Archives mensuelles : avril 2018

Le mot du 23 avril 2018 (1)

La naïveté d’expression du jour

Selon une journaliste de France Inter, en ce lundi matin 23 avril, « l’homme de 36 ans recherché par la police » pour avoir proféré des menaces contre les forces de l’ordre, au Mont-Saint-Michel, a été interpellé quelques heures après. Apparemment, cette arrestation rapide a été due au fait qu’il a été repéré dans une station-service, où il se vantait d’être l’auteur de ces menaces…

La police ignorait l’identité du délinquant présumé lorsque les recherches ont été lancées… Gendarmes et policiers ne pouvaient donc pas poursuivre un « homme de 36 ans » (ni de 19 ans, ni de 58 ans, ni de 85 ans…) , mais un individu non identifié… C’est après son interpellation que l’on a appris ce renseignement.

Cette erreur de formulation rejoint un peu les maladresses du type : « la vie du mort ne tenait qu’à un fil », employées par des journalistes à propos d’un fait-divers exposant qu’une personne était agonisante, mourante, à la suite d’un accident, ou d’une tentative de meurtre ou d’assassinat, et que la victime était décédée dans les minutes ou heures suivantes. L’auteur(e) de l’article, ayant alors en tête la mort de la personne, met la charrue devant les bœufs ! Il faut évidemment dire : « la vie du blessé / de la blessée », « la vie du mourant / de la mourante », etc.

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Le mot du 22 avril 2018 (1)

Le point d’orthotypographie du jour

père n. m.

La question de la capitale ou de la minuscule, quand frère, père, mère et sœur sont employés comme titres religieux, n’a jamais réuni l’unanimité. Elle donne lieu à des usages contradictoires et inconciliables.

Par exemple, la « marche » de correction intérieure à l’Organisation des Nations unies n’admet que la minuscule : le père Baptiste, le père Balavoine, le père abbé, le père prieur, le révérend père, le révérend père Thomas… et a proscrit « les abréviations conventionnelles : P., P. P., R. P. ».

Cette marche de travail est cohérente, mais beaucoup d’auteurs, de journalistes, d’éditeurs optent pour le P majuscule : le Père de Foucauld, le père Joseph (= l’Éminence grise), les Pères blancs…

Le mot prend une capitale initiale lorsqu’il s’agit des théologiens des premiers siècles : les Pères de l’Église.

Bien qu’il n’y ait qu’un pape à la fois (en dehors du cas des papes et des antipapes, autrefois), tout le monde ne met pas les majuscules d’unicité. Selon les opinions, ou selon les « marches de travail », on trouve en concurrence : le Saint-Père ou le saint-père.

N.B. : La graphie « le Très Saint-Père » est une ânerie, puisqu’elle revient à dire « le très pape ». Bien évidemment, il ne faut pas de trait d’union, pour conserver la signification logique du « père très saint ».

L’abréviation P. n’est appliquée que dans des textes pieux, dans des publications spécialisées : Le P. Dupanloup célébrera la messe dominicale du 7, et le P. Monfort celle du 14.

R. P., pour révérend père, est une abréviation plus usitée couramment : C’est le R. P. Chevalier qui représentera le diocèse à la cérémonie.

Contrairement à ce qu’indiquait le texte de l’ONU mentionné plus haut (à moins qu’il ne s’agît d’une abréviation pour père prieur), l’abréviation de pères, au pluriel, n’est pas « P. P. » mais PP. : les PP. jésuites Sistelli, Papeguay et Compan. D’où : les RR. PP. Valjean et Joubert.

Dans l’invocation « Notre Père qui êtes […] », l’usage exige un N et un P majuscules.

Conclusion : Quand on écrit – ou quand on corrige – un texte dans lequel ce problème de père ou Père se pose, il convient de le résoudre dès le début, et de rester fidèle jusqu’au bout à la « marche » adoptée, afin que la forme soit unifiée dans tout le livre, la brochure, la circulaire, etc.

Le mot du 21 avril 2018 (2)

La question du jour n° 2 (et la réponse)

« Bonjour, Monsieur,

Je vais encore mettre votre science et votre bon sens à contribution, car je viens de rencontrer, dans un texte relativement récent, un cas qui me plonge dans le doute, au sujet de l’accord du verbe voir lorsqu’il côtoie le verbe répertorier.

Voici la phrase en question : “Deux mille six cents raretés exactement, qui s’étaient vues peu à peu répertoriées (s’étaient vu répertorier) dans des inventaires pléthoriques”.

Peut-on accorder “vu” au féminin pluriel, étant donné qu’une rareté ne répertorie rien, et peut-on employer l’infinitif pour le verbe répertorier, comme l’écrit l’auteur, entre parenthèses, dans cette phrase ?

Je vous remercie par avance pour le temps que vous voudrez bien consacrer à ce sujet pour me répondre. »

1° « les raretés se sont vu répertorier » (les raretés ne font pas l’action du verbe à l’infinitif, bien sûr, mais sont l’objet de cette action, « subissent » cette action = donc le participe reste invariable !) (Cf. : « elle s’est vu reprocher ses mensonges ») L’emploi de l’infinitif est correct.

2° Il n’y a plus de verbe à l’infinitif, donc ce ne peut plus être dans le raisonnement précédent… Certes, les raretés ne « voient » rien, mais on est tout de même dans le cas de : « En 1870, les Alsaciens se sont vus envahis » (ou : « se sont vu envahir »). « Les raretés ont été quoi ? » = elles ont été vues… > elles se sont vues quoi ? être répertoriées. Oui, les deux s’accordent.

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Le mot du 21 avril 2018 (1)

La question du jour (et la réponse)

« Bonjour,

« Plus de 6 000 sondages ont été réalisés à ce jour constituant ainsi une somme de données jamais collectée/collectées à l’échelle de la métropole. »

Tout à coup, je suis perdu sur l’accord du participe passé. Je sais que les deux sont valables, suivant le sens qu’on veut donner. J’aurais tendance à privilégier le pluriel, mais je serais heureux d’avoir votre avis. Quel serait l’accord « évident » pour vous ? »

Effectivement, les deux raisonnements sont possibles… Moi, j’opte pour le singulier : il me semble que l’on ne veut pas dire qu’il s’agit de coordonnées qui jusqu’ici n’avaient pas été collectées, mais que l’on met l’accent sur l’extraordinaire accumulation de données, une somme de données qui n’avait jamais été collectée jusqu’à présent. Ce qui est plus fort, comme information.

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Le mot du 20 avril 2018 (1)

Le point d’orthotypographie du jour

bibliothèque n. f.

Minuscule initiale quand le mot bibliothèque est suivi d’un nom propre, d’un adjectif dérivé d’un nom propre, ou par un ou plusieurs noms communs :

la bibliothèque d’Alexandrie

la bibliothèque municipale de Boulogne-Billancourt

la bibliothèque de l’Arsenal

la bibliothèque Ambrosienne

la bibliothèque de la Marine

la bibliothèque Mazarine

Mais majuscule quand le terme n’est suivi que d’un adjectif, et en particulier quand il s’agit d’institutions à caractère unique et d’importance nationale :

la Bibliothèque royale

la Bibliothèque nationale

Dans ce dernier cas, si le mot bibliothèque est précédé d’un adjectif, celui-ci prend la majuscule (de même que d’autres termes antéposés) :

la Grande Bibliothèque nationale

la Très Grande Bibliothèque nationale

Même s’il n’y a pas d’adjectif placé derrière, le caractère unique d’institution impose la majuscule dans :

la Grande Bibliothèque de France

la Très Grande Bibliothèque de France

Bibliothèque nationale (la)

En abrégé : la Nationale.

Le mot du 19 avril 2018 (2)

La question du jour n° 2 (et la réponse)

« Bonjour,

Je m’insurge contre l’expression « développement du personnel ». Mais levée de boucliers quand j’essaie de faire corriger par, par exemple, « développement des compétences de nos collaborateurs »…. La réponse qu’on me donne est laconique : « Ça se dit maintenant ». Quand cela est employé en interne, cela peut être acceptable, mais sur un site internet professionnel je trouve que c’est incorrect !. Ai-je raison, ou suis-je la seule à penser ainsi ? Au fait, peut-on aussi dire « des personnels » (pour moi, ce terme est toujours au singulier).

Qu’en pensez-vous ? Merci. »

1° Le substantif personnel est couramment employé au pluriel, depuis des décennies, au sein de l’armée, et aussi dans l’Éducation nationale. Donc, je suppose, aussi dans de nombreux secteurs de l’Administration. Et, par contagion, au sein de grandes entreprises.

Cet emploi s’est répandu sans doute avec l’intention de nettement marquer, au sein d’UN personnel en général, au sein d’un ensemble de salariés, par exemple, des différences professionnelles et – ou – statutaires importantes. Les textes de l’armée parlent très usuellement des « personnels civils et militaires ». Ailleurs, ce sera pour faire ressortir la distinction entre « personnels enseignants et administratifs », ou entre « personnels navigants et non navigants », etc.

Cette utilisation peut évidemment choquer, mais c’est un usage très bien implanté, qui ne heurte sans doute plus grand monde dans la Grande Muette ni dans l’Administration. S’il n’y a pas obligation (pour respecter une « marche » lexicale imposée par une hiérarchie, par une direction générale, etc.) d’employer ce pluriel, on peut opter pour le singulier, tourner autrement la phrase. Mais, dans le contexte des cadres explicités ci-dessus, on peut encourir le reproche d’avoir inutilement changé des tournures correctes.

2° Par « développement du personnel », on devrait entendre « embauches, accroissement du nombre des salariés, multiplication d’antennes, d’agences, déploiement sur un territoire… » Pas le « développement personnel » des individus, des employés, des salariés… On peut établir une différence d’acception entre « développement personnel » (= acquisition de savoir, de compétences, etc., réalisée par les personnes elles-mêmes) et « développement du personnel » ( = acquisition de savoir et de compétences organisée par les entreprises, les administrations, les hiérarchies). « Développement personnel » ne serait pas adapté, tandis que « développement du personnel », entaché éventuellement d’un certain paternalisme, ne va pas non plus !

Oui, il est vrai que « ça se dit » de plus en plus souvent… et que « ça passe »… Mais on devrait parler – certes, c’est plus long à dire ! – du développement des facultés, du potentiel, des qualités, etc., du personnel……. en évitant des formulations qui pourraient être ressenties comme paternalistes, condescendantes, péjoratives.

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Le mot du 19 avril 2018 (1)

La question du jour (et la réponse)

« Bonjour,

J’hésite entre « ils ne sont jamais prétextes à des développements oiseux » et

« ils ne sont jamais prétexte à des développements oiseux ».

Qu’en pensez-vous? Merci et bien à vous. »

L’usage entérine l’emploi au singulier…

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Le mot du 18 avril (3)

La question du jour n° 2 (et la réponse)

« Bonjour, Monsieur,

Merci encore pour cet après-midi de la dictée de Sèvres et pour toutes les informations que vous nous offrez jour après jour.

J’ai lu, dans un texte, la phrase suivante : « Les sommes d’argent que ce redéploiement nous a coûté ont été réduites à presque rien… ».

Mon raisonnement personnel est le suivant : « ce redéploiement nous a coûté quoi ? = des sommes d’argent » . Alors que : « ce redéploiement nous a coûté combien ? = des sommes d’argent » me semble incorrect.

Suis-je dans l’erreur ?

Je vous remercie par avance pour la formulation de votre propre raisonnement à ce sujet.

Bonne soirée. »

Question intéressante !!

« Sommes d’argent » ne représente pas une mesure, une quantité, une donnée chiffrée…, et ne peut donc pas répondre rigoureusement à la question « Combien ? »… En revanche : qu’est-ce que cela a coûté ?, « Cela a coûté quoi ? » = des sous, des radis, de l’oseille… = de l’argent, des sommes d’argent (= quasi-pléonasme, non ?… cela a coûté de l’argent, a coûté des sommes importantes). « Sommes d’argent » est un COD, sur lequel on accorde : coûtées.

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Le mot du 18 avril 2018 (2)

La question du jour (et la réponse)

« Bonjour, Monsieur Colignon,

Voudriez-vous m’aider à analyser cette phrase et à accorder le participe passé? « C’est avec fierté que nous vous présentons celle que nous avons appelé entre nous < la bête > : la nouvelle formule de X.. ».

Il me semble qu’il aurait fallu accorder : « appelée ». Qu’en pensez-vous ?

Merci pour votre réponse. »

« Qui avons-nous appelé « la Bête » ? »… Il y a une réponse à la question « qui ? » C’est : celle, qui est donc un complément d’objet direct (COD). Comme ce COD est devant le verbe, le participe s’accorde dessus = appelée.

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Le mot du 18 avril 2018

Le nom de collectionneur du jour

Ceux et celles qui collectionnent tout ce qui concerne les grenouilles sont des amphiranaphiles.

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