Le mot du 6 décembre 2016 (1)

Le mot de l’actualité : maton

 

Problèmes d’insécurité, d’effectifs, de salaires…, la situation des personnels des établissements pénitentiaires (attention ! ne pas dire ni écrire « pénitenciers » : pénitencier est seulement un nom) fait souvent, ces derniers jours encore,  l’objet d’articles et de reportages.

Le nom commun maton, après avoir appartenu à la langue argotique, s’est répandu dans le langage populaire ; aujourd’hui, le mot fait partie de la langue courante, usuelle, et a perdu, en partie en tout cas, sa connotation péjorative.

On pourrait croire que le terme découle du verbe mater, qui signifie « vaincre, dompter », et qui est un doublet du verbe matir, en se disant que  –  tel le dompteur face à des fauves  –,  le maton doit « dresser » les délinquants ou criminels incarcérés. Il n’en est rien.

Ce mot, en fait, vient beaucoup plus probablement du français d’Afrique du Nord. Ainsi, l’humoriste pied-noir Roland Bacri, natif de Bab-el-Oued (qui était un quartier populaire européen d’Alger), collaborateur de longue date du Canard enchaîné, a mentionné lui aussi, dans son dictionnaire Trésors des racines pataouètes*, l’expression faire la mata : « faire le guet, guetter ».

Ce mata viendrait lui-même de l’espagnol, où il signifie « buisson ». De la notion de grosses touffes d’herbes, d’arbustes, on serait passé à l’idée de « guetteur caché dans un buisson pour observer sans être vu ». Un autre verbe mater serait ainsi né, avec l’acception de « regarder sans être vu », employé notamment au sujet d’un voyeur, dans un contexte égrillard, graveleux, érotique : un mateur (le féminin mateuse est très peu employé), donc ! C’est de ce verbe que vient notre maton, avalisé pour désigner un gardien de prison.

                                                                                       

*Pataouète, nom et adjectif, serait une déformation de Bab-el-Oued  ;  le  nom  a  pour signification  principale «  français régional populaire d’Algérie ».

 

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