Le mot du 2 mars 2016

malaise

 

            En tant que citoyen d’une démocratie, en tant que professionnel de l’édition et de la presse dont le rôle est de veiller à la fiabilité des textes et à une transmission honnête, rigoureuse, de l’information, en tant qu’enseignant et formateur en écoles de journalisme, je ne peux que ressentir un malaise devant tout ce qui est dit ou écrit au sujet du « malaise », ou prétendu « malaise », dont a, ou aurait, été victime Mme El Khomri.

Quelle est la vérité, à l’heure actuelle je n’en sais rien… Mais, ce que je sais, c’est que de multiples versions, certainement plus ou moins de bonne foi, relevant plus ou moins de l’enfumage, circulent :

1) La ministre a vraiment fait un malaise. Bon, quelle en est alors la raison ?… Selon certains, ce serait le stress, le désarroi, devant une contestation de plus en plus massive de ce qui est présenté comme « son » (?) projet de loi. Pour d’autres, ce serait la fatigue, tout simplement. D’aucuns y voient (sincèrement ?) son ébranlement alors qu’elle aurait présenté à contrecœur certaines des dispositions, ou son amertume et sa lassitude devant la reculade du gouvernement qui tendrait à lui faire porter le « chapeau »…

Bien entendu, si une ou plusieurs de ces explications sont avancées avec sincérité, d’autres, comme toujours en politique, participent des coups de billard à deux ou trois bandes… Quelques-uns ou quelques-unes laissent entendre que le lâche peuple qui signe des pétitions s’est attaqué à une femme et ne l’aurait pas fait si le ministère avait eu un homme à sa tête ; par ricochet : toutes ces pétitions relèvent du populisme, et tout devrait se décider entre « élites ». Second ricochet : Mme El Khomri est toujours victime de jugements injustes, alors qu’elle est très compétente et de taille à être ministre.

Pour d’autres, ce malaise, ce stress, cette faiblesse, confirme les insuffisances d’une personne qui a déjà commis un certain nombre de bourdes et de bévues lors de déclarations et dans des débats. Par effet de bande : on voit bien que les dernières nominations dans ce qui est devenu une armée mexicaine de 38 ministres et secrétaires d’État relève de l’amateurisme, ou du copinage, et démontre le manque de sérieux du chef de l’État et du Premier ministre…

Le malaise, annoncé sur-le-champ à grand bruit comme s’il s’agissait d’un événement grave, n’aurait été qu’un minuscule incident (formulation un peu pléonastique) puisque quelques heures après l’annonce on disait que la ministre participerait en fin d’après-midi ou en soirée à une réunion. Enfumage, alors, pour attirer la compassion sur une ministre en difficulté ?… Ou énergie de ladite, qui, quoique souffrante, assurerait sa participation à une réunion ?

2) Il n’y aurait jamais eu de malaise, mais, selon d’autres sources, y compris officielles semble-t-il, un « accident domestique ». J’ai entendu la précision (avérée ??) : glissade sur une savonnette.

Certains « joueurs de billard » auraient intérêt à nier un malaise dû au stress ou au désarroi, pour sauver la mise à la ministre, donc au gouvernement, et pour cacher une éventuelle fragilité de caractère de Mme El Khomri ou une maîtrise peu assurée des dossiers.

Le malaise est donc inévitable à l’audition ou à la lecture de versions non vérifiées, non contrôlées, ou reposant sur les calculs, sur la stratégie politicienne, dans tous les camps…

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