Archives mensuelles : mai 2016

Le mot du 22 mai 2016

incommunicabilité

 

Une fois de plus le gouvernement semble faire marche arrière, donne l’impression de reculer,  en prenant en compte  –  a posteriori  – le régime particulier des heures supplémentaires des camionneurs.  Ces derniers, dont l’argumentation était même soutenue par des patrons d’entreprises de transport,  affirmaient que la loi Travail pouvait leur faire perdre en moyenne, selon les cas, de 10 à 20 % de leur salaire mensuel.

Le gouvernement affirme que, du fait de l’existence de textes spécifiques, il n’a jamais été envisagé de toucher au régime dérogatoire des camionneurs. Ces derniers, eux, semblent convaincus majoritairement que la menace existait bel et bien, et que leurs actions énergiques ont dissuadé le pouvoir d’appliquer de nouvelles normes très désavantageuses pour les salariés.

Qu’il s’agisse ou non d’une reculade, d’une manœuvre destinée à dissocier les camionneurs du mouvement général de protestation contre la loi dite « El Khomri », la conclusion de chacun va être la même, rejoignant ce que l’on a entendu lors des défilés du jeudi  19 mai, et qui n’émanait pas des voyous-casseurs : « Ce n’est pas par de simples défilés que les ouvriers, les employés, les petits retraités, les jeunes, pourront arriver à se faire entendre de politiciens hors-sol ».

M. Thierry Mandon, secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur, fait en quelque sorte un constat semblable quant aux problèmes d’incommunicabilité, puisqu’il vient d’affirmer que « ce qui se passe en ce moment est l’expression de frustrations démocratiques » et qu’ « il est nécessaire de revoir la façon dont on dirige le pays », parce que « le système est à bout de souffle » et que « l’ensemble du système de gouvernance est obsolète ».


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Le mot du 21 mai 2016 (2)

(suite à « Parc des Princes »)

 

Complément à « Parc des Princes »

 

            Un petit ajout à ma réponse sur Parc des Princes, au sujet de la prononciation…  On entend assez souvent, notamment dans la bouche de journalistes de radio ou de télévision  –  et c’est pourquoi cela mérite ce complément  –  « Parque(u) des Princes ».  Ce qu’on appelle des « voyelles d’appui » se font entendre, entre autres, lorsqu’il y a des groupes de consonnes. Le nom du grand quotidien Ouest-France  est ainsi prononcé, sans doute plus facilement, « Oueste-France ».

La prononciation correcte est exclusivement « Parc’ »,  rimant richement avec « Jeanne d’Arc’ ».  Cela au prix d’un tout petit effort ! ☺

 

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Le mot du 21 mai 2016(1)

La question du jour  +   la citation du jour

 

La question du jour

« Pourquoi faudrait-il une majuscule à  Parc dans Parc des Princes ? »

 

Non, il ne « faudrait » pas : il FAUT une majuscule.  Ici, parc n’est pas un terme banal, générique, désignant une étendue de terrain boisée ou un espace aménagé pour le public…  Au XVIIIe siècle,  il s’agissait d’un lieu de chasse et de promenade très apprécié  par la famille royale, d’où l’appellation familière de « parc des princes », qui est associé à « route des princes », « porte des princes », et qui deviendra un surnom, puis, sous Napoléon III, plus officiellement, un nom propre de quartier : le Parc des Princes (aujourd’hui : à cheval sur Boulogne-Billancourt et sur Paris-XVIe).

Le stade-vélodrome construit en ce lieu en 1897 fut rapidement appelé, par ellipse, « le Parc des Princes » (pour « stade-vélodrome du Parc des Princes »). Pendant de nombreuses années (jusqu’en 1967, bien après la construction du second Parc des Princes en 1932), le cyclisme sur piste fut le sport vedette du stade-vélodrome, qui accueillit les arrivées du Tour de France, de Bordeaux-Paris,  etc.

Le Parc des Princes actuel, qui est uniquement un stade utilisé pour le football (Paris Saint-Germain)   – le XV du Stade français doit jouer à Jean-Bouin –, a été construit en 1972, et a subi plusieurs phases de rénovation.  Notamment, ces dernières années, en vue des matchs de l’Euro 2016…

 

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La citation du jour

 

« Peuple, souviens-toi que si, dans la République, la justice ne règne pas avec un empire absolu […], la liberté n’est qu’un vain nom. »

                                                                                                                                                (Robespierre.)

 

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Le mot du 20 mai 2016 (2)

L’articulet « dico » du jour

 

vide-greniers  n. m. inv. ou vide-grenier n. m.

Ce mot composé s’est imposé dans les dictionnaires, depuis quelques années, en raison de la fréquence de cette manifestation  de vente d’objets par des particuliers*.  Les dictionnaires de référence ne donnent pas tous la même graphie, ou mentionnent une double graphie, d’où les deux entrées, ici.

Au pluriel, vide-grenier, que personne ne donne invariable, sauf erreur,  devient vide-greniers.

            Ma préférence va à un, des vide-greniers, invariable, avec greniers toujours au pluriel, parce que je pense qu’il y a dans ces ventes le contenu de plusieurs greniers, on a vidé « les greniers ».  Je ressens beaucoup moins la notion de « chacun vidant son grenier ».

 

*En principe…

 

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Le mot du 20 mai 2016 (1)

Les questions du jour

Parmi toutes les questions reçues ces derniers jours, et auxquelles il a été répondu à chacun des internautes, je mentionnerai celles-ci sur le site :

 

« Quelle est la bonne orthographe : « d’année en année » ou « d’années en années » ? »

 

            Cette expression est invariable, figée au singulier = d’une année sur l’autre, d’une année à l’autre.

 

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               « Pourquoi faut-il une majuscule à « Trois »  dans le titre  les Trois Mousquetaires ? »

 

Parce que l’on applique, ici comme ailleurs,  la norme en français dans les dénominations historiques, géographiques, littéraires, administratives, etc. :  quand un adjectif épithète précède un substantif, il y a deux majuscules, ce qui répond à la logique. D’où : le Moyen Âge, la Grande Ourse, le Grand Nord canadien,  les Deux Orphelines…  Bien sûr, il y a toujours des exceptions !

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Le mot du 19 mai 2016

La citation du jour  +  le trait d’esprit du jour

 

La citation du jour

« C’est déjà assez triste de n’avoir rien à dire. Si, en plus, il fallait se taire ! »

(Philippe Bouvard.)

 

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Le trait d’esprit du jour

            « Moi, je n’ai jamais le trac sur scène ! », affirmait à Sarah Bernhardt une jeune comédienne. Ce à quoi la grande artiste répliqua : « Ne vous inquiétez pas, ma petite, ça vient avec le talent… »

 

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Le mot du 18 mai 2016

Le lapsus-janotisme du jour  +  le pléonasme du jour

 

 

Le lapsus-janotisme du jour

            Un lapsus est, selon la définition de dictionnaires de référence, « l’emploi involontaire d’un mot pour un autre, en langage parlé ou écrit », par exemple : « Trompez, sonnettes ! » pour « Sonnez, trompettes ! ». On dit, si c’est à l’oral, que « la langue a fourché », ou, avec humour, que « la fourche a langué »…

La langue de M. Éric Ciotti a bel et bien fourché, cet après-midi, lors des « Questions au gouvernement », sur France 3. Alors qu’il voulait apporter son soutien aux forces de police, le député a dit pour mot pour mot, et sans se reprendre, qu’il fallait que l’on manifeste de la solidarité aux policiers « face aux déchaînements de violences dont ils font preuve » !   Autrement dit : ce sont les policiers qui se montrent très violents…  Des orateurs pourtant rompus aux interventions publiques, tel M. Ciotti, ne sont donc pas à l’abri de très fâcheuses bévues. Bien évidemment, l’élu voulait dire « face aux déchaînements de violences dont ils sont victimes ».

 

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Le pléonasme du jour

Toujours au cours de ces « Questions au gouvernement » du mercredi 18 mai, un autre élu, M. Issindou, lisant son texte préparé, n’a pas évité, lui, l’emploi d’un des pléonasmes pourtant les plus dénoncés par les dictionnaires courants, par les dictionnaires de difficultés, etc. :  la fameuse « panacée universelle » !

Il faut donc rappeler que, panacée étant un mot issu du grec pan, « tout », et akos, « remède », sa signification est donc : « remède guérissant tout ». Par conséquent, universelle est complètement inutile…

 

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Le mot du 18 mai 2016 : livres parus

Autocopinage

 

Alors que, semble-t-il, s’il faut en croire certaines déclarations, le copinage (voire le népotisme) et le narcissisme règnent au sein des « élites » : sphères dirigeantes, Landerneau politico-médiatico-affairiste, milieux du spectacle, du sport, etc., je me livre ici à l’autocopinage…  Pour une fois, je vais mentionner, au sein des « mots du jour », mes livres parus dernièrement :

Français : premiers secours (éditions Ellipses, décembre 2015) = ouvrage récapitulant les règles fondamentales de l’emploi de la ponctuation, de l’accord des mots composés, de l’accord des adjectifs de couleur, de l’orthotypographie + un dictionnaire de difficultés + un chapitre sur les bourdes de français à éviter + des exercices et leurs réponses détaillées).

L’Encyclopédie des petits trucs du professeur Colignon – 500 astuces efficaces pour ne plus faire de fautes (Les éditions de l’Opportun, mars 2016) = des trucs et ficelles mnémotechniques pour mémoriser de nombreux points d’orthographe, de grammaire et de conjugaison.

Cahier de gribouillages : Langue française et orthographe – Plus de 100 exercices pour se relaxer (éditions Contre-Dires, mai 2016) = gros cahier d’exercices-jeux, illustré, pour se distraire, réviser et –  ou  –  apprendre.

Donner sa langue au chat, et autres expressions félines (First, mai 2016) = un mini-livre (par la taille !  :o))  ) recensant et expliquant les expressions et proverbes liés au chat; avec de nombreuses citations.

 

Le mot du mardi 17 mai 2016

La question du jour

            « Je ne sais pas quoi faire… Que faut-il écrire : des limaces banane, des limaces bananes, des limaces-banane… ?  Cela ne figure dans aucun dictionnaire usuel ! »

Même si les lexicographes essaient de caser dans leurs dictionnaires un maximum de mots, il y a des limites au nombre de pages et au poids de ces ouvrages que l’on consulte fréquemment ! On ne saurait s’en étonner et critiquer les éditeurs.

Faute de trouver le mot, simple ou composé, que l’on recherche, il faut trouver des termes comparables, plusieurs si possible, qui permettraient de déterminer une démarche plausible, licite, dans l’adoption d’une graphie.

Cet animal est ainsi appelé en raison de sa ressemblance extraordinaire –  forme et couleur – avec une banane. Eh bien, il est même inutile de feuilleter les dictionnaires : des animaux connus dénommés d’après leur ressemblance avec d’autres choses, il n’en manque pas… Le plus souvent, il y a un trait d’union et, au pluriel, un double accord : des requins-marteaux, des poissons-chats, des poissons-coffres… Le nombre de ces mots composés comparables doit emporter la décision : il est logique, dans ce contexte, d’écrire une limace-banane, des limaces-bananes.

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Le mot du 16 mai 2016 (2)

ultrariches

 

            Voici un substantif que les lexicologues et lexicographes rédigeant notamment les deux dictionnaires de référence que sont le Petit Larousse illustré et le Petit Robert devraient lexicaliser officiellement, en l’introduisant dans leurs prochaines éditions. Car ce terme abondamment repris dans les médias et dans les discours caractérise sans conteste la période actuelle en France, et, pour reprendre les critères appliqués par les lexicographes, il est certain que ce vocable ne va disparaître au bout de quelques mois… Son introduction dans les dictionnaires, en un seul mot, sans trait d’union, s’impose.

Le mot est employé de façon neutre, voire souvent avec une admiration béate, avec un engouement extatique, dans des médias organes de la ploutocratie,  regorgeant de « publi-informations (pas toujours clairement annoncées) », dans des suppléments hebdomadaires ou mensuels présentant des articles de haut luxe à un lectorat très aisé… D’autres articles consistent à célébrer avec empathie le patrimoine, l’opulence, la réussite financière de divers ultrariches.

Dans d’autres médias, dans d’autres discours, au sein d’autres couches de la population, ultrariches est également récurrent, mais employé alors sans sympathie (c’est une litote…), avec l’acception de « trop riches », d’ « excessivement riches », d’ « indû- ment trop riches », d’ « injustement trop riches »… Alors que la gêne, l’impécuniosité, la pauvreté, le dénuement, l’indigence s’accroît1.

  1. Lorsqu’un verbe a pour sujets des termes synonymes, ou quasi synonymes, constituant plus ou moins une progression, ce verbe se met au singulier.

Jean-Pierre Colignon.