Le mot du 25 avril 2016 (1)

obligé

 

            La première acception d’obligé donnée par le Trésor de la langue française du CNRS, quand ce mot est un substantif, un nom, est la suivante : « Personne à qui on a rendu service, qui est liée par la reconnaissance à quelqu’un ». Lorsque le terme est employé comme adjectif, ce dictionnaire donne une signification qui, naturellement, recoupe la précédente : « Qui est redevable [à quelqu’un] d’un bienfait, d’une amabilité, et qui lui en témoigne de la reconnaissance ».

Mais les lexicographes ne se sont-ils pas laissé emporter par leur propre bienveillance, leur gentillesse, leur débonnaireté, leur bénévolence, leur bénignité ?… N’auraient-ils pas dû arrêter respectivement leur texte après service et après amabilité ?  En quoi le fait d’avoir bénéficié de faveurs, d’avoir reçu des avantages, d’avoir été pourvu de fonctions flatteuses et rémunératrices, rendrait-il forcément plein de gratitude et très reconnaissant ?  Se plonger, entre autres,  dans la Comédie humaine de Balzac devrait empêcher d’avoir en tête de telles naïvetés…

Il se pourrait qu’un certain nombre d’obligés ne se sentent pas « obligés » de ressentir ou de manifester une quelconque gratitude. Il en est peut-être, même, qui estiment que tous les bienfaits dont ils ont bénéficié relèvent de ce qui est dû à leurs mérites, à leur grande valeur…, et que ce sont les autres qui, en vérité, devraient être leurs obligés, leurs débiteurs.

 

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