Le mot du 11 décembre 2016

Le mot de l’actualité : narcissisme

 

            Les experts psychiatres confrontés à des délinquants, voire à des criminels, parlent, pour certains de ceux-ci, de « perversion narcissique ».

Selon les individus, le narcissisme pervers peut, toujours d’après ces médecins, être à la fois source d’équilibre et de déséquilibre, et la base d’un sentiment d’infaillibilité et d’indestructibilité.

Sans recouvrir des formes extrêmes –  hystérie, schizoïdie  –  qui relèvent de la psychopathologie, le narcissisme est, à tout le moins, un égocentrisme aigu (donc… grave !), une admiration extrême à l’égard de soi-même.

Le mot narcissisme vient du nom d’un personnage de la mythologie grecque, Narcisse, fils du fleuve Céphise. D’une grande beauté, Narcisse avait suscité, entre autres, l’amour de la nymphe Écho, celle qui avait été condamnée, à cause de ses bavardages excessifs, à ne pouvoir que répéter les propos d’autrui. Entre les deux, rien ne se passe : ni les propos ni le courant.

Un jour, Narcisse tombe en extase : il avait aperçu… son reflet, dans une source. Cette situation inextricable le conduisit au désespoir et à la mort. Les dieux, qui étaient responsables de cette situation, décidèrent de perpétuer son souvenir en créant une fleur aux nombreuses espèces (narcisse des prés, narcisse à bouquet, narcisse des poètes…). Certaines fleurissent au bord de l’eau, où elles se reflètent.

Les modernes Narcisses (ou narcisses)  se manifestent, se trahissent, entre autres,  par un abus des glaces (pas seulement en été ☺ ), des miroirs… et des selfies. Les Québécois, eux, font de selfie un égoportrait plus français et qui en lui-même constitue une définition très parlante !

Le monde politique ne manque pas de Narcisses de tout poil, de tous bords, ou de tous non bords, dont l’autolâtrie, surtout en périodes électorales, ne saurait échapper à ceux et celles qui ne se laissent pas rouler dans la farine par des effets de manche faciles et des postures surjouées, ou par des photographies et articles de presse complaisants…

 

La personne atteinte de narcissisme se comporte à la façon du peintre Marie Bashkirtseff, qui note dans son Journal, à la date du 18 août 1878  –  elle avait donc dix-huit ans :  « En rentrant de promenade, je vais devant une glace pour ôter mon chapeau. […]  Je reste trois quarts d’heure sans pouvoir m’arracher de ma personne, tellement je suis jolie. Il me semble que personne n’a autant de charme, autant de grâce que moi… ». (Cité par Jacques Boutet dans son passionnant dictionnaire des Mots de l’Histoire, Larousse édit.).

Telle la belle (c’était vrai) Marie, le narcisse  –   homme ou femme : on ne note pas, au féminin, semble-t-il, l’emploi de « la narcisse »  –  est donc un grand amateur de glaces : celles-ci ne le conduisent pas à l’obésité, mais au déséquilibre, par une admiration sans bornes portée à sa propre personne.

 

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