Le mot du 17 avril 2015

escarmouche

            À l’intérieur des partis politiques (mais pas uniquement), à l’approche d’échéances diverses telles que des congrès nationaux, l’élection de dirigeants, voire le choix d’un candidat à l’élection présidentielle (rappelons à chacun, y compris à certains journalistes, que l’on doit dire, au singulier : « l’élection présidentielle », parce qu’il n’y a qu’un poste à pourvoir), on assiste naturellement à des escarmouches.

            Petit accrochage sans lendemain, combat isolé sans conséquence, ou engagement préliminaire annonçant un conflit plus ou moins étendu : l’escarmouche peut prendre l’une ou l’autre de ces acceptions. On peut dès lors supposer que pessimistes et optimistes se diviseront sur la teneur des bulletins d’information comportant ce mot.

            Les linguistes se montrent prudents à propos de son origine. Ils y voient généralement plusieurs croisements et recoupements mêlant l’ancien francique skirmjan, « protéger », d’où escrime, les anciens français escremie, « combat » (d’escremir, « combattre »), et muchier, « cacher », l’italien mucciar, « s’enfuir, s’esquiver »…

            La terminaison –ouche serait à rattacher  à moucher, variante de mucher et musser,  « s’esquiver ».  Ce  qui nous ramène aussi à muchier, « cacher » (donc : « se cacher »). D’aucuns y voient plutôt l’influence de mouche, « espion », ou à tout le moins un croisement supplémentaire.

    N’oublions pas les formes anciennes d’escarmouche : escharmuches, escarmuche, escaramouche, écarmouche, qui évoquent inévitablement l’italien scaramucciare, scaramuccia. Et donc le personnage de Scaramouche, type de bretteur adroit – voir l’excellent film de cape et d’épée (en texto : 2KPDP) de George Sidney Scaramouche, où le duel final entre Mel Ferrer et Stewart Granger dure plus de six minutes ! Plus historiquement, on rappellera, au théâtre, le personnage de capitaine errant créé par Tibero Fiorelli (ou Fiorilli) au XVIIe siècle. Cet acteur s’imprégna tellement de ce rôle qu’il fut lui-même surnommé Scaramouche ; Molière l’admirait, et entretint avec lui des relations amicales.

            L’escarmouche peut être assimilée à un coup de main mené par quelques tirailleurs isolés, qui se replient rapidement et vont se cacher, prêts à resurgir çà ou là pour « asticoter » l’ennemi, semblable à des insectes piquant à l’improviste. Cette description recouvre à peu près les différentes notions issues des étymons relevés.

            Au figuré, escarmouche exprime l’idée d’échange de propos un peu vifs, de dispute, de chamaillerie, d’altercation, généralement sans conséquence(s) : se livrer à des escarmouches verbales, des escarmouches parlementaires.

            Escarmoucher, au sens propre comme au sens figuré, a signifié « se livrer à des escarmouches », et a donné naissance à escarmoucheur –  mais pas à escarmoucheuse, semble-t-il –, pour désigner un spécialiste des escarmouches.

            Les femmes récemment élues, au nom de la parité, vont sans doute avoir à… cœur de démontrer qu’elles ont autant de compétences que leurs collègues masculins. Cela permettrait de mettre en usage le plaisant escarmoucheuse. Alors, mesdames, pour la plus grande gloire du vocabulaire français, un bon mouvement : au lieu de vous tenir… « à carreau », lancez de temps à autre, et à bon escient, bien sûr, des… piques !

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La citation du jour :

            « La calomnie est comme la fausse monnaie : bien des gens qui ne voudraient pas l’avoir émise la font circuler sans scrupule » (Diane de Beausacq, le Livre d’or de Diane, 1895).

 

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