Le mot du 24 avril 2017 (2)

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La chronique d’orthotypographie du jour

 

L’Académie mise à nu…

 

        Parmi les termes revenant fréquemment dans l’usage figure académie. En dehors de cas où la majuscule est une évidence, ou bien la minuscule une obligation, l’usager du français non rompu à l’orthotypographie raisonnée est assez souvent perplexe…

Dans ses emplois strictement de nom commun : « école où l’on pratique un art, un sport, un jeu », « représentation, peinte ou dessinée, d’un corps nu », « corps, anatomie », « circonscription universitaire française », la graphie à suivre pour académie n’est pas problématique, seule la minuscule initiale est licite. Par conséquent : Notre fille est inscrite à une académie de danse ; Norbert suit des cours à l’académie de dessin de Nestor Fusain ; Cette académie de billard existe depuis cent vingt ans ! ; « Si d’autres figures nues […] ne sont pas des académies d’après nature » (Prosper Mérimée, Études sur les arts au Moyen Âge) ; l’académie de Lyon, des inspecteurs d’académie.

Employé absolument, ou suivi d’un adjectif, ou bien encore déterminé par un nom, le mot prend une majuscule quand il s’agit d’une institution nationale unique. Certains « puristes » voulaient – veulent encore ?… –  réserver cette majuscule à l’Académie française (l’Académie), et aux quatre autres « grandes académies » (formule consacrée) qui  constituent l’Institut de France : l’Académie des inscriptions et belles-lettres, l’Académie des sciences, l’Académie des beaux-arts et l’Académie des sciences morales et politiques. Attention aux majuscules quand on utilise les abréviations, sans le mot Académie : les Inscriptions et Belles-Lettres et les Beaux-Arts.

Cette démarche de naguère n’est pas justifiée, et il faut adopter la majuscule pour les institutions nationales uniques, mettre une « majuscule d’unicité » : l’Académie de médecine, l’Académie de chirurgie, l’Académie de pharmacie, l’Académie d’architecture, l’Académie d’agriculture, l’Académie de marine…  

On met une majuscule aux académies nationales étrangères : l’Académie royale espagnole, l’Académie des sciences de l’ex-URSS, l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique, l’Académie britannique, l’Académie romaine pontificale d’histoire et d’archéologie…

Les sociétés savantes – au sens large – déterminées par un adjectif ou par un nom commun : l’Académie florentine, l’Académie des sciences de Berlin, l’Académie néoplatonicienne de Florence, l’Académie littéraire et artistique de Paris – Île-de-France…

Naturellement, toute société qui se donne le nom d’ « académie » a droit à la capitale, puisqu’il s’agit de sa raison sociale, mais seulement quand cette raison sociale est mentionnée intégralement.

Les académies ayant joué un rôle historique n’ont droit, en principe, qu’à une majuscule : l’académie du Palais, l’académie des Arcades, mais certains dictionnaires accordent la majuscule aussi à Académie.

Les cercles, les sociétés savantes, les clubs déterminés par un nom propre ne sont pas considérés comme des institutions nationales uniques. C’est pourquoi la norme orthodoxe est d’écrire : l’académie Goncourt. La plupart des écrivains qui ont été membres de cet aréopage, ou qui en sont membres, écrivent, on le comprend : l’Académie Goncourt. Ce choix est partagé  –  on le comprend très bien aussi ☺!!   –  par un grand nombre de ceux et celles qui veulent la rejoindre ou obtenir son prix annuel.

         (Cette chronique fait partie des nombreux textes que j’ai publiés dans la revue Défense de la langue française.     –    J.-P. C.  )

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