Le mot du 3 juin 2015

négligence 

         L’éducation nationale a le chic pour attirer l’attention, ces derniers temps. Mais  pas  pour  ses  qualités…   Je  ne  reviendrai  pas  sur  le  jargon  grotesque,  « guignolesque »  oserai-je,   des   fonctionnaires   pédants   qui  ont  rédigé   (cf.  « Phébus », chronique du 11 mai 2015) des définitions telles que : « se déplacer de façon autonome, plus longtemps et plus vite, dans un milieu aquatique profond standardisé » pour le trop simple, sans doute, « nager en piscine »…

         J’imagine combien l’ami Alain Rey a dû s’esclaffer à la lecture de ce charabia affecté, et combien Jacques Cellard, instituteur, linguiste et romancier,  qui tint avec humour et talent la chronique « Langue française » du journal le Monde – et notamment grand spécialiste de la langue populaire, de l’argot  –  se serait étranglé de rire…

       En ce début juin, les fonctionnaires de l’éducation nationale ont dû avoir les oreilles qui sifflaient : le… buzz s’est fait autour de deux grossières fautes d’orthographe laissées l’une dans la convocation aux épreuves ES du baccalauréat de l’académie de Besançon, l’autre émanant des académies de Créteil-Paris-Versailles, au sujet du « Diplôme National du Brevet » (= majuscules pleines de bouffissure, et totalement injustifiées !).

      Dans le premier cas, on a pu lire : « Aucun numéro d’inscription ne sera communiquer », et, dans le second, « L’utilisation des téléphones portables, Smartphones ou tout autre appareil électronique est interdites ». Bien évidemment, il n’est pas question de parler de fautes dues à l’inculture, à l’ignorance.   Chacun   voit   bien qu’on ne pourrait pas dire : « ne sera transmettre »,   mais   bien : « ne sera transmis », et que le sujet est au singulier : « L’utilisation »…  d’où : « est interdite ».

       Non, il y a, en l’occurrence, du relâchement, de la désinvolture, du laisser-aller, de la négligence…  Ce qui est très regrettable, fâcheux, s’agissant de textes émanant de l’éducation nationale.

       Il ne faut pas faire toute une montagne de deux fautes d’orthographe, et vouer aux gémonies, en conséquence, toute l’éducation nationale, enseignants compris. Mais le rapprochement entre les deux faits survenus à quelques semaines de distance conduit à faire le constat suivant : d’un côté, on passe sans doute beaucoup de temps à chercher midi à quatorze heures, à couper les cheveux en quatre, pour aboutir à la rédaction de textes prétentieux, amphigouriques, pédants, cuistres, alors que, d’un autre côté, on n’assure pas le minimum des règles de base, fondamentales, essentielles.

         Si les fonctionnaires de l’éducation nationale n’ont pas le coup d’œil lors de la saisie et – ou – de la relecture de leurs textes avant publication, il est alors peut-être bon de rappeler à Mme Vallaud-Belkacem qu’il existe des correcteurs-réviseurs, de vrais professionnels rompus à la relecture rigoureuse de tous textes : livres, journaux, articles sur le Web, etc.  Il n’y a jamais de honte à faire relire ses textes par d’autres paires d’yeux, dès lors que cela assure la qualité des écrits au service des lecteurs, au service des usagers de la langue française, au service des citoyens.

        Négligence vient du latin negligentia (ou : neglegentia), « insouciance, manquement, faute, péché, oubli de ses devoirs… ».

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La citation du jour :

            « Le sot a un grand avantage sur l’homme d’esprit : c’est qu’il est toujours content de lui ! » (Napoléon Bonaparte.)

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