Le mot du 18 décembre 2014

indécence(s)

            L’indécence n’est pas uniquement le contraire, l’antonyme, de la pudeur, de la chasteté, et un synonyme de lubricité, de stupre, d’obscénité, de débauche, de grivoiserie et compagnie… Elle s’exprime par ailleurs par des comportements moralement vulgaires, par l’immodestie intellectuelle, par une suffisance grossière, par un mépris des convenances, par l’absence d’empathie, par l’indifférence au malheur, aux détresses…

            L’indécence se manifeste tout aussi vulgairement par le comportement de privilégiés de la fortune, qui n’appartiennent aux « élites » que par l’argent et la médiatisation qui l’accompagne. Elle s’oppose à la distinction, à la discrétion, au tact : tout ce qui fait la décence !

         L’indécence éclate aux yeux, aussi, quand elle se manifeste quotidiennement par le sourire béat, épanoui, quasi extatique, de journalistes de télévision chez qui l’autosatisfaction de présenter « le 20 heures » ou ses équivalents l’emporte continûment sur  des sentiments comme la compassion, la bonté, la commisération… Sourire aux lèvres, d’autant plus accentué quand il s’agit d’informations qui vont faire de l’Audimat et les mettre en valeur, certains de ces commentateurs annoncent avec joie, semble-t-il, les attentats meurtriers à répétition, les accidents d’avions ou de cars, les massacres perpétrés par des fanatiques fascistes, racistes et machistes, les drames divers dus à la misère, etc.

          Certes, prenant tout de même conscience, semble-t-il (?), de l’inconvenance de leur jubilation, ces journalistes changent en principe rapidement d’expression pour adopter une attitude neutre. Mais cela ne dure pas – chassez le naturel, il revient au galop ! –, et c’est avec un grand sourire retrouvé qu’ils annoncent, imbus de leur importance, le drame suivant, quittes à emprunter de nouveau pendant quelques instants une mine des plus sérieuses.

            S’agit-il d’un comportement naturellement propre aux narcisses, aux m’as-tu-vu, aux parvenus, aux carriéristes ? Cela est-il sinon provoqué, du moins accentué par des consignes données par les directions des chaînes et/ou les rédactions en chef : ne pas rebuter les sponsors, ne pas démoraliser le téléspectateur-citoyen moyen ?…

            Quelles que soient ses manifestations visibles, ses variantes, ses versions, l’indécence relève toujours d’une détestable, voire haïssable, vulgarité.

 

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