Le mot du 7 février 2016

hors-solisme

 

            Le mot composé (à trait d’union) hors-solisme, construit à partir de la locution hors sol, a fait son apparition dans le langage politique. Il n’a pas le moindre rapport avec l’éventualité de bannir du sol natal – de « mettre hors sol » définitivement – des individus, hommes ou femmes, qui prôneraient ou commettraient des attentats abjects, voire souhaiteraient l’instauration par la barbarie d’une non-civilisation reposant sur le fascisme, le racisme, le machisme et l’obscurantisme.

Autre quiproquo à éviter : y voir un lien avec les « constructions hors sol » (piscine non creusée dans la terre, maison sur pilotis, fruits, fleurs ou légumes obtenus le long de murs, de façades sans qu’il y ait des racines en terre, etc.) ! Le hors-solisme n’est pas non plus le délit consistant à s’être lancé sans permis de construction, sans autorisations légales, dans la réalisation de tels aménagements.

Le hors-solisme est une nouvelle façon de désigner le comportement de ceux, notamment les politiciens et politiciennes, qui ne sont pas dans la « vraie vie », qui ne connaissent aucune des difficultés de la « France d’en bas », comme la surnomme M. Raffarin : les ouvriers, les petits et moyens agriculteurs, les cadres moyens, la plupart des retraités, les « travailleurs pauvres », les chômeurs de longue durée…

Mme Michèle Delaunay, cancérologue, député de la Gironde, et qui a été ministre déléguée aux Personnes âgées et à l’Autonomie, a consacré un billet de son blog à ce phénomène. Ce billet avait un titre ô combien explicite : « Le tunnel, ou comment faire carrière sans mettre un pied dans la vraie vie ». Parlant d’ « élus hors-sol » (avec un trait d’union), la parlementaire disait redouter le hors-solisme, c’est-à-dire « le risque pour des élus de ne plus voir la vie réelle ». L’ancienne ministre n’est-elle pas trop indulgente, ou n’a-t-elle pas suffisamment soupesé les mots qu’elle emploie ?… Le « risque » ne serait-il pas plutôt, chez certains, la « volonté » de ne pas voir les réalités, l’indifférence à l’égard des détresses et des dénuements qui touchent en particulier des personnes qui devraient être vraiment prioritaires.

Mme Pascale Silbermann, sous-préfète d’Issoudun depuis peu de temps, a, dans une interview, justement affirmé que « le sous-préfet n’est pas hors-sol » en exposant sa conception de ses fonctions : « Ce que j’aime, c’est d’être dans un arrondissement. Ce sentiment d’être proche des gens pour leur être utile me plaît. Il y a tout un travail pédagogique à mener. Le sous-préfet n’est pas hors-sol ; il est sur le terrain, et il y a un côté humain très important dans ce métier. »

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