Le mot du 2 novembre 2018 (2)

Le mot dujour de 1914-1918

Extrait du Petit Abécédaire de la Grande Guerre (Jean-Pierre Colignon, Trédaniel éditeur) :

Jubol n. pr., ou jubol n. m.

Roger Vercel, dans Capitaine Conan, qui fut porté à l’écran il y a quelque temps par Bertrand Tavernier, a dépeint avec un cru réalisme le rôle des hommes à qui l’on demanda d’être des « nettoyeurs de tranchées ». Tâche horrible, mais faisant partie, aussi, de l’effroyable logique d’une guerre à outrance… Alors que les combattants français s’avançaient par les boyaux et par les tranchées, et dans les terres ravagées par l’artillerie, au prix de combats sanglants, « dégageant le terrain » à la baïonnette ou par des tirs nourris, ils laissaient derrière eux, en deçà de leur progression, des Allemands encore en état de se battre… Tout aussi déterminés que la plupart des « poilus », surtout au début du conflit (Erich Maria Remarque, écrivain et combattant, n’avait pas encore tiré de ses années de guerre sous le casque à pointe son célèbre roman pacifiste À l’ouest rien de nouveau), la majorité des « Boches » (comme on disait) étaient prêts à lutter jusqu’au bout…

Laisser dans le dos des troupes d’assaut françaises des centaines d’Allemands armés seulement blessés légèrement, voire ayant échappé à toute blessure, et pouvant se grouper pour mener des embuscades, saboter des cantonnements, etc., représentait un réel danger ! Aussi mit-on sur pied des unités spéciales composées d’hommes très déterminés : les « corps francs », ou « compagnies franches », ou « nettoyeurs de tranchées », qui, à la grenade, à la baïonnette, ou au « couteau de tranchée » fabriqué très souvent à partir de baïonnettes ou de divers matériels en fer, ne devaient épargner personne…

Et, puisque l’on arrive à rire même avec des atrocités, le moment est venu d’expliciter le terme de Jubol, en principe avec une majuscule : il s’agit d’un nom propre ! La firme pharmaceutique Chatelain, rue de Valenciennes, à Paris, proposait depuis déjà un certain nombre d’années le Jubol, présenté comme un « laxatif rationnel » rééduquant l’intestin en six mois… Ne reculant pas devant les métaphores, le fabricant s’appuie aussi sur une image de… petit ramoneur qui arrive en portant flacon et boîte du fameux produit, qualifié de « petit ramoneur de l’intestin »… Dans un autre de ses pavés publicitaires, la firme représente plusieurs petits ramoneurs œuvrant à l’intérieur de l’intestin. Ben, mon… côlon !

En 1917, dans la Guerre aérienne illustrée, une publicité attire l’œil ! Nous avons hésité à en reproduire le texte, même partiellement, de crainte d’entraîner la mort de nombreux lecteurs s’étouffant de rire… Nous prenons cependant le risque : « Méfiez-vous des constipés. Le constipé est méchant, envieux, jaloux, soupçonneux, coléreux. Il n’a jamais d’amis et échoue dans ses affaires.

» L’homme qui prend du Jubol est heureux : son visage reflète la bonne santé physique et morale ; c’est un être sain. Son humeur enjouée, sa réputation de bon vivant et de brave homme lui attirent la sympathie de tous et l’estime générale. Il réussit dans la vie, et tout le monde a confiance en lui et en sa destinée. »

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