Le mot du 31 janvier 2015

incurie

            Plus d’un désastre, politique ou économique,  est dû* au laisser-aller, à l’insouciance,  à la négligence, à l’incompétence, à la sous-estimation aveugle des problèmes, voire à la dissimulation volontaire de difficultés.  Ce manque total  d’attention, de soin, de souci, de courage, dans l’accomplissement d’une tâche, dans l’exercice d’une fonction importante, s’appelle l’incurie. Ce terme vient du latin incuria, qui a la même signification.

            Le mot revient souvent dans les médias aujourd’hui au sujet des dirigeants grecs de ces dernières décennies, quel que soit leur parti.

            Il faut alors, obligatoirement, à un moment ou à un autre, « nettoyer… l’incurie d’Augias » ! Calembour, évidemment, sur les écuries d’Augias… à l’origine de l’expression « nettoyer les écuries d’Augias » = adopter une mesure radicale pour remettre de l’ordre.

            Dans la mythologie grecque, Augias, roi d’Élide corrompu, aurait possédé plusieurs milliers de bœufs le plus souvent parqués dans d’immenses étables… jamais nettoyées en trente ans ! Prenant tout de même conscience de l’ignoble saleté de ses étables/écuries, Augias chargea Héraclès (Hercule pour les Romains) de les nettoyer. Cela contre un dixième du troupeau, une fois ce travail titanesque, censé même être utopique, accompli. Nettoyer les écuries d’Augias fit donc partie de ce que l’on appelle les douze travaux d’Hercule.

            Adoptant une solution à la hauteur du problème, Hercule détourna le cours des fleuves Alphée et Pérée, et leur fit traverser les écuries pleines de fumier et de bouses (mais vides de bétail…). En cinq sec (si l’on ose dire), tout fut nickel !  Mais l’escroc Augias, qui pensait bien que ce travail ne serait pas effectué, refusa de payer son dû à Hercule. Celui-ci estourbit donc définitivement le malhonnête. Bien fait !

*Avec plus d’un(e), on accorde  « à l’oreille », au singulier – contrairement à la logique, certes – , sur le mot un(e) : plus d’une heure s’était écoulée, plus d’un enfant portait des baskets…  (Et  avec  moins  de deux l’accord se fait au pluriel, « à l’oreille », également, sur deux : moins de deux appartements étaient en bon état.)

Deux exceptions, avec accord au pluriel : a) quand il y a répétition  de plus d’un(e) : plus d’un cadre, plus d’un employé, plus d’un ouvrier se sont mis en grève ; b) quand la signification du verbe comporte très nettement l’intervention de plusieurs personnes : plus d’une cliente s’arrachaient les robes en solde.

 

*****

 

            Sur internet et ailleurs, on trouve des affirmations où l’à-peu-près s’associe à l’inculture. Prenant ces pseudo-informations pour argent comptant,  des personnes naïves répètent alors ces approximations sans se donner la peine de les vérifier…

     Gérard Chevalier, qui, comme bien des correcteurs professionnels (il appartint, notamment, au « cassetin » du journal le Monde), est un puits de culture ne manquant pas d’humour, nous signale avoir vu dans des textes que, selon d’aucuns, squelette serait « le seul mot en -ette de genre masculin ». Que nenni, bien sûr ! C’est oublier, excusez du peu :

lette : langue parlée en Lettonie

transpalette (on dit aussi : un tire-palette) : petit chariot de manutention

magnétocassette : magnétophone à cassettes

exosquelette : formation squelettique externe

Encore : porte-serviette, chauffe-assiette, fume-cigarette, bébé-éprouvette…

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