Le mot du 4 mars 2015

ganache

            Alors que nous sommes encore à un mois de Pâques, les boulangeries, les pâtisseries, les épiceries, les supérettes… regorgent de chocolateries de toutes tailles et de toutes formes. Dominent, toutefois, les friandises reprenant les sujets traditionnels : œufs, cloches, poules, lapins, poissons…

            Parmi tous les trésors de gourmandise réalisés par les chocolatiers figure la ganache,  obtenue en associant chocolat fondu et crème fraîche. Plusieurs recettes existent, en voici une pour obtenir une truffe-ganache au beurre qui devrait vous valoir l’admiration de vos parents et amis : dans une casserole, porter 500 ml de crème fraîche à ébullition, avec un peu de sucre ; incorporer 100 g de beurre, puis ajouter 500 g de chocolat (chocolat couverture, ou mi-amer noir), et mélanger jusqu’à obtention d’une pâte lisse. Verser dans des moules préalablement placés au réfrigérateur et laisser prendre à température ambiante. Démouler, servir… et déguster.

            On ne voit pas quel rapport il y aurait entre ce mot ganache, d’origine inconnue, dit-on, et son homographe régional (Lyon) qui désigne de l’alcool de noix additionné d’arquebuse. Pas plus qu’avec l’autre homonyme homographe désignant, chez le cheval, la région latérale de la tête, entre la joue et les bords inférieur et postérieur du maxillaire inférieur ; pour faire simple, disons la  mâchoire. Un cheval dont il est dit qu’il est « chargé de ganache » a donc une mâchoire épaisse…

            Dans le langage populaire du XIXe siècle, ce ganache-là était synonyme de « tête ». Cette mâchoire trop épaisse, trop forte – une « mâchoire de cheval » –, est considérée comme un signe de bêtise, d’inintelligence. Et dès le XVIIIe siècle on a traité de « ganache », voire de « vieille ganache », une personne souvent âgée et considérée comme bête, bornée, stupide… Il est rarissime de voir ce terme, avec cette acception, associé à une femme.

            On a appelé chaise ganache une sorte de fauteuil capitonné, peut-être parce que ce sont principalement les personnes âgées, un peu diminuées, qui s’y carrent, qui s’y cantonnent… Ou bien parce que, quel que soit son âge, on devient obtus, idiot, stupide, quand on passe trop de temps dans un fauteuil. Aujourd’hui, ganache équivaudrait à « patate de canapé », qualificatif très employé de nos jours à propos des personnes figées des heures durant devant leur  écran  de  télévision.  Des  personnes  qui,  comme     disent   les   « djeuns », « comatent » devant les sitcoms et autres programmes lénifiants.  

            La paronymie entraîne beaucoup d’erreurs, comme chacun sait, et il n’est pas rare d’entendre ou de lire « noces de ganache » ou « noces de Ganache » au lieu de noces de Gamache. C’est dans le Don Quichotte de Cervantès qu’il est question des noces d’un riche paysan du nom de Gamache. Ces noces sont l’occasion d’un festin incroyable, d’une débauche de nourriture : « il y avait là de quoi nourrir une armée », et c’est pourquoi noces de Gamache est passé dans le langage pour désigner un repas pantagruélique, soit un gaspillage insensé de nourriture.

     Gamache est aussi un nom commun, ou, plutôt, il existe plusieurs homonymes  homographes  :  a)  longue  guêtre  de  chasse  (de  l’italien  gamba, « jambe », dit-on) ; b) variété de pomme ; c) fauvette à tête noire.

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Dictée de Tourcoing (samedi 21 mars) : tout est prêt d’ores et déjà, à la médiathèque, pour accueillir les inscrits.

(Pendant ce temps, le même jour, les 500 finalistes du 11e Championnat du Maroc de langue française et d’orthographe s’affronteront, à Casablanca, sur les QCM et dictée que, comme d’habitude, j’ai rédigées à leur intention.)

Le premier concours de culture générale de Paris (7e arr.) se prépare activement… Quels seront, chez les juniors et chez les seniors, les Pic de La Mirandole 2015 ?… Réponse le 11 avril au lycée La Rochefoucauld.

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