Le mot du 16 février 2017 (2)

Le trait d’esprit du jour

 

Par « trait d’esprit », il ne faut pas hésiter  à  entendre aussi  « jeu de mots », « calembour », et autres jongleries linguistiques !

Un certain nombre de personnes n’ayant pas lu les Misérables de Victor Hugo  (et ne connaissant vraiment pas « Totor », comme l’appelait Juliette Drouet),  trompées par la présentation elliptique (ce qui est une grosse bourde) d’une citation au sein de dictionnaires et autres ouvrages, et sur des sites internet, affirment que l’Homme-Siècle a déclaré que « le calembour est la fiente de l’esprit qui vole ». Condamnation sans appel des jeux de mots, en déduisent ces personnes, y compris des enseignants… ce qui est complètement faux !

Si l’on connaît un tant soit peu le bonhomme Hugo, on sait qu’il a rédigé des charades à tiroir, qu’il a utilisé le « truc » de « Jerimadeth » (pour signifier qu’il avait ainsi trouvé une… « rime à -dait »  ☺ ), et semé un peu partout, ou noté sur des bouts de papier, des calembours et autres espiègleries…

Ce n’est pas du tout Hugo qui a déclaré cela, mais… un de ses personnages des Misérables,  à savoir Tholomyès. À Blachevelle, qui vient de lui dire : « Tholomyès, admire mon calme ! », le premier réplique : « Tu en es le marquis ! ».  Et ce pince-sans-rire d’Hugo  –   après avoir explicité le jeu de mots : « Ce médiocre jeu de mots fit l’effet d’une pierre dans une mare.  Le marquis de Montcalm était un royaliste alors célèbre. Toutes les grenouilles se turent. »  –  fait dire à ce même Tholomyès :

« Amis, s’écria Tholomyès de l’accent d’un homme qui ressaisit l’empire, remettez-vous ! Il ne faut pas que trop de stupeur accueille ce calembour tombé du ciel. Tout ce qui tombe de la sorte n’est pas nécessairement digne d’enthousiasme et de respect. Le calembour est la fiente de l’esprit qui vole. Le lazzi tombe n’importe où ; et l’esprit, après la ponte d’une bêtise, s’enfonce dans l’azur. […] » 

 N. B. : Le marquis de Montcalm (1712-1759), général, commandant des troupes françaises de Nouvelle-France, fut tué lors de la bataille des plaines d’Abraham, devant Québec, qui vit les Anglais vaincre de façon décisive les Français. Le général anglais, Wolfe, trouva la mort au cours de cette même bataille.  

 

 

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