Archives mensuelles : décembre 2017

Le mot du 26 décembre 2017 (1)

La bourde du jour

 

On peut faire confiance aux chaînes de télévision pour détruire le travail des enseignants… Particulièrement pour l’orthographe et le vocabulaire…

Chaque jour, il serait possible de rédiger un bêtisier de plusieurs pages, voire de plusieurs cahiers de huit pages, en dépit des rappels réitérés. Notamment en lisant les « incrus’ »  (= les incrustations), qui ne sont pas toutes écrites dans l’extrême urgence !  Il faut, semble-t-il,  se résoudre à entériner un vieux dicton : « À [vouloir] laver la tête d’un âne, on perd sa lessive… ».

Sur France 3, ce mardi 26 décembre, au cours de l’émission « Météo à la carte », un sous-titre a longuement montré aux scolaires (entre autres) que l’on devait écrire « vertue », via une incrustation  qui affirmait que le pissenlit a «  mille vertues ».  :o(((

 

*****

Le mot du 23 décembre 2017 (2)

Bonne fin de semaine et très heureux Noël à tous les abonnés du site !

Bien cordialement.

                                  J.-P. C.

Le mot du 23 décembre 2017 (1)

Le point d’illisibilité de l’écriture inclusive

 

            Un message des « insoumis·es »  mélenchonistes  illustre une fois de plus les méfaits de l’écriture inclusive, qui en vient à rendre incompréhensible spontanément un morceau de phrase  :  qui n’est pas heurté, gêné,  dans sa lecture par l’ensemble « candidat·e·s y » ?…

 

« Nos candidat·e·s y défendront à nouveau notre programme. »

Le mot du 22 décembre 2017 (3)

Les questions du jour (suite) (et les réponses)

Compte tenu des fêtes de Noël, puis du jour de l’An, les « Mots du jour » ne seront peut-être pas lus avant le 26 décembre… voire le 2 janvier.  Cela ne fait rien, je publie tout de même sans tarder quelques-unes des questions reçues depuis hier.

 

a)

            « Bonjour,

            Faut-il accorder « phare(s) »  dans « œuvres phare(s) » ? 

            Merci. »

 

Oui, employé en apposition, ou comme substantif employé comme adjectif, peu importe,  phare s’accorde : des produits phares, des mesures phares, des auteurs phares… Plutôt sans trait d’union, mais on peut accepter  produits-phares, mesures-phares…, à condition d’unifier.

 

b)

 

« Rebonjour !

            Faut-il corriger en « professeurs principaux », au pluriel, le « professeur principal » figurant dans la phrase suivante : « Peu de professeurs sont le professeur principal de deux classes » ?

 

Sempiternel problème avec des formulations de ce type…   =   En mettant au pluriel, on introduit assez souvent un faux sens,  ou, au minimum, on sème le doute dans l’esprit de ceux qui liront le texte. À savoir, ici, qu’il pourrait y avoir, pour deux classes, plusieurs (au moins deux, en tout cas) enseignants qui, à égalité, seraient les professeurs principaux.  Le singulier correspond très probablement à la réalité (un enseignant étant le professeur principal de deux classes).  Il faut donc conserver le singulier, quitte, même, à le conforter par une tournure moins ambiguë : « Peu de professeurs se retrouvent être le professeur principal de deux classes ».

 

  1. c)

 

            « Je vois dans un texte « cameramans ».  Je suppose qu’il s’agit du pluriel « à la française » de cameraman ? »

 

Non : ce que vous avez eu sous les yeux n’est pas logique…  Si l’on francise cameraman, il faut passer à caméraman, graphie logique avec caméra, donc avec un accent aigu. Le pluriel francisé ne peut pas être l’illogique « cameramans », quand bien même celui-ci serait-il encore donné par certains dictionnaires… qui ont tort !

Cameraman donne cameramen ;  les graphies francisées logiquement sont : un caméraman, des caméramans.

*****

Le mot du 22 décembre 2017 (2)

La question du jour (et la réponse)

          « Bonjour,

          J’ai encore une question ! 

        « Les première année sont arrivés dans la salle de cours sous les toits »,  « La salle de cours des première année est située sous les toits, au dernier étage de l’Opéra parisien »…

        Doit-on mettre « les première année « au singulier (sous-entendu : « les élèves de ») ou au pluriel ? 

       Merci. »

 

 

En principe, l’orthographe traditionnelle, avec classe, par exemple,  consiste à figer au singulier, au nom d’une ellipse, pour « des première classe » quand on parle de « soldats de première classe »…  Joseph Hanse, qui fut un grammairien réputé,  optait pour   « des premières, des premières classes » pour parler des voitures de première classe, considérant qu’il n’y avait pas d’ellipse. Mais je suppose que s’il avait traité complètement ce cas  il aurait indiqué : « des première classe »  quand il s’agissait de désigner des « passagers des voitures de première classe », prenant en compte, là, le phénomène de l’ellipse…

Normalement, nous avons ici aussi une ellipse pour « élèves de première année », ce qui doit conduire à l’invariabilité, c’est–à-dire au singulier.

 

*****

 

Le mot du 22 décembre 2017 (1)

L’expression du jour

 

Les cinéphiles ont assez souvent le plaisir de voir ou de revoir, sur la chaîne ARTE (ou Arte), d’excellents longs-métrages…  Ces tout derniers jours, ARTE a diffusé à deux reprises (= très bonne idée de passer un film en soirée, puis dans l’après-midi quelques jours plus tard, afin d’offrir à des publics différents la possibilité de le voir) un des chefs-d’œuvre de Joseph Mankiewicz : Ève  (All about Eve).

J’indique aux non-cinéphiles, ou à ceux et celles qui ne connaissent pas encore bien le septième art, que Mankiewicz est l’un des plus grands réalisateurs et scénaristes de l’histoire du cinéma.  Il faut absolument voir (je cite sans respecter l’ordre chronologique) :   le Limier, l’Aventure de Mme Muir, Eve, la Comtesse aux pieds nus, Chaînes conjugales, le Château du dragon, Cléopâtre…

 

Remarquablement doublé, Ève bénéficie d’une interprétation étincelante : Bette Davis, Anne Baxter, Georges Sanders, Celeste Holm, Gary Merrill,  Hugh Marlowe…

Lors d’une des premières scènes, il est fait allusion à un chariot et, semble-t-il, à une personne du nom de « Tespiss ».  Sans nul doute ces allusions sont-elles restées incomprises du plus grand nombre des téléspectateurs, si je me base sur les tests que j’ai fait régulièrement subir à mes stagiaires correcteurs,  journalistes, quant à la richesse du vocabulaire des expressions et locutions.  L’expression  dont il est question ici  appartient en effet, avec « la cavalerie de saint Georges », « venir de Chaillot », « être de Cracovie », « le rendez-vous de Samarcande », « trouver son chemin de Damas », aux nombreuses expressions réunies dans mes tests.

Le dialogue faisait allusion au « chariot de Thespis »…   Pour comprendre la référence, il faut savoir que Thespis (dans son histoire se mêlent peut-être des éléments issus de la mythologie) est considéré comme le père du théâtre grec, ou un des  créateurs  de la tragédie.  Il aurait vécu au VIe siècle, et aurait parcouru les routes sur une sorte de char qui, le transportant, lui et sa troupe, aurait aussi servi d’estrade pour la présentation de ses pièces.  Les comédiens du Capitaine Fracasse de Théophile Gautier, et Molière lui-même et ses acteurs, auraient donc imité Thespis !

« Prendre le chariot de Thespis », ou « monter dans le chariot de Thespis »,  signifie donc « embrasser la carrière théâtrale » ;  « être dans le chariot de Thespis » :  « être comédien ».  Au sens figuré,  c’est « mener une vie errante ».

Thespis fut le premier qui, barbouillé de lie,
Promena dans les bourgs cette heureuse folie ;
Et d’acteurs mal ornés chargeant un tombereau,
Amusa les passants d’un spectacle nouveau
.
(Boileau, Art poétique, chant III.)

Les Anglo-Saxons ont peut-être plus en tête cette référence culturelle, car, en anglais, thespian  est synonyme d’ « acteur, actrice ».

 

*****

 

 

Le mot du 21 décembre 2017 (3)

La question du jour (et la réponse)

 

           « « Alors c’est vrai… Le Repère 17 va fermer ?

 Fini nos ateliers d’écriture, peinture, sculpture ? / Finis, nos ateliers d’écriture, peinture, sculpture ? 

Fini les dimanches matin avec les paniers bio ? / Finis, les dimanches matin avec les paniers bio ?

Fini les actions bénévoles ? / Finies, les actions bénévoles ? 

[…]

C’est donc vrai, l’argent va avoir raison de cette création-là ? » 

 

Faut-il avoir une préférence entre fini et finis,  ou c’est ad lib ?!

 

          Merci ! »

 

 

Question récurrente…  Sans cesse posée au fil des années…  Assurément parce qu’il y a eu des hésitations, qu’il y en a encore, que l’usage évolue, et parce que les auteurs de référence se divisent ou sont eux-mêmes dans le doute, pris entre ce qu’ils ont appris et un usage fluctuant… Tout cela est compréhensible.

Nombre d’auteurs de dictionnaires de difficultés ou ouvrages semblables, alors, éludent la question…  En 2017,  on observe un double raisonnement, qui naguère encore donnait la préférence à l’accord (« finies les vacances »).  Aujourd’hui, je crois que l’on peut dire que c’est du 50-50…  Avec une différence marquée, accentuée, par la présence d’une virgule quand on opte pour accorder : « Finies, les vacances ! », ou « Finies, les vacances… », au sens de « les vacances sont finies ».  On ne met pas cette virgule  –  « Fini les vacances ! »  –   lorsque l’on choisit l’idée, plus exclamative, de « c’est fini, les vacances ! ».

 

*****

 

 

 

 

Le mot du 21 décembre 2017 (2)

La question du jour (et la réponse)

 

« Bonjour,

 

            Le CNRTL admet, au singulier, la graphie de cette pipette avec ou sans « s » au substantif  « un compte-goutte » ou « un compte-gouttes ».

            Le Larousse ne reconnaît que la forme avec un « s ». Elle me paraît plus logique. S’il n’y a qu’une goutte à verser, point n’est besoin de la compter…

            Qu’en pensez-vous ?

 

            Merci, et bonne fin de journée ! »

 

 

Bien sûr.  La graphie « compte-goutte » relève de l’absurdité (… pour rester mesuré) ! À quoi bon créer un objet afin de compter UNE chose !?

L’orthographe est le plus souvent, et doit rester, liée à l’intelligence, au bon sens, à la logique…  Qu’il s’agisse d’orthographe, ou de la langue française en général,  ou de tout autre domaine, on doit enseigner en associant sans cesse le raisonnement et la culture générale aux règles et aux usages.  C’est seulement comme cela que l’on peut former des têtes qui sont à la fois bien faites et bien pleines.

 

 

Je me permets de rappeler que, lorsque l’on désigne des ouvrages par le nom de leur auteur ou par celui de l’éditeur,  ces noms doivent rester en caractère romain dans un texte en romain : « Le Larousse ne reconnaît… ». Et ils sont invariables : « J’ai acheté plusieurs Grevisse… ».

 

****************

            Parmi les réponses envoyées ces jours-ci à des internautes :

 

  • Le pluriel de pipe-band  est : des pipe-bands.
  • Il faut un trait d’union à un stade-vélodrome : il s’agit d’un lieu qui est à la fois, à égalité, un stade et un vélodrome.
  • « À grands frais »  impose d’écrire grands au pluriel :   quand frais a l’acception de « dépense(s) », c’est un mot figé au pluriel  (on ne dit pas : « J’ai eu un grand frais pendant le week-end », mais : « J’ai eu de gros frais »).

Le mot du 21 décembre 2017 (1)

La question du jour d’orthotypographie et la réponse)

 

            « Comment faut-il écrire  –  l’arbre de Noël ou l’Arbre de Noël ?  –  quand on parle des petites fêtes organisées au sein d’entreprises ou au bénéfice d’enfants, ou d’anciens, d’une commune, etc. ? »

 

Normalement,  l’usage est de mettre une minuscule à arbre : Cette année, l’arbre de Noël organisé par le comité d’entreprise comprendra une animation musicale réalisée par un petit orchestre mexicain.

 

*****

Le mot du 20 décembre 2017 (1)

La curiosité de français du jour

 

 

            « L’écriture phonétique ne date pas d’aujourd’hui : des générations d’humoristes n’ont pas attendu l’apparition du « langage texto » pour, en utilisant le procédé, se distraire et amuser leur entourage, voire leurs lecteurs  ou leur public.

Sauf erreur, les mots les plus longs, phonétiquement,  sont exprimés par cinq lettres,  soit  KKOIR (cacaoyère, synonyme de cacaotière),  et par quatre lettres,  SUIR (essuyèrent), MAIR (émaillèrent), FEIR ou FŒIR  (effeuillèrent), RIKC ( éricacé(e)(s)  ), RAIR (éraillèrent) et KIET (cailleter). »

(D’après les Mots de tous les records,  Jean-Pierre Colignon,  Les Éditions de l’Opportun.)

 

*****