2/5 de vodka + 2/5 d’absinthe + 1/5 de crème de mûre ou de cassis).

          Comme chacun sait, kenavo est un mot breton qui signifie « au revoir ». Il est plus que probable que, pour certains de ceux qui se livrent, dans des bars, à des concours de consommation de shooters, cela se termine, un jour ou l’autre, par un… adieu du type « mort subite ».

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