Le mot du 5 janvier 2016

instrumentalisation

          Plus question de « manipulation », les médias et les politiques ne jurent plus que par l’instrumentalisation, un mot qui a pourtant contre lui, dans un monde qui exige de tous la rapidité, ses interminables dix-neuf lettres.

             Instrumentalisation  fait partie de ce que l’on peut appeler les « mots Janus », par référence au dieu romain Janus. Ce dernier était le dieu des débuts et des fins, du passage et des portes, et sa représentation est bifrons, c’est-à-dire à deux têtes. Celles-ci se touchent, mais « se tournent le dos », si l’on peut dire et en se réclamant d’Alphonse Allais1 et de Pierre Dac réunis : une tête regarde vers le passé, l’autre vers le futur.

          De même que le verbe louer peut signifier « donner à loyer » (le sujet du verbe est le propriétaire ou son mandataire) ou « prendre à loyer » (le sujet du verbe est alors le preneur, le locataire), cet instrumentalisation très à la mode a deux acceptions : « action d’instrumentaliser quelqu’un » et « fait d’être instrumentalisé ».

          « Il loue un studio rue Sainte-Anne » est une phrase ambiguë, que l’on peut comprendre de deux façons si le contexte ne précise rien.  A priori, le risque semblerait   moindre   avec   instrumentalisation.   Cependant,  si  l’on  dénonce  « l’instrumentalisation de ces populations », il peut s’agir soit de fustiger une manipulation en cours exercée sur ces populations ; soit, la manœuvre ayant réussi, de condamner la transformation desdites populations en… instruments au service d’une idéologie ou au service d’ambitions personnelles.  L’action ou bien le résultat de cette action.

  1. Le 14 janvier, à 14 h 30, à l’amphi Kernéis, à Nantes, je ferai une petite conférence-débat sur Alphonse Allais.

 

*****

 

La bourde du jour

          Bien évidemment, l’ « hénaurmité » du jour est l’erreur commise, et non décelée à temps, sur la plaque réalisée à la mémoire des victimes de la tuerie de Charlie Hebdo  : à savoir le nom de Georges Wolinski transformé en « Georges Wolinsky ». Maryse Wolinski a  réagi violemment, assurant que son époux détestait cette erreur, sans doute trop souvent commise.

    S’agissant de Charlie Hebdo, et du contexte particulier de cette commémoration, on ne peut s’empêcher de voir dans cette bourde une manifestation d’humour noir. D’où des réactions traduisant l’irritation, mais aussi, chez certains, l’amusement.

          Mme Hidalgo, maire de Paris, a, semble-t-il, déclaré que personne, à la Ville, n’avait vérifié la plaque après sa fabrication et avant sa pose. Une procédure jugée « normale ». Je me permettrai, moi, de trouver que c’est anormal.

*****

 

La citation du jour

          « Sachant ce qui est juste, ne pas le faire démontre l’absence de courage. Donc le courage est de faire ce qui est juste. » (Confucius.)

Publicités

Les commentaires sont fermés.