Archives mensuelles : avril 2016

Le mot du 30 avril 2016 (3)

Les bourdes du jour

Samedi 30 avril 2016

Les bourdes du jour

            Les chaînes de télévision sont sans cesse dans la surenchère, y compris pour le nombre des fautes de français et de culture générale… Pour le concours de l’inculture, il va falloir sans doute agrandir le podium.

Un fidèle ami internaute a noté un très joli « mantrat » dans une incrustation, grâce à quoi mantra devient la rime riche de magistrat ! Il faut donc rappeler à certains que, mot sanskrit à l’origine, mantra se termine comme fouchtra et comme Sumatra.

Ce samedi 30 avril au matin, sur une chaîne de radio où l’on se gargarise de sondages flatteurs pour les émissions de la matinée, mais où il serait bon de se montrer plus modeste et de surveiller souvent son français pour une transmission rigoureuse de l’info, une journaliste a mentionné que le « remboursage » des billets de la SNCF serait soumis à des conditions moins avantageuses qu’aujourd’hui.

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Le mot du 30 avril 2016 (2)

La question du jour  +  La citation du jour  +  Le proverbe du jour  +  Le trait d’humour du jour

Samedi 30 avril 2016

 

La question du jour

            « Est-il correct de dire « se précautionner contre le froid » ? »

Intrinsèquement, oui… mais, pardon de vous dire cela, c’est une tournure « qui date », qui est bien vieillie. Voire quasiment sortie de l’usage. Et, comme les constructions archaïques sont si insolites qu’elles paraissent incorrectes, en employant se précautionner vous risquez d’être critiqué !   Utiliser se prémunir contre le froid  ou une autre formulation plus courante vous évitera ce possible désagrément.

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La citation du jour

            « Les connaissances sans le caractère sont comme la croûte sans le pâté. »

                                                                                             (Baden-Powell.)

 

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Le proverbe du jour

            « Pensez toujours trois fois avant d’agir, et vous n’aurez aucun repentir. »

 

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Le trait d’humour du jour

            Guy de Maupassant fut un jour agacé par un écrivaillon prétentieux et néanmoins obscur qui se permit de lui dire : « Il est vrai que j’écris plus lentement que vous. C’est parce que je soigne mon style… ». La réplique fut cinglante : « À quoi bon ? Il est incurable… 

Le mot du 30 avril 2016

« Hé oh la gauche ! »

 

Porte-parole du gouvernement, hollandais fidèle, M. Stéphane Le Foll a lancé au printemps 2016, pour mobiliser l’électorat de soutien au président de la République, un mouvement curieusement dénommé Hé oh la gauche !1. On imagine les débats qui ont associé une armée mexicaine de communicants et pléthore de conseillers, d’experts autoproclamés, pour aboutir à ce slogan – dénomination qui a suscité lazzis, quolibets et humour potache. Y compris à l’Assemblée nationale, chaque fois que, les jours suivants, le ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt a eu à s’exprimer dans le cadre de ses fonctions.

Se voulant « interpellatif et mobilisateur », le nom retenu commence par l’interjection , ce qui est effectivement l’orthographe qu’il fallait adopter… Le mot aurait été employé seul, il eût fallu obligatoirement un point d’exclamation derrière : « Hé ! Taxi !… ». D’ailleurs, ici, même suivi d’un « oh » ou d’un « ho », la version « Hé ! » aurait été meilleure, plus en phase avec le propos…

Ce ne pouvait pas être l’autre interjection Eh, qui ne sert pas à appeler, à interpeller (« Eh bien, je crois que… », « Eh oui, cela est consternant… », « Eh ! Que pouvions-nous faire… », etc.).

Quant au « oh », il semble plus contestable. Et il devrait être suivi d’un point d’exclamation…  Puisqu’il s’agit de « réveiller » la gauche et de la convier à se rassembler pour soutenir M. Hollande, c’est un slogan plus énergique qui eût convenu. Le « oh ! », en effet, sert surtout à exprimer l’étonnement, la surprise : « Oh !  la gauche ! »  (ce qui peut donner la signification : « ça alors ! elle est là !  elle est revenue !!? »).  Les initiateurs du mouvement, reprenant alors le refrain entraînant des Sept Nains de Blanche-Neige (« Heygh-ho ! heygh-ho ! On rentre du boulot ! »)  (« paroles officielles » !), eussent mieux respecté les finesses de la langue française… et surtout l’intention de leur démarche en adoptant une vigoureuse interpellation : « Hé ! Ho ! la gauche ! »…

 

 

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  1. On voit les problèmes de transmission rigoureuse de l’information, donc d’orthotypographie, qui surgissent dès lors que l’on veut écrire une phrase exclamative : « Quel curieux nom, Hé oh la gauche ! ! »… Pour éviter la succession des deux points d’exclamation dans le même caractère, il faut, exceptionnellement, mettre le nom du mouvement entre guillemets, ou bien changer la graisse de caractère : « Quel curieux nom, « Hé oh la gauche ! » ! », ou : « Quel curieux nom, Hé oh la gauche ! ! »

Le mot du 29 avril 2016

La question du jour  +  L’emploi très contestable du jour

La question du jour

« Doit-on écrire : « Je suis entré de plain-pied dans la vie active » » ou : « Je suis entré de plein-pied (pleinement) dans la vie active » ?

Il faut écrire de plain-pied, avec le sens figuré de « sans difficulté, sans obstacle », d’après le sens propre « sur un plan d’égalité », « au même niveau »  (« une maison de plain-pied »).

 

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L’emploi très contestable du jour

            Sur France Inter, vendredi 29 au matin, un intervenant parle de « projets gargantuesques »…Le locuteur tordait excessivement, là, le vocabulaire. Au point que c’est « erreur » qu’il faudrait dire, et non « emploi contestable »…

L’adjectif gargantuesque doit être réservé à ce qui rappelle les traits caractéristiques du personnage de Rabelais, Gargantua, à savoir un fantastique appétit d’ogre, une insatiable goinfrerie…

Les termes appropriés, qui pouvaient être utilisés, notamment, par les journalistes, étaient, entre autres : projets pharaoniques, faramineux, gigantesques, titanesques, colossaux, démesurés…

 

Le mot du jour du jeudi 28 avril 2016 (2)

Information : événement exceptionnel en novembre, à Nantes, une dictée supplémentaire marquera les 30 ans du Musée de l’imprimerie. La date, un samedi après-midi, sera fixée dans les prochains jours… et sera, évidemment, rappelée en temps voulu !    :o))

Le mot du 28 avril 2016 (1)

aptonyme

 

Des médias consacrent des articles à M. Olivier Fric, époux de Mme Anne Lauvergeon, l’ancienne patronne d’Areva. Je renvoie, pour le fond, les internautes à la lecture de tout ce qui est, ou a été, ou sera, publié…

S’agissant d’une personne dont la profession consiste à « faire des affaires », la proximité entre le patronyme et le métier exercé saute évidemment aux yeux, sans qu’il y ait une connotation péjorative. Idem pour un boulanger s’appelant Miche, un jardinier se nommant Dugazon, un dentiste du nom de Roulette, un boucher ayant pour nom de famille Escalope…  Des curieux qui se sont plongés dans les annuaires ont dressé ainsi des listes impressionnantes d’… aptonymes.

Ce sont les cousins québécois qui ont créé ce terme – tout simplement à partir d’apte, « qui convient », « approprié », et d’-onyme, « nom » –  pour désigner un patronyme (ou un prénom) lié sémantiquement à la profession ou aux activités de la personne mentionnée.

Dictée mai 2016

Rappel : La 8e Dictée du Patrimoine de Piriac-sur-Mer (Loire-Atlantique) a lieu le samedi 7 mai, à l’Espace Kerdinio (salle Dumet), à 15 heures.

 

Le mot du 25 avril 2016 (2)

L’articulet « dico » du jour  +  la citation du jour  +  le proverbe du jour

 

L’articulet « dico » du jour

légufrulabélophile  n.

Collectionneur ou collectionneuse d’étiquettes autocollantes, de cartonnettes et de papiers d’emballage des fruits et légumes.

 

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La citation du jour

            « Il n’est point d’instruction plus sûre que celle qui est accompagnée de l’action. »

                                                                             (Maria Edgeworth, Éducation pratique.)

 

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Le proverbe du jour

            « Nourrissez un ingrat pendant trois semaines, il vous oubliera en trois jours. »

Le mot du 25 avril 2016 (1)

obligé

 

            La première acception d’obligé donnée par le Trésor de la langue française du CNRS, quand ce mot est un substantif, un nom, est la suivante : « Personne à qui on a rendu service, qui est liée par la reconnaissance à quelqu’un ». Lorsque le terme est employé comme adjectif, ce dictionnaire donne une signification qui, naturellement, recoupe la précédente : « Qui est redevable [à quelqu’un] d’un bienfait, d’une amabilité, et qui lui en témoigne de la reconnaissance ».

Mais les lexicographes ne se sont-ils pas laissé emporter par leur propre bienveillance, leur gentillesse, leur débonnaireté, leur bénévolence, leur bénignité ?… N’auraient-ils pas dû arrêter respectivement leur texte après service et après amabilité ?  En quoi le fait d’avoir bénéficié de faveurs, d’avoir reçu des avantages, d’avoir été pourvu de fonctions flatteuses et rémunératrices, rendrait-il forcément plein de gratitude et très reconnaissant ?  Se plonger, entre autres,  dans la Comédie humaine de Balzac devrait empêcher d’avoir en tête de telles naïvetés…

Il se pourrait qu’un certain nombre d’obligés ne se sentent pas « obligés » de ressentir ou de manifester une quelconque gratitude. Il en est peut-être, même, qui estiment que tous les bienfaits dont ils ont bénéficié relèvent de ce qui est dû à leurs mérites, à leur grande valeur…, et que ce sont les autres qui, en vérité, devraient être leurs obligés, leurs débiteurs.

 

Le mot du 24 avril 2016 (1)

bidule

 

Le général de Gaulle se gaussa, en septembre 1963,  des « comité Théodule », « comité Gustave », etc. : « L’essentiel pour moi, ce n’est pas ce que peuvent penser le comité Gustave, le comité Théodule ou le comité Hippolyte, c’est ce que veut le pays » (à Orange, le 25 septembre 1963). Il se moquait ainsi des multiples comités, selon lui peu représentatifs, ou inféodés à des intérêts partisans et médiocres.

Familier du « truc » consistant  –  pour marquer l’opinion, mettre les rieurs de son côté ou détourner l’attention  –  à ressortir un vieux mot peu employé ou un terme insolite, voire à créer une expression, il aurait pu employer, pour désigner l’ONU, bidule et non pas machin (« Ce machin qu’on appelle l’ONU », à Nantes, en septembre 1960)…

C’est ce bidule qui apparaît, ces jours-ci, dans l’expression « bidule(s) attrape-tout » employée par un certain nombre de commentateurs au sujet de mouvements, de partis, d’unions, de rassemblements, de comités, de groupes, d’assemblages divers s’engouffrant, au nom du « dépassement des clivages », dans la vie politique française.

Synonyme de « chose, truc, machin », bidule est parfois utilisé pour parler d’une personne : « Il y aura bien un bidule (= un gus, un zèbre, un mec, etc.) pour vous répondre ! », mais cela est plutôt rare, cependant.

L’origine de ce mot populaire est des plus obscures. C’est donc avec beaucoup de réserve qu’il faut mentionner l’hypothèse, comme étymon, du picard bidoule ou berdoule,  « boue », d’où serait sortie l’acception de « désordre », notamment reprise dans l’argot militaire des années de la Seconde Guerre mondiale. De là, on aurait associé l’idée de « complexité » à celle de « désordre », d’où l’acception de « chose compliquée », d’ « objet compliqué ». Puis, comme les choses compliquées sont difficiles à définir, ou parce que le mot précis ne vient pas toujours à l’esprit1, bidule aurait été bien commode pour désigner n’importe quel objet ou engin… !

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  1. C’est ainsi que, faute de retrouver le mot salière, lors d’un déjeuner, les dessinateurs Franquin et Peyo inventèrent… les Schtroumpfs. « Passe-moi donc la… heu…  le…heu… schtroumpf », dit Peyo à son ami le génial dessinateur de Spirou, créateur du Marsupilami et de Gaston Lagaffe. Rebondissant sur cette trouvaille, les deux compères vont jusqu’à la fin du repas s’amuser à utiliser le néologisme.  Quelques mois plus tard, quand il lui faudra dénommer les petits lutins bleus qu’il voulait introduire dans la série  Johan et Pirlouit, Peyo se souviendra de ce déjeuner…