Archives mensuelles : novembre 2014

Le mot du 7 novembre 2014

alternative

            Celui que le Journal du dimanche appelle « le chef du PC » ou « le patron du PC », autrement dit M. Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste français, a commis une bévue de français, sans doute, en parlant récemment d’une « alternative ». Sans doute, ou peut-être…

            Après avoir dit : « Les choix politiques de Hollande et Valls ont tourné le dos à la gauche, en visant sa recomposition, voire sa décomposition »  –, le responsable politique a en effet déclaré, évoquant les « frondeurs », les écologistes et les communistes : « Personne ne doit rester au milieu du gué. Chacun doit se projeter dans la construction d’une alternative qui vise le pouvoir. »

            Or le mot alternative répond toujours, quand on s’exprime avec rigueur et précision, à la définition qu’en donnait Littré : « On dit quelquefois choisir entre deux alternatives, prendre la première, la seconde alternative ; cela est mauvais. Il n’y a jamais qu’une alternative, composée de deux éléments entre lesquels il faut se décider. Poussés à bout, attaqués dans nos derniers retranchements, s’il ne reste qu’un parti à prendre, il n’y a pas d’alternative. […]  On choisit dans une alternative, mais on ne se décide pas pour une alternative, puisque l’alternative elle-même est l’option entre deux issues, deux moyens. »

            En l’occurrence, le dirigeant du PC aurait dû employer parti, solution, option, ou toute autre formulation non ambiguë, car au pied de la lettre, en utilisant alternative, M. Laurent laisse entendre qu’il envisage… deux lignes politiques possibles – en tenant peut-être compte des sempiternelles contradictions opposant les différentes factions des écologistes, les différents groupes de « frondeurs »…

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Samedi 8 novembre, à 14 h 30, dictée annuelle « Honfleur fait sa dictée » à Honfleur (Calvados), au superbe Grenier à sel. L’inscription préalable (à l’Office du tourisme) est souhaitée, mais non obligatoire.

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Le mot du 5 novembre 2014

politicien

            Le Canard enchaîné du 5 novembre 2014 reprend les propos tenus par M. Alain de Greef, ancien directeur des programmes de Canal+, dans une interview accordée au Monde daté du 2 novembre : « Quand je regarde les programmes en clair, je suis atterré par la surreprésentation des politicards de tous bords, avec leur propagande nauséabonde et leurs parasites habituels, les éditorialistes, le mot ne voulant plus nécessairement dire quelqu’un qui écrit un éditorial, mais quelqu’un qui ramène son opinion sur le maximum de médias, quitte à la faire fructifier en publiant des livres sans intérêt mais promus sur toutes les antennes ».

            La signification de politicard (d’abord adjectif, puis substantif, la graphie politiquard est inusitée aujourd’hui), avec son suffixe dépréciatif en -ard, est claire pour tout le monde : il s’agit des femmes et des hommes pratiquant la politique sous un angle considéré comme déprécié ou méprisable. En revanche, un certain nombre de personnes ne prennent pas garde à l’acception nettement défavorable attachée à politicien(ne) : ce terme n’est pas neutre, n’est pas un synonyme anodin de « femme (homme) politique », de « personne qui s’occupe de politique »…

            Politicien, quoique moins « popu » que politicard, est tout autant chargé de valeur péjorative. Les dictionnaires contemporains les plus complets définissent ainsi le politicien et la politicienne : « Homme (ou femme) qui fait de la politique son métier, qui en connaît et en utilise toutes les intrigues ; qui mène une politique intéressée, souvent limitée à des considérations de stratégie électorale ou d’intérêts partisans ». Les intérêts « partisans » comprenant bien entendu les intérêts personnels. Le Trésor de la langue française (CNRS) indique d’ailleurs que politicien(ne) est souvent associé à un qualificatif renforçant la nuance péjorative : retors, avide…

 

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            Merci à toutes les personnes qui sont venues concourir, dans l’auditorium – rempli ! – du conseil général de Loire-Atlantique, à la 10e dictée Jules-Verne. Une fois encore, ce fut un après-midi joyeux, convivial ! Cela, en dépit du fait que des manifestations d’agriculteurs, entraînant des barrages de forces de l’ordre, gênaient la circulation dans Nantes. (Cette dernière remarque étant complètement neutre, bien évidemment.)

Le mot du 2 novembre 2014

Côte d’Ivoire

            L’arrivée en Côte d’Ivoire de l’ex-président burkinabé Blaise Compaoré a divisé l’opinion publique ivoirienne, semble-t-il. Il faut dire que, d’une part, la Côte d’Ivoire abrite quelque 4 millions de Burkinabés se partageant entre pro- et anti-Compaoré, et que, d’autre part, le Burkina du chef d’État déchu a servi, depuis plusieurs années, de base arrière à des opposants ivoiriens.

            … Chacun peut sans doute imaginer – à raison – que le nom de la Côte d’Ivoire vient de l’ivoire des défenses d’éléphant, dont les Portugais firent le commerce. Mais l’on connaît moins une dénomination antérieure, due, elle, aux navigateurs et commerçants dieppois : la « Côte des Dents », laquelle faisait déjà référence aux pachydermes, puisque dent signifiait « défense d’éléphant ». Ivoire vient du latin eboreum, même signification. Auparavant, le latin ebur, eboris, désignait l’ivoire, puis tout objet en ivoire, et aussi l’éléphant. En grec, elephas était employé tant au sens d’ « ivoire » qu’au sens d’ « éléphant ».

            Fondée en 1903, Abidjan, la ville la plus peuplée du pays, fut la capitale de la Côte d’Ivoire. Mais depuis 1983 c’est Yamoussoukro, ville natale de l’ex-président Houphouët-Boigny, qui est devenue la capitale politique.

            Abidjan doit son nom… à une méprise : quand des colons arrivèrent dans le pays, ils demandèrent à des femmes comment s’appelait l’endroit. Les Africaines répondirent : « T’chan m’bi djan » (« couper des feuilles »), car elles avaient compris qu’on leur demandait ce qu’elles faisaient. Ces femmes de l’ethnie ébriée (= du sud de la Côte d’Ivoire) ne pratiquaient peut-être ni le baoulé ni le diaoula, les deux langues « commerciales » servant aux échanges entre les quelque soixante ethnies. Ou bien était-ce les Européens qui avaient un accent à couper au couteau rendant incompréhensibles leurs propos…

            Quant à Yamoussoukro, son nom a été forgé à partir de Yamassou, nom de personne – celui du fondateur du village devenu ville –, et de kro, « maison, village », en baoulé.

            Le drapeau ivoirien (le gentilé ou ethnonyme a été formé sur le seul mot Ivoire, et non sur les deux termes, comme c’est le cas avec costarmoricain(e), ethnonyme pour Côtes-d’Armor) a été adopté en 1959. Il est composé de trois bandes verticales orange, blanche et verte… soit le même drapeau que l’Irlande, mais l’ordre des bandes est inversé. L’orange représente le progrès… et les savanes ; le blanc, l’unité du pays ; le vert, l’espoir… et les forêts du pays. La devise nationale est : Union, Discipline, Travail.

            Conformément à l’usage français, le nom de la Côte-d’Ivoire s’est écrit avec un trait d’union, puisqu’il s’agit d’une entité politique, géographique et administrative : cf. la Côte-d’Or, les Côtes-d’Armor, et non exclusivement géographiqueLes dirigeants du pays, depuis, ont vivement souhaité la disparition du trait d’union. Il est difficile de déterminer ce qui, dans ce souhait, a été dû à la volonté de rompre avec une graphie liée à l’ancienne métropole et ce qui a découlé d’une appréciation « esthétique » de ladite graphie.

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            La dictée de mercredi 5 au conseil général de Loire-Atlantique, à Nantes, semble faire le plein de l’auditorium. Il ne reste plus que de rares places à prendre. La communication faite par le conseil général, par l’Académie de Bretagne et des Pays de la Loire, et via la publication dans Presse-Océan des questions-jeux quotidiennes, a été très efficace.

            La dictée sera retransmise en direct sur le site du conseil général.

Le mot du 31 octobre 2014

star

            S’il y a, heureusement, d’authentiques journalistes qui font honneur à la profession, notamment en presse écrite, en respectant la langue française afin de conforter la transmission de l’information avec honnêteté, objectivité, crédibilité, fiabilité – des valeurs quotidiennement appliquées par le Monde d’Hubert Beuve-Méry, de Jacques Fauvet, d’André Fontaine notamment –, cela n’est pas le cas de tous les « journaleux ». Par manque de culture générale, par ignorance ou méconnaissance du vocabulaire, par désinvolture, un certain nombre de ces derniers sont les spécialistes de l’à-peu-près, de l’approximation… Et aussi, par souci de faire du « buzz », de l’enflure, de l’hyperbole, de l’emphase.

            Tous les jours il serait possible d’écrire un gros bêtisier à partir des bourdes, des niaiseries, des âneries, des inepties, écrites ou proférées à la radio et à la télévision, non seulement par ceux qu’au XIXe siècle on appelait des publicistes  (aujourd’hui, un publiciste est un spécialiste du droit public), mais aussi par des animateurs se prétendant chroniqueurs. Sans oublier ceux qui se repaissent de bobards pour alimenter leurs textes, et qu’on appelle pour cette raison des bobardiers.

            Appeler « jeune fille » une fillette de huit ans ne relève pas d’une grande rigueur. Désigner,  sous l’influence du politiquement correct, par « un jeune » un homme de trente-cinq ans habitant une banlieue « difficile » et supposé suivre des études suscite quelque méfiance à propos du crédit à accorder à la totalité de l’article ou du reportage, etc.

            Il apparaît donc aussi comme très inadapté d’accorder, par un abus de langage, le statut de star (littéralement : « étoile »), c’est-à-dire de grande vedette, de grande artiste, de personnalité respectée, à n’importe quelle nymphette vulgaire et inculte mise en avant par des émissions dites de téléréalité.

           

Le mot du 29 octobre 2014

shooter 

        Les habitants de certains pays occidentaux retournent, semble-t-il, à l’âge des cavernes. Il serait bon d’en dénoncer les causes et les responsabilités plus que probables : écœurement devant des politiciens incapables, veules ou corrompus; découragement devant des sociétés figées, encore et toujours injustes; désespérance face au chômage persistant; abrutissement et crétinisation par des animateurs de radio et de télévision trop souvent incultes et vulgaires…

      Cette décérébration (= destruction du cerveau) s’accompagne donc de comportements qui stupéfient et – ou – indignent. Ainsi, la pratique très intelligente des concours de shooters. Il faut tout de suite détromper ceux qui auraient vu dans le titre de cette chronique le verbe shooter, familier même à ceux que le football énerve !  Non, il s’agit d’un substantif anglo-américain désignant un cocktail alcoolisé contenant une dose variable d’un ou de plusieurs alcools forts, et que, généralement, on vide d’une traite, en faisant « cul sec ». Les ingrédients non alcoolisés entrant éventuellement dans la composition ne sauraient atténuer beaucoup la force « détonante » de ces mixtures.

           Les équivalents français usités sont donc, justement, « cul(-)sec », ou bien « rasade ». L’accord au pluriel de « cul(-)sec » peut faire débat : invariabilité, parce que forgé sur une partie de phrase (« faire cul sec ») ou double marque du pluriel, parce que mot composé associant un substantif et un adjectif…

         Les noms et les compositions de ces cocktails varient d’un bar à un autre. J’épargnerai aux lecteurs de cette chronique l’énumération des surnoms scabreux, grossiers, pour ne garder que certains, également fondés sur des jeux de mots : le « TGV » (= téquila + gin + vodka) et le « Kenavo » (= 2/5 de vodka + 2/5 d’absinthe + 1/5 de crème de mûre ou de cassis).

          Comme chacun sait, kenavo est un mot breton qui signifie « au revoir ». Il est plus que probable que, pour certains de ceux qui se livrent, dans des bars, à des concours de consommation de shooters, cela se termine, un jour ou l’autre, par un… adieu du type « mort subite ».

Le mot du 28 octobre 2014

dissolution

          Prenant sans nul doute leurs désirs pour des réalités, des adversaires du président de la République et – ou – du gouvernement laissent entendre qu’une dissolution de l’Assemblée nationale interviendrait bientôt. Ils expriment là, en fait, plus un souhait qu’une conviction : on voit mal M. Hollande précipiter sa majorité dans le désastre, dans la débâcle ! Des politologues, des journalistes politiques, vont jusqu’à prédire que le Parti socialiste y perdrait neuf députés sur dix…

          Les députés dits « frondeurs » en sont bien conscients, qui savent jusqu’où ils peuvent aller, en se résignant à avaler des couleuvres.

          De dissolution à dissoudre, il n’y a évidemment qu’un pas. Je rappelle que ce verbe se conjugue comme absoudre. Il faut donc dire : « J’attends que ce comprimé se dissolve », et non « se dissoude », bien que Scarron ait employé ce subjonctif présent incorrect, et que Victor Hugo en ait fait autant – pour la rime avec coude – dans son poème Dieu (« Au seuil du gouffre ») : « Jusqu’à ce qu’il s’en aille en cendre1 et se dissoude ».

          À la 3e personne du singulier du présent de l’indicatif, la lettre finale est un t, et non un « d » : il/elle se dissout. Notez, aussi, le s final du participe passé, dissous, bien que son féminin soit : dissoute.

          … Il serait plaisant qu’un jour une Assemblée soit dissoute pour avoir été dissolue (dévergondée, dépravée, débauchée) !  ☺

 1. Oui : cendre, au singulier.