Le mot du 18 février 2015

Filouse

            Vache âgée de quatre ans, de la race rouge flamande, Filouse est la star, l’égérie du Salon de l’agriculture qui ouvrira ses portes le 21 février, à Paris Expo, porte de Versailles. Sur l’affiche du Salon, ladite égérie… affiche un œil  coquin et un air satisfait, du genre : « Et je ris de me voir si belle en ce placard ! » ☺ (Oui, un placard  est aussi un avis manuscrit ou imprimé que l’on affiche dans des lieux publics…)

            Contrairement à ce qu’indique l’affiche du Salon, il n’y a aucune raison de mettre une capitale à rouge ni à flamande. Les noms de races d’animaux sont des noms communs. Il faut donc écrire : des setters, des malinois, des dalmatiens, des dobermans ; des siamois, des persans, des européens ; des salers, des pie(-) noir, des charolaises, des maraîchines… Bien évidemment, la majuscule est maintenue quand figure un nom propre : des blondes d’Aquitaine. Mais les organisateurs d’événements, leurs communicants et les publicitaires (qui en rajoutent !) croient mieux appâter le public par un excès de lettres capitales. C’est illusoire…

            On ose croire que communicants et publicitaires (et non  « publicistes » :  ces derniers sont, en français contemporain, des spécialistes du droit public !) n’iraient pas jusqu’à écrire : « à l’issue du Salon, des Bretonnes seront proposées à la vente », « aucune Limousine ne pèse moins de 800 kilos », « à 16 heures : traite en public de Bordelaises »… !

            On peut être plus indulgent à l’égard de la majuscule souvent adoptée pour agriculture. En orthotypographie orthodoxe, correcte, on ne doit mettre de majuscule qu’à Salon (quand ce mot a le sens d’ « exposition », de « foire », on doit toujours mettre une majuscule) et à l’éventuel adjectif qui le précède (le Salon du livre, le Joyeux Salon de la magie se tiendra du 8 au 10  mai), ainsi que, naturellement, aux éventuels noms propres inclus dans la dénomination.  Encore une fois, étant donné l’importance de certains de ces événements (foires, expositions, Salons, festivals, concours…), on peut tolérer, en plus de la capitale – obligatoire en ces occurrences – au premier substantif,  une majuscule à automobile, à livre, à agriculture, à automne : le Salon de l’Automobile, le Salon du Livre…

         Filouse, nous explique-t-on, est, en ch’ti, le féminin de filou. Avec la variante filousse, le mot désigne une jeune fille maligne (et non « maline ») et rusée. Après le succès du film de Dany Boon Bienvenue chez les Ch’tis, plus personne ne devrait ignorer l’orthographe du nom commun, nom propre et adjectif ch’ti. Pourtant, on trouve beaucoup de chti et de cht’i ( !!).

            Ch’ti ou ch’timi équivaudrait à « celui », à « ceux », et non à « chétif » ou à  « petit ». Mais on trouve des discordances  chez des auteurs régionaux… Nom commun, ch’ti désigne le patois picard parlé dans le Nord – Pas-de-Calais. Nom propre, avec majuscule, le vocable désigne les natifs et/ou habitants du nord de la   France  (les  Ch’tis  ou  Ch’timis  seraient  donc  «  ceux  de  chez  nous   »,   les « nôtres »). Un « ch’ti marché » serait un  « marché du Nord, des Ch’tis », et non un « petit marché ».

          L’accord en nombre, avec un final, est courant pour le nom propre comme pour l’adjectif.  En revanche, l’accord en genre ne semble pas faire l’unanimité, et l’on trouve dans des textes régionaux, pour le féminin, soit l’accord au masculin pluriel, soit l’invariabilité… Mais on ne voit pas pourquoi ch’tie(s) serait à bannir.

         Filou, dans la langue familière, s’applique à un enfant espiègle, malin. Mais, désignant un adulte, le terme désigne avec certitude un escroc, un arnaqueur, un voleur,  un  aigrefin,  une  fripouille,  un  magouilleur,  etc. Le mot vient de filer, « tirer le fil »…  Pourquoi ne pas y associer les tire-laine d’autrefois, « tireurs de laine, tireurs de manteau »,  et rappeler qu’en argot tirer est un synonyme de voler couramment usité dans la langue familière ?

      Le mot est censé être masculin, avec un pluriel en s… mais on ne voit pas pourquoi il n’y aurait pas de femmes qui seraient malhonnêtes, magouilleuses, voleuses, estampeuses ! D’ailleurs,  filoute, certes peu utilisé, existe dans la langue, avec cette acception ; filouse, en revanche, ne semble pas avoir été employé.

          Mais je ne contesterai pas à la jolie rouge flamande un nom signifiant en ch’ti qu’elle est aussi maligne et espiègle qu’une gamine !

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