Archives mensuelles : février 2016

Le mot du 12 février 2016

L’articulet dico du jour  +  la bourde du jour  + la citation du jour  +  le proverbe du jour  +  le trait d’esprit du jour

 

L’articulet « dico » du jour

lipper v. tr.

Ce vieux verbe (= « bien manger, bien boire ») ne figure plus dans les dictionnaires contemporains usuels. En revanche, on trouve toujours le substantif féminin lippée, « nourriture, repas », né de son participe passé substantivé ou bien directement de lippe, « lèvre inférieure épaisse et proéminente » (faire la lippe = « bouder, faire la moue »).

Lippée reste surtout connu par la locution franche lippée, qui désigne un repas d’autant meilleur qu’il a été obtenu sans bourse délier.

Noter les deux p, mais au XVIIIe siècle on trouve assez souvent lipe, liper et lipée dans des textes.

Homonyme : le verbe liper, avec un seul p, qui signifie « crier » en parlant d’un oiseau de proie, le milan.

 

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La bourde du jour

Commise par le site en ligne d’un hebdomadaire, dans un gros titre : « Remaniement : ce gouvernement est un chef d’œuvre d’arrières-pensées ». Double bourde, en réalité, avec, d’abord, l’oubli du trait d’union dans le nom composé chef-d’œuvre. Puis, plus grave, le « s » abusif à la fin du mot arrière, qui est invariable lorsqu’il est le premier élément d’un mot composé : des arrière-cuisines, des arrière-gardes, des arrière-boutiques, etc.

 

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La citation du jour

            « Nous attendons toujours, pour nous exécuter, l’instant où nous sommes forcés par les circonstances. »

 

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Le proverbe du jour

            « Il n’y a si beau soulier qui ne devienne savate. »

 

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Le trait d’humour du jour

Le comédien Raimu était réputé pour sa radinerie (et son peu de modestie)… La pitance servie fut, ainsi, fort chiche un jour qu’il avait invité chez lui Marcel Pagnol. À la fin du repas, l’acteur demanda à sa vieille bonne, en claironnant : « Marie, apportez le cognac ! Le meilleur !… ». Pagnol, qui connaissait par cœur le bonhomme, s’exclama : « Surtout, n’oubliez pas le compte-gouttes ! ».

           

 

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Le mot du 11 février 2016

« armée mexicaine »

 

On pourrait imaginer, en écoutant la lecture de la composition du nouveau gouvernement français, que Pôle Emploi a pu trouver un travail à plusieurs chômeurs. Il n’en est rien : si ce gouvernement bouffi atteint maintenant le nombre record de 38 éminences, c’est en casant des députés, des sénateurs, etc.

Cet effectif pléthorique est en contradiction – outre avec le souci de réduire les dépenses du gouvernement au moment où des millions de Français sont dans la gêne et le chômage – avec la longueur désopilante des dénominations des maroquins déjà attribués… Des dénominations qui laisseraient entendre que chaque ministre déploie une activité débordante en maints domaines. Eh bien, non, c’est manifestement le contraire : débordés, les 18 ministres sont assistés par 20 secrétaires d’État…

Cette profusion d’élus, qui frôle la congestion, ne va sûrement pas mettre de bonne humeur le citoyen lambda, déjà plus qu’exaspéré par le comportement des hommes et femmes politiques. Sans tarder, l’expression « armée mexicaine » revenait dans les conversations en ce jeudi 11 février… Il s’agit là d’une expression qui remonte aux années 1910, à la révolution au Mexique menée par divers groupes aux objectifs variés. Peu organisés, peu disciplinés, ces éléments révolutionnaires étaient dirigés, si l’on peut dire, par une surabondance de chefs. De la notion de troupe désorganisée a subsisté presque exclusivement l’acception d’  « armée où les généraux sont très nombreux, trop nombreux, dont beaucoup sont inutiles ».

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Dans les conversations revenait aussi le « marronnier » de la prétendue réforme de l’orthographe, avec les interrogations quant aux auteurs de la relance du débat… L’Académie française a démenti être à l’origine, et a publié un communiqué très honnête et rigoureux dressant l’état de la question depuis 1990.  Ce communiqué reprend, avec quasiment les mêmes mots, tout ce que j’ai dit dans ma chronique et dans les interviews.  Je publierai demain les principaux extraits de ce communiqué, et les conclusions qu’il faut en tirer. Le ministère de l’Education nationale aurait nié avoir été à la source de cet énième épisode. L’hypothèse la plus souvent entendue ce jeudi, semble-t-il, est celle d’un « coup commercial » monté par des éditeurs de manuels scolaires, pour forcer le ministère de l’Education nationale, et donc les enseignants, à racheter ou à faire acheter aux parents d’élèves des milliers d’ouvrages.

 

Communiqué Académie française

INFO :

Je viens de prendre connaissance d’un communiqué de l’Académie française, qui confirme, qui valide, dans son exposé des faits, tout ce que j’ai dit dans ma chronique au sujet de la prétendue « réforme » de l’orthographe… En conclusion, l’Académie dit qu’ « elle s’est proposé, selon une procédure qu’elle a déjà suivie à plusieurs reprises, de juger à terme des graphies que l’usage, législateur suprême, aura retenues et de confirmer ou infirmer les modifications recommandées ». Je vais revenir sur ce communiqué et sur les conclusions qu’on peut en tirer, dans une chronique qui sera publiée, diffusée, ce soir ou demain.

Dictées de mars 2016

INFORMATIONS

Précisions, afin de répondre à quelques questions récurrentes :

1°  Dictée annuelle de Sèvres, au Centre international d’études pédagogiques (CIEP), le samedi 19 mars après-midi.

Les renseignements sont maintenant disponibles à la mairie de Sèvres comme au CIEP. Inscriptions possibles par écrit en ces deux endroits, mais il est préférable de s’inscrire directement auprès de moi, pour gagner du temps :  jp.colignon@orange.fr ou  06 07 59 17 08.  Chacun doit donner sa catégorie (cadet, junior, senior amateur, senior professionnel ou champion = en cas d’hésitation, me demander), sa date de naissance, son adresse postale précise, son ou ses numéros de téléphone, son adresse électronique le cas échéant.

2° Dictée annuelle de la Mairie du 7e arrondissement (+ Salon de la langue française : nombreuses animations), le mercredi 9 mars après-midi : s’inscrire à la mairie ou auprès de moi.

Dans les deux cas, les personnes se présentant le jour même sans s’être inscrites seront acceptées dans la mesure des places disponibles. Le maximum sera toujours fait pour accueillir tout le monde, mais il est vivement souhaité de disposer des inscriptions auparavant, pour savoir comment se répartissent les catégories et pour préparer au mieux les salles… et les prix.  Merci !  :o))

 

Le mot du 11 février 2016

ambiguïté

 

            La diplomatie consiste entre autres à rédiger volontairement, quand une situation est inextricable, des textes ambigus destinés à satisfaire les opinions publiques respectives des négociateurs. Personne n’est dupe, donc, au sein de ces derniers, dont chacun sait qu’en cas de difficultés intérieures n’importe quel gouvernement fera du battage et accusera les autres de duplicité, en sachant jusqu’où aller dans la tartuferie…

Les ambiguïtés peuvent être drôles, cocasses, voire désopilantes… Ainsi en est-il d’une phrase de M. Laurent Fabius (anagramme = « naturel abusif ») lors de son petit discours devant les députés marquant son départ du gouvernement. Le futur président du Conseil constitutionnel a donc déclaré ainsi qu’il avait « servi avec bonheur »… Formule qui peut être comprise de deux façons : a) « J’ai eu le plaisir, la joie, la bonne fortune de servir mon pays… » ; b) « J’ai servi avec succès, efficacité, prouesse, envergure, talent, compétence, efficience, etc. ».

Le mot du 10 février 2016

L’articulet « dico » du jour  +  la citation du jour  +  le proverbe du jour  +  le mot d’esprit du jour

 

L’articulet « dico » du jour

planisphère  n. m.  

            Ce mot est, avec hémisphère, le seul composé de sphère qui soit masculin.

Comme mappemonde, ce nom désigne une CARTE PLANE (de la terre ou du ciel), contrairement au globe terrestre.

 

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La citation du jour

            « L’eau qui ne court pas fait un marais ; l’esprit qui ne travaille pas fait un sot. » (Victor Hugo.)

 

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Le proverbe du jour

            « Il ne faut pas clocher devant les boiteux. » (= Il ne faut pas se mêler d’un métier devant des gens qui en savent plus que vous.)

 

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Le mot d’esprit du jour

Le journaliste boulevardier Aurélien Scholl (1833-1902) fut un des plus brillants esprits parisiens. Considérant Sarah Bernhardt à ses débuts, alors que la comédienne était très maigre, il commenta : « C’est un beau brin de… fil ! ».

Message du 10 février 2016

Information : La préparation des épreuves des demi-finales du Championnat d’orthographe et de langue française du Maroc, qui se dérouleront samedi 13 à travers tout le Maroc, a coïncidé avec le bouclage, dès hier, à la demande du service communication, de l’organisation des dictée + Salon de la langue française du 9 mars à la mairie du 7e arrondissement. Ces deux tâches s’ajoutant à un certain nombre d’autres (réponses aux nombreux courriels des internautes, articles  sur la « réforme » (sic) de l’orthographe* envisagée… par on ne sait plus qui : l’Académie française comme le ministère de l’Education nationale se défendent d’être à l’origine de cette énième réapparition du « marronnier », livres au bouclage…), je n’ai pas pu publier de textes sur le site avant ce soir… Merci de m’en excuser.

 

* Voir ma chronique parue il y a quelques jours.

Le mot du 7 février 2016 (suite)

Le prix de l’allégeance à l’anglo-américain est décerné…

… aux organisateurs du match France-Italie du samedi 6 février, au Stade de France. Tous les téléspectateurs ont pu voir que sur la porte du vestiaire réservé aux joueurs transalpins il était écrit, en majuscules : « ITALY » !!

 

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       Par ailleurs, le déroulement du match a justifié ce que j’avais écrit après avoir vu et écouté, sur France 3, le midi, le journaliste « sportif ». Sans des maladresses commises par les joueurs italiens au cours de la première mi-temps, le XV de la Botte aurait très bien pu emporter la victoire.

      Le chauvinisme méprisant de ce journaliste à l’égard de la « très faible » équipe italienne devrait, je l’espère, laisser dorénavant la place, chez lui, à plus de circonspection et de sportivité.

Le mot du 7 février 2016

hors-solisme

 

            Le mot composé (à trait d’union) hors-solisme, construit à partir de la locution hors sol, a fait son apparition dans le langage politique. Il n’a pas le moindre rapport avec l’éventualité de bannir du sol natal – de « mettre hors sol » définitivement – des individus, hommes ou femmes, qui prôneraient ou commettraient des attentats abjects, voire souhaiteraient l’instauration par la barbarie d’une non-civilisation reposant sur le fascisme, le racisme, le machisme et l’obscurantisme.

Autre quiproquo à éviter : y voir un lien avec les « constructions hors sol » (piscine non creusée dans la terre, maison sur pilotis, fruits, fleurs ou légumes obtenus le long de murs, de façades sans qu’il y ait des racines en terre, etc.) ! Le hors-solisme n’est pas non plus le délit consistant à s’être lancé sans permis de construction, sans autorisations légales, dans la réalisation de tels aménagements.

Le hors-solisme est une nouvelle façon de désigner le comportement de ceux, notamment les politiciens et politiciennes, qui ne sont pas dans la « vraie vie », qui ne connaissent aucune des difficultés de la « France d’en bas », comme la surnomme M. Raffarin : les ouvriers, les petits et moyens agriculteurs, les cadres moyens, la plupart des retraités, les « travailleurs pauvres », les chômeurs de longue durée…

Mme Michèle Delaunay, cancérologue, député de la Gironde, et qui a été ministre déléguée aux Personnes âgées et à l’Autonomie, a consacré un billet de son blog à ce phénomène. Ce billet avait un titre ô combien explicite : « Le tunnel, ou comment faire carrière sans mettre un pied dans la vraie vie ». Parlant d’ « élus hors-sol » (avec un trait d’union), la parlementaire disait redouter le hors-solisme, c’est-à-dire « le risque pour des élus de ne plus voir la vie réelle ». L’ancienne ministre n’est-elle pas trop indulgente, ou n’a-t-elle pas suffisamment soupesé les mots qu’elle emploie ?… Le « risque » ne serait-il pas plutôt, chez certains, la « volonté » de ne pas voir les réalités, l’indifférence à l’égard des détresses et des dénuements qui touchent en particulier des personnes qui devraient être vraiment prioritaires.

Mme Pascale Silbermann, sous-préfète d’Issoudun depuis peu de temps, a, dans une interview, justement affirmé que « le sous-préfet n’est pas hors-sol » en exposant sa conception de ses fonctions : « Ce que j’aime, c’est d’être dans un arrondissement. Ce sentiment d’être proche des gens pour leur être utile me plaît. Il y a tout un travail pédagogique à mener. Le sous-préfet n’est pas hors-sol ; il est sur le terrain, et il y a un côté humain très important dans ce métier. »

Le carton rouge du samedi 6 février 2016

Le carton rouge du jour

            Je ne sais pas, au moment où ce texte est rédigé, quel sera le résultat du match France-Italie de rugby, au Stade de France, cet après-midi, dans le cadre du Tournoi des six nations. Toutefois, et sans attendre, je décerne un carton rouge, ou, plutôt, je prononce une exclusion de dix minutes du terrain, au journaliste « sportif » de France 3 qui a commenté par avance ce match à midi et demi.

Avec un dédain marqué, ce journaliste a parlé de la « très faible équipe italienne », qui ne devrait pas poser de problèmes au XV français. C’est là un commentaire qui manque de prudence : lors des matchs de ce Tournoi, toutes les équipes se surpassent… Il eût été plus « sportif », plus correct, et peut-être bien plus prudent, encore une fois, de s’exprimer autrement : « Les Français affrontent une équipe censée être plus faible », « L’équipe de France part favorite face à une équipe italienne qui, ces derniers temps, n’a pas obtenu de bons résultats », etc.