Archives mensuelles : août 2015

Le mot du 22 août 2015

La question du jour, le proverbe du jour, la citation du jour

samedi 22 août 2015

La question du jour

            « Faut-il considérer que  courbatu et courbaturé ne sont pas des synonymes, ne sont pas des mots interchangeables ? »

            Dans la langue classique, les deux termes se démarquaient, et la nuance d’acception est toujours respectée par certains alors que des dictionnaires contemporains faisant référence considèrent que, aujourd’hui, les deux vocables sont synonymes. En ajoutant que courbatu est  « littéraire » ou « vieilli ».

            Pour ceux que l’on nommera les « puristes », courbatu  qualifie quelqu’un de fatigué,  voire de malade, qui ressent une grande lassitude comparable à celle éprouvée par une personne qui aurait été battue.  Pour ces mêmes « puristes », courbaturé  renvoie obligatoirement  aux courbatures proprement dites, aux raideurs provoquées par des efforts physiques.  Grippée, Ségolène se dit courbatue Après une longue séance de gymnastique, Nicolas est tout courbaturé.

            La nuance n’est pas mince, après tout, et mériterait d’être observée. Mais… les usagers de la langue trouvent un certain nombre d’ouvrages contemporains sérieux (dictionnaires, dictionnaires de difficultés…) qui leur affirment qu’aujourd’hui courbaturé et courbatu signifient l’un et l’autre « qui souffre de courbatures », courbaturé étant d’usage plus fréquent…

 

Le proverbe du jour

            « Quand l’homme meurt, ses pieds s’allongent »   =   Une fois mort, un homme se retrouve plus grand : chacun vante ses innombrables qualités !…

 

La citation du jour

            « Comité : groupe de personnes incapables de faire quoi que ce soit par elles-mêmes, et qui décident collectivement que rien ne peut être fait. » (Winston Churchill.) 

 

Le mot du 21 août 2015

question du jour, articulet « dico » du jour, proverbe du jour

vendredi 21 août 2015

 

La question du jour

« Peut-on employer process pour dire « processus » ? »

            L’anglicisme process a été tiré, vers 1300, du… français processus, en fait lui-même  issu   directement   du   mot   latin   homographe (du verbe  procedere, « procéder »).

            Mettre à toutes les sauces cet anglicisme ne sert à rien, n’est pas utile, puisqu’il existe, en fonction des contextes, des mots français précis : protocole, procédé, processus, mode d’emploi, marche, consignes…

L’articulet « dico » du jour

            Plein(e) est un adjectif ordinaire, dont l’accord ne pose aucun problème : des cheveux pleins de pellicules, ils sont pleins de bonne volonté, la tête pleine de rêves, des  bouteilles pleines, des salles pleines, les poches pleines de monnaie… Plein est un adjectif que l’on peut remplacer par « rempli », « bourré », « bondé », « comble »…

     Les grammairiens et lexicographes n’emploient pas tous la même classification quand plein est utilisé dans des constructions comme elle a des souvenirs plein la tête, la gamine avait du shampooing plein les yeux, avoir des billets plein les poches… La majorité d’entre eux font de plein, alors, une préposition (certains retiennent uniquement l’ensemble « plein les, plein la, plein le », en tant que locution prépositive), et  non un adverbe.

           Si l’on hésite sur l’accord dans ce dernier cas, il suffit de tenter de substituer  à  plein  un  autre term e :  «  elle  a  des  souvenirs  bourrés  la  tête », «  avoir des billets remplis les poches »… C’est impossible ! C’est donc que plein est, dans ces phrases, non un adjectif, mais un mot invariable.

 

Le proverbe du jour

            « Les tonneaux vides sont ceux qui font le plus de bruit. » Autrement dit : ce sont les gens creux et ignorants qui parlent le plus.

 

 

 

 

 

Le mot du 20 août 2015

La bévue du jour

jeudi 20 août 2015

            En réalité, il faut parler de « bévues » du jour, à mettre au compte de divers  intervenants  de France Inter… Retenons, entre autres, la prononciation « puizaille » (!!) pour la région naturelle qui groupe des communes de l’Yonne, du Loiret et de la Nièvre. Native de Saint-Sauveur-en-Puisaye, Colette devait, elle, prononcer correctement : « pui-zê ».

            Cela nous rappelle le « saïne daille » entendu quelquefois à la radio, également, à la place de « siné dié », pour l’adverbe latin sine die (= « sans fixer de date »).

            Un très beau (sic) « cent vin-zommes », aussi, avec la liaison fortement appuyée,   pour   bien   faire !    On   se  perd  en  conjectures  –   et   non   pas   en  « conjonctures » – sur les « raisons » de cette bourde récurrente. Raisonnement pavlovien : quand il y a vingt personnes ou vingt choses, il y en a plusieurs, donc vingt, étant un pluriel, doit prendre un ?!

            Quelques perles d’inculture laissées par des touristes visitant le « pays blanc » de Guérande (= les marais salants) cet été : influencés par certaines périodes  de  l’Histoire  en  quelques  pays,  des   visiteurs   s’attendent à voir des « mines de sel » !  Ayant peut-être en mémoire un des gros succès de l’opérette d’avant-guerre (Sous les palétuviers*, extrait de Toi c’est moi, 1934)  créé par Pauline Carton et René Koval, d’autres juillettistes et  aoûtiens  demandent si le travail des « palétuviers » est rémunérateur.  La bévue ne manque pas de sel,  et les  paludiers doivent en rester bouche bée…

*La chanson est d’autant plus désopilante qu’on serait bien en peine d’aller, comme le disent entre autres les paroles, « gazouiller sous les palétuviers » !  Les nombreux reportages consacrés à ce que l’on appelle la mangrove montrent que celle-ci est une zone de… marais maritimes dont le palétuvier est l’arbre roi !

           

 

Le mot du 18 août 2015

question du jour, citation du jour

mardi 18 août 2015

 

La question du jour

            « J’ai toujours entendu critiquer le tour s’attendre à ce que.  Faut-il vraiment dire obligatoirement s’attendre que ?… »

            Naguère, s’attendre que était la seule construction tolérée par les grammairiens,  qui  s’appuyaient sur l’usage  des auteurs classiques. Mais qui dit « classiques » s’oppose à « modernes », et l’on a constaté chez de plus en plus d’écrivains, au fil des décennies, l’emploi généralisé de s’attendre à ce que

            Si les puristes d’hier ou avant-hier condamnaient la « lourdeur » de s’attendre à ce que, bon nombre des praticiens de la langue d’aujourd’hui, confortés par l’usage courant, estiment que le tour s’attendre que est « laid, peu naturel », « tronqué », alors que l’on dit par ailleurs : s’attendre à la visite d’un huissier, ils ne s’attendaient pas à perdre, s’attendre à l’arrivée d’une tempête, il s’attend à ce qu’on le prenne comme arbitre

            Le « bon usage » de 2015 se partage donc entre l’emploi de s’attendre que dans un registre ressenti comme soutenu, voire quelque peu démodé, et de s’attendre à ce que dans la langue courante.  Les deux constructions sont donc jugées comme correctes.  Chacun sait qu’un usage généralisé contemporain finit toujours par l’emporter sur ce qui aura été le « bon usage » d’autrefois…

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La citation d’aujourd’hui

            « C’est une belle chose d’être honnête, mais il est également important d’avoir raison. » (Winston Churchill.)

Le mot du 17 août 2015

Question du jour, citation du jour

lundi 17 août 2015

 

La question du jour

           « Je viens d’entendre une journaliste de radio parler de « fausses rumeurs « .  Cette expression n’est-elle pas un pléonasme, donc une faute de français ? »

        Nous vivons à une époque où il faut particulièrement se méfier d’un certain nombre de médias qui lancent des « informations » sans se donner la peine de les contrôler sérieusement, sans prendre le temps de recouper les sources, avec pour unique souci de faire le « buzz » et de devancer les concurrents, voire de taire toutes les informations qui seraient gênantes pour les banquiers ou capitaines d’industrie milliardaires qui concentrent de plus en plus entre leurs mains lesdits médias.

        Alors, il est bien compréhensible de ressentir le mot rumeur comme synonyme de « calomnie », de « bobard ». Mais ce n’est pas exact, intrinsèquement (même si cela se révèle souvent vrai) : une rumeur est un on-dit, une nouvelle sans certitude qui se transmet de bouche à oreille, et qui relève de la médisance, du bavardage volontairement malveillant, ou bien du mensonge, de la calomnie. Ou de la vulgaire bêtise (« Salut à toi, dame Bêtise, toi dont le règne est infini ! »)…

        Rigoureusement, « fausse(s) rumeur(s) » n’est donc pas un pléonasme. Cependant, comme rumeur est le plus souvent utilisé et / ou compris au sens de « fausse nouvelle », « racontar », « bruit mensonger », ce « fausse rumeur » finit par devenir, si l’on y réfléchit, un synonyme de « faux mensonge », donc de vérité, mais ce n’est guère plausible, et surtout un équivalent de « mensonge mensonger », « calomnie calomnieuse »…

      Pour cette raison, et en fonction du contexte, il vaut mieux employer rumeur(s), tout seul,  ou parler de « rumeurs démenties par les faits », « rumeurs complètement infondées », « rumeurs confirmées par les tout récents événements »…

 

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La citation du jour

            « Rien ne sert de penser, il faut réfléchir avant. »  (Pierre Dac.)

Concours août 2015

Concours d’août 2015

Les trois questions du mois :

 

1° Que signifie le dingbat suivant ?

Ella To0,3048mmbE

 

2° Donnez, avec leur orthographe respective, deux homonymes :

  1. Le premier est un nom féminin désignant un lieu planté d’arbres à feuilles dentelées ;
  2. Le second est un mot masculin désignant un mollusque.

 

3°  Quel instrument de musique, sorte de saxophone, porte un nom forgé sur le prénom du fabricant français d’instruments de musique qui créa en 1803 une marque d’instruments de musique de la famille des cuivres, marque devenue une référence mondiale… ?  

 

Ouvert à tous, et gratuit, ce concours consiste en trois questions touchant la langue française, en tous ses états.

Seront récompensées par des prix en livres les trois premières personnes ayant envoyé les trois réponses exactes et complètes avant le 31 août à minuit. Plus une personne tirée au sort parmi les autres internautes ayant envoyé également les trois réponses exactes et complètes avant le 31 août à minuit.

Le mot du 16 août 2015

ANNONCE :

Concours d’août 2015

Ouvert à tous, et gratuit, ce concours consiste en trois questions touchant la langue française, en tous ses états.

Seront récompensées par des prix en livres les trois premières personnes ayant envoyé les trois réponses exactes et complètes avant le 31 août à minuit. Plus une personne tirée au sort parmi les autres internautes ayant envoyé également les trois réponses exactes et complètes avant le 31 août à minuit.

Les trois questions seront diffusées dans la journée.

 

 

Concours août 2015

 

ANNONCE :

Concours d’août 2015

Ouvert à tous, et gratuit, ce concours consiste en trois questions touchant la langue française, en tous ses états.

Seront récompensées par des prix en livres les trois premières personnes ayant envoyé les trois réponses exactes et complètes avant le 31 août à minuit. Plus une personne tirée au sort parmi les autres internautes ayant envoyé également les trois réponses exactes et complètes avant le 31 août à minuit.

Les trois questions seront diffusées dans la journée.

 

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La bévue du jour

dimanche 16 août 2015

 

          Certes,  il  apparaîtra  comme  dérisoire  de  relever  une bourde dans une… « alerte enlèvement »… Mais l’enregistrement du message insiste tellement, par la prononciation fautive (« rougezéblanches »), sur l’erreur de français ainsi largement assénée à la population qu’il n’est pas possible de laisser passer la bourde.

    Un peu de réflexion, de logique, de raisonnement, devrait permettre, pourtant, d’éviter de commettre ce type d’accord absurde. Des objets – en l’occurrence, ici, des chaussures : des « baskets rouges et blanches » –  NE PEUVENT PAS être à la fois totalement blanches et complètement rouges ! Non, ces baskets sont bicolores : on y voit DU rouge et DU blanc, de la même façon que les drapeaux français comportent LE bleu, LE blanc et LE rouge.

            Les drapeaux de la République ne sont pas « bleus, blancs et rouges », mais bleu-blanc-rouge. Les baskets du gamin que l’on recherche sont rouge et blanc !

 

 

 

 

Le mot du 15 août 2015

dame pipi

 

            Les médias relaient depuis quelques jours le désespoir et la colère de plusieurs femmes quinquagénaires exerçant la profession familièrement désignée sous le nom de « dame pipi », avec deux minuscules et sans trait d’union (pluriel : des dames pipi). Généralement, cette dénomination ne se met pas entre guillemets ni en caractère italique.
Le premier emploi relevé par les lexicographes est attribué à Albert Simonin (1905-1980), qui fut un grand spécialiste de la langue verte, de l’argot. Successivement calicot, électricien, fumiste, négociant en perles, chauffeur de taxi et journaliste, cet « enfant de la Chapelle » baigna dès l’enfance dans le milieu « prolo » parisien. Tout cela en fit un expert de l’argot parisien, notamment du parler des truands, un expert reconnu pour sa précision, son exactitude.

            C’est dans son célèbre roman Touchez pas au grisbi (1953), premier volet de la trilogie ayant pour héros un truand vieillissant  –  Max le Menteur –, porté au cinéma avec talent par Jacques Becker, que l’on trouve (et avec un trait d’union) : dame-pipi. Son confrère romancier et scénariste Auguste Le Breton utilise, lui, Madame Pipi (avec deux majuscules et sans trait d’union) en 1954 dans Razzia sur la chnouf, autre énorme succès de librairie et du septième art, porté au cinéma par Henri Decoin. (Anecdote : Auguste Le Breton est le créateur du mot rififi, que son avocat d’alors lui suggéra de déposer !)

            Les dames pipi se retrouvant sans emploi sont des femmes se situant dans la tranche d’âge 50-60 ans, et travaillant pour la Mairie de Paris via la société de nettoyage Stem. À la suite d’un appel d’offres, c’est une société néerlandaise, 2theloo, qui a conquis ce marché. Apparemment, celle-ci veut mettre en place une nouvelle génération de « WC hyper clean », avec de jeunes employées bilingues français-anglais et mise à disposition de produits de toilette et de voyage.

            En principe, sauf erreur d’interprétation de la loi, le nouveau prestataire d’une société de nettoyage est obligé de garder le personnel sous contrat. Si j’ai bien compris l’argumentation de 2theloo (= « Aux toilettes »), la société néerlandaise ne se considère pas comme tenue de conserver l’ensemble des employés parce qu’elle ne serait pas une société de nettoyage, parce qu’elle ne serait pas un prestataire de service, mais un « concept de boutique-toilette payante vendant des produits »…

            À défaut d’un accord entre 2theloo, la Mairie de Paris, voire Stem, ce sera aux juges de dire si jeter ces femmes comme des serpillières, ainsi que l’a dit une dame pipi, est normal et légal, en France.  Le niveau d’une société ne s’estime-t-il pas, entre autres, à la façon dont elle traite ceux et celles qui remplissent les tâches les plus pénibles, les moins ragoûtantes ?…

            Quant à pipi, chacun se doute bien qu’il a été forgé par redoublement de la première syllabe de pisse, de pisser.

 

Le mot du 13 août 2015

bévue du jour, articulet « dico » du jour, citation du jour

mercredi 13 août 2015

La bévue du jour

            L’erreur du jour, notamment entendue ce jour sur une chaîne publique, est du domaine de l’impropriété, de la méconnaissance du vocabulaire. Parlant du train de vie fastueux, luxueux, princier, opulent d’un couple de politiciens, la journaliste a employé l’expression « train de vie somptuaire », qui signifie littéralement « train de vie relatif aux dépenses ».

            La bourde consiste donc en la confusion entre les paronymes somptueux et somptuaire, qui ne sont pas du tout des synonymes. Le terme qui aurait dû être utilisé est évidemment somptueux, « luxueux ». Somptuaire  est un terme de droit qui ne peut quasiment être employé, en français correct, qu’à propos de lois somptuaires : lois qui définissent, qui encadrent, qui réglementent les dépenses de l’État, qui en fixent le plafond.

            «  Dépense(s)   somptuaire(s)  »,   tout   comme   «  secousse  sismique  »    (= « secousse qui secoue »), est un pléonasme parfait (…si l’on peut dire), à bannir sans réserve, puisque cela équivaut à « dépense relative à la dépense ». La critique formulée ici ne saurait donc relever d’un purisme excessif…

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L’articulet « dico » du jour

subsaharien(ne)  adj.

            L’adjectif sud-saharien(ne), avec un trait d’union, a pour acception : « qui habite ou se trouve dans la partie méridionale du Sahara ». Son paronyme subsaharien(ne), sans trait d’union, agglutiné, signifie : « qui habite ou se trouve plus au sud que le Sahara », au-dessous (sub) de lui sur la carte.

            Ne pas confondre, donc !  Abidjan est une ville subsaharienne ; Tamanrasset, UNE oasis sud-saharienne.

            On ne voit pas pourquoi des dictionnaires usuels n’acceptent pas la substantivation des deux mots, alors que l’on dit bien : « des Sahariens »…

 

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La citation du jour

            « La bravoure procède du sang, le courage vient de la pensée. » (Napoléon.)