Le mot du 4 décembre 2014

bêler

            Noël approche, et parmi les chants traditionnels les plus diffusés figure Jingle Bells (Tintez, clochettes !), écrit par l’Américain James Piermont vers 1850. Un siècle plus tard, le prolifique parolier, comédien, humoriste Francis Blanche en fera l’adaptation sous le titre de Vive le vent !  « Bell(s) », « cloches, clochettes », par apparentement de sons et d’idées voilà qui évoque les brebis, les moutons… qui « bêlent » et qui portent souvent une clochette !

            « Brebis qui bêle perd sa goulée » : autrement dit, « celui qui passe son temps à parler en oublie de manger… et d’agir ». Autrement dit encore : « grand parleux, petit faiseux » ! Moutons, brebis et agneaux s’expriment donc par les bêlements, mais ce ne sont pas les seuls, on l’oublie peut-être en cette époque où le vocabulaire – comme la culture, forcément – se réduit comme peau de chagrin… Les caprins eux aussi, et en premier les chèvres, bêlent, plus que les boucs. Il est plus rare d’attribuer les bêlements à d’autres animaux, même si cela ne constitue pas obligatoirement une faute de français aux yeux de tous les lexicologues et lexicographes. On accepte, ainsi, que les génisses – peut-être les plus jeunes seulement – puissent bêler.

            L’emploi du verbe est connoté péjorativement lorsque bêler est associé à des personnes : seuls « bêlent » des individus faibles, larmoyants, hésitants, pusillanimes, peureux, velléitaires… Et le substantif « bêleur », s’il désigne en général lesdites personnes, a été en particulier utilisé au sujet de chanteurs de charme à la voix légère qui roucoulent sur un ton plaintif, avec des trémolos, de niaises romances.

            Avec bêlerie, on a un synonyme très rarement usité de bêlement. Les quelques utilisateurs ont-ils voulu opter là pour une variante plus sarcastique, voire caustique, raillant plus fortement les « bêleurs » à deux pieds ?… Ou ont-ils estimé que ce second terme, alors que bêlement désignait de façon neutre le cri particulier des ovins, renforçait d’utile façon la connotation de sensiblerie, de sensibilité ?… Cette seconde hypothèse semble plus plausible, et s’inscrivait dans une démarche, démodée semble-t-il bien, où l’on recherchait avec finesse et intelligence les nuances et la subtilité.         

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