Le mot du 15 avril 2016 (1)

intonation

 

L’opinion exprimée par le titre-calembour1  de l’Express (lexpress.fr) au sujet du « dialogue citoyen » télévisé sur France 2 jeudi 14 avril au soir : «   « Dialogues citoyens » : François Hollande nous entraîne jusqu’au bout de l’ennui » est-elle partagée par le nombre restreint de téléspectateurs ayant suivi ce programme ?…  Chacun sa vérité, comme d’habitude : la foultitude de commentaires variés assénés par chroniqueurs, journalistes, politologues plus ou moins autoproclamés,  dirigeants d’instituts de sondages, voire publicitaires,  le démontre.  La balance semble tout de même pencher nettement d’un côté.

En dehors des arguments développés par le chef de l’État, j’ai particulièrement noté chez lui quelques remarques, et notamment le ton sur lequel ces remarques étaient faites… En particulier, l’intrigante formule « il sait ce qu’il me doit »….  qui spontanément, involontairement, évoque des scènes-annonces d’épisodes récents du feuilleton à succès de France 3 Plus belle la vie !  Au sein des intrigues « policières » dudit feuilleton apparaît un « caïd » de la pègre qui rappelle à des comparses, et le ton n’est pas à la plaisanterie,  qu’ils lui doivent quelque chose. Gare aux ingrats !

S’adressant indirectement à M. Macron, qui est en pleine campagne d’autopromotion, via Paris-Match et Gala, après avoir annoncé la création de son mouvement En marche !, le chef de l’État, répondant à une question portant sur la place du ministre au sein du gouvernement, a d’abord dit que ce dernier était dans l’équipe et sous son autorité. Puis M. Hollande a ajouté, impavide : « C’est, entre nous, non pas simplement une question de hiérarchie ; il sait ce qu’il me doit, c’est une question de loyauté personnelle et politique ». Un ajout curieux, formulé sur un ton neutre, tranquille, banal…

Mais il n’est probablement pas neutre et banal d’avoir tenu de tels propos : au moindre dérapage, à la moindre démarche en porte-à-faux,  M. Macron sait maintenant qu’il prendra le risque de se voir traité  d’ingrat, de tartufe déloyal, d’arriviste félon, de traître.

L’intonation ne reflète pas forcément, pas toujours, les sentiments intérieurs. Au théâtre, certes  –  et les plus talentueux des metteurs en scène  le savent bien  –, mais encore plus, je crois, en politique.

 

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  1. Jeu de mots sur le titre de l’ouvrage de Céline Voyage au bout de la nuit.
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