Le mot du 11 avril 2016 (2)

« nuitdeboutistes »

 

Le mouvement Nuit debout entraîne une certaine cacophonie dans les déclarations de membres du Parti socialiste, notamment d’élus parisiens, même si ces derniers ont tenté d’accorder leurs violons. Les maires des 3e, 10e et 11e arrondissements sont à peu près sur la même ligne, réclamant le retour à « un État de droit sur la place de la République », estimant que ladite place « ne peut pas devenir une fête permanente la nuit ».

Mme Anne Hidalgo, tout en rappelant que la place « comporte un grand nombre de riverains, qui doivent être protégés, comme tous les Parisiens, du tapage nocturne », n’en estime pas moins, en même temps, que « rien ne s’oppose à ce que des citoyens débattent une partie de la nuit » !

Alors : à quelle heure l’extinction des feux, l’arrêt de la musique, la clôture des discussions publiques, et  –  ou  –  l’intervention des CRS et des gendarmes mobiles (qui se passeraient bien, certainement, de cette activité supplémentaire) ?…  À 22 heures, à minuit ou à 2 heures ?…  Les messages envoyés sont flous, reflets de la perplexité, de l’embarras, des flottements des politiques face à un mouvement insaisissable, qui peut être à récupérer ou à ménager.

L’ambiguïté se retrouve dans le vocabulaire… L’adoption de « nuitdeboutistes » est-elle toujours neutre, le vocable s’imposant de la façon la plus naturelle  –  ou faut-il y voir la volonté de le faire rimer… politiquement avec jusqu’au-boutistes ? Dans cette seconde hypothèse, la connotation est claire comme de l’eau de roche :  tous les participants aux « nuits debout » sont des extrémistes, des libertaires subversifs, des révolutionnaires.

Pour se montrer impartial, ou prudent, faudrait-il prononcer « nuitdebouïstes » pour parler de l’immense majorité des personnes participant à ces débats  et « nuideboutistes » pour les éléments les plus véhéments ?  Ce serait là une démarche… révolutionnaire dans le monde de la linguistique.

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