Le mot du 28 novembre 2014

bonobos

            Les bonobos,  plus personne ne doit l’ignorer aujourd’hui tellement on leur a consacré d’articles et de reportages, sont les primates les plus proches de l’homme. Le  bonobo  et  l’être  humain  auraient des génotypes semblables à 98,7 %. Bonobo viendrait de la déformation du nom de la ville de Bolobo, en République démocratique du Congo.

            Un terme homonyme revient de plus en plus souvent dans les médias, que l’on peut mettre entre guillemets (l’emploi de l’italique ne serait pas adapté), parce qu’il s’inscrit dans un vocabulaire familier d’argot « branché ». On connaît depuis plusieurs décennies les « bobos » : les « bourgeois-bohèmes », dénomination issue du livre de l’Américain David Brooks, Bobos in paradise : The New Upper Class and How They Got There (2000).  L’auteur y dépeint ceux qui, selon lui, forment une nouvelle classe sociale, plutôt un « sociostyle » : des personnes urbaines, aisées, cultivées, se démarquant du comportement traditionnel des petits et grands bourgeois.

            En anglo-américain, « bobos » semble ne pas avoir pris la connotation péjorative attachée à ce terme en français : des personnes aisées, privilégiées, se proclamant de gauche … mais dont tout le comportement dément, en réalité, cette profession de foi. À Paris, les « bobos », dont beaucoup se réclament de l’écologie, sont le plus souvent assimilés à ce que l’on appelle la « gauche caviar », vivant entre soi et ayant largement contribué à chasser de la capitale les gens pauvres, les ouvriers, les petits employés, les retraités modestes, et même les classes moyennes…

            C’est peut-être pour lutter contre l’impropriété totale ou partielle qu’ils ressentent dans cette connotation que certains ont lancé le vocable « bonobo »… qui n’a aucun lien avec le chimpanzé. « Bonobo » viendrait, à leurs yeux, rétablir la réalité : les « bobos » seraient bien des personnes aisées aux idées libérales,  ayant peut-être même le cœur sincèrement à gauche, tandis que les « bonobos » seraient assurément des « bourgeois non bohèmes », très conformistes. Chacun ayant sa vérité, d’aucuns diront que ce « bonobo » est un pléonasme, d’autres feront remarquer que le conformisme n’est pas incompatible avec l’altruisme et la générosité.

            Anecdote : en presse, en imprimerie, pour réserver l’emplacement d’un article à venir, ou pour juger de la « chasse » de tel ou tel caractère, les linotypistes ou les typographes composaient du « bolobolo », c’est-à-dire un texte de remplissage traditionnellement formé de ce néologisme (!) répété.

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