Archives mensuelles : mars 2015

Le mot du 27 février 2015

fainéant

          Le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, a traité de « fainéants », entre autres opposants, les députés « frondeurs » socialistes qui avaient menacé de ne pas voter en faveur de son projet de loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques. D’où l’obligation, pour le gouvernement, de recourir à l’article 49-3 pour imposer au Parlement ledit projet.

          Le locataire de Bercy a en effet déclaré : « Je pense qu’il y a une politique des fainéants et qu’il y a la politique des artisans. Moi, je fais la politique avec les artisans, et les artisans, au sens fort du terme, ce sont ceux qui ont passé des jours et des nuits à travailler un texte au fond, qui savent ce qu’il y a dedans, qui peuvent en être fiers. Et il y a la politique des fainéants, qui consiste à regarder la surface de l’eau. »

          Le terme employé est assez fort, et fustige plus que le simple paresseux, plus que les presque hypocoristiques et amusés cossard, tire-au-flanc et flemmard, bien plus que le littéraire et désuet musard…  Si l’homme au maroquin ne se retenait pas encore, on imagine, à son ton, que c’est plutôt la graphie feignant, ressentie comme plus péjorative, qui aurait sa préférence, d’où feignasse (autrefois fainéasse, fainéasson). Celui qui, déjà, avait estimé qu’un grand    nombre   des    salariées  de  la  société  d’abattoirs  bretons  Gad   étaient « illettrées » ne mâche donc pas ses mots… Toutefois, il n’a pas été (à moins que, en privé…) jusqu’à des synonymes plus crus, plus argotiques, qu’on me pardonnera de citer pour l’information linguistique : branleurs, tire-au-cul…

           Fainéant   viendrait   du  participe   présent feignant, de feindre, au sens de « faire semblant, simuler d’être actif, faire mine de travailler ». Le jeu de mots sur « qui fait néant » s’y est-il ajouté ?…

        La couleuvre a dû donner depuis des siècles l’impression de beaucoup se reposer sous des feuilles, sous des branchages, etc., puisque « fainéant, paresseux, comme une couleuvre » fait partie des idiotismes animaliers français.

          Les derniers rois mérovingiens sont bien connus dans l’histoire de France, non pas en raison de la grandeur de leur règne, ni par leurs exploits lors de batailles… De Clovis II (règne : 636-658) à Childéric III (règne : 743-751), on ne connaît pas grand-chose, sauf leur surnom de « rois fainéants » et leur habitude de se faire véhiculer dans une basterne, c’est-à-dire une litière sur char à bœufs. Devenus rois parfois très jeunes, les pauvres étaient immédiatement sous la coupe de maires du palais qui exerçaient la réalité du pouvoir, ne leur laissant que l’apparence dudit pouvoir… et une oisiveté forcée.

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Rappel : la prochaine dictée sera celle de Sèvres (Hauts-de-Seine), au Centre international d’études pédagogiques (proche du pont de Sèvres), le samedi 7 mars, à 14 heures.  Renseignements et inscriptions : jp.colignon@orange.fr  ou au 06 07 59 17 08.

Le mot du 25 février 2015

Philippines

          M. François Hollande se rend aux Philippines pour plaider la cause du combat contre le réchauffement climatique. Cela, alors que se tiendra en France, en décembre, à Paris, et sous l’égide de l’ONU, une conférence mondiale sur ce sujet très préoccupant. Les dirigeants politiques de nombreux pays, se convainquant que leur présence seule ne suffit pas, ou plus, à attirer l’attention des médias et des populations, font dorénavant appel au renfort de personnalités du show-business. Souvent d’accortes vedettes féminines stars du cinéma…

            François Mitterrand, ainsi, avait non pas « apporté », mais emmené avec lui  en  Chine  l’actrice  Sophie  Marceau.  (Autre  perle journalistique à ce sujet : « François Mitterrand s’est entouré de Sophie Marceau » : l’auteur de l’expression a-t-il expliqué comment une seule personne pouvait en « entourer » une autre ?…) François Hollande, sur la suggestion, dit-on, de Nicolas Hulot, a convié Marion Cotillard et Mélanie Laurent à l’accompagner. C’est même la première – engagée depuis longtemps en faveur de l’écologie – qui a lu « l’appel de Manille », et non le chef de l’État français.

            Naturellement, les avis sont très partagés, entre ceux qui se félicitent du surcroît de notoriété, de popularité, apporté à ce déplacement par les deux jeunes femmes, et ceux qui critiquent ce « cinéma » politico-médiatique.

            La République des Philippines est un État assemblant plus de… 7 000 îles ! Une dizaine d’entre elles représentent 90 % de la superficie du pays (assez réduite : 300 000 km2). Environ 2 000 de ces îles et îlots seraient habités… et quelque 2 500 de ces « sols de mer » n’auraient pas de nom !

        C’est le navigateur portugais (au service de l’Espagne) Magellan qui découvrit l’archipel, le mardi 17 décembre 1521, jour de saint Lazare (ou : jour de la Saint-Lazare, comme on veut, mais en respectant la différence – logique – de graphie). De ce fait, il baptisa « îles Saint-Lazare » (San Lazaro) ces terres nouvellement reconnues…

            Vingt ans plus tard, c’est un Espagnol, cette fois, qui arrive sur place : Ruiz Lopez de Villalobos. Il confirme la mainmise de son pays, en 1542, sur l’archipel, auquel il donne le nom de l’infant Philippe (Felipe), le futur roi Philippe II : les Filipinas.

          L’expression désuète « Bonjour, Philippine ! » n’a rien à voir avec l’archipel. On pense qu’elle vient de l’allemand vielliebchen, « bien-aimé ». Faire Philippine avec quelqu’un est un jeu consistant, quand, en société, on trouve deux amandes dans une même coque, à en donner une à quelqu’un (de sexe opposé, en principe). Lors de la première prochaine rencontre entre ces personnes, celle qui dit la première : « Bonjour, Philippine ! »  gagne un cadeau à la discrétion du perdant. Si le jeu a eu lieu en famille, entre parents résidant ensemble, chacun des deux doit attendre le lendemain avant de se précipiter pour prononcer la formule gagnante !

 

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Rappel :  la prochaine dictée ludique (+ jeux autour de la langue française) de Sèvres se déroulera le samedi 7 mars dans le majestueux Centre international d’études pédagogiques. Tous renseignements et inscriptions : jp.colignon@orange.fr ou 06 07 59 17 08.