Le mot du 15 décembre 2018 (4)

La question du jour n° 3 (et la réponse)

 

         « Monsieur Colignon, 

         Je me permets de vous envoyer ce mail car j’aimerais savoir si l’on doit mettre une majuscule à frère Benoît, père Benoît ? 
         Je vous remercie pour votre réponse.

        Très cordialement. »

 

 

 

Extrait de mon « Dictionnaire orthotypographique » à paraître en janvier au Centre de formation et de perfectionnement des journalistes  (CFPJ) :

père   n. m.

La question de la capitale ou de la minuscule, quand frère, père, mère et sœur sont employés comme titres religieux, n’a jamais réuni l’unanimité. Elle donne lieu à des usages contradictoires et inconciliables.

Par exemple, la « marche » de correction intérieure à l’Organisation des Nations unies n’admet que la minuscule : le père Baptiste, le père Balavoine, le père abbé, le père prieur, le révérend père, le révérend père Thomas… et a proscrit « les abréviations conventionnelles : P., P. P., R. P. ».

Cette marche de travail est cohérente, mais beaucoup d’auteurs, de journalistes, d’éditeurs optent pour le P majuscule : le Père de Foucauld, le Père Joseph (l’Éminence* grise), les Pères blancs, le Père Reboissonle Père Jean-Michel

Le mot prend une capitale initiale lorsqu’il s’agit des théologiens des premiers siècles : les Pères de l’Église.

 

Bien qu’il n’y ait qu’un pape à la fois (en dehors du cas des papes et des antipapes, autrefois), tout le monde ne met pas les majuscules d’unicité. Selon les opinions, ou selon les « marches », on trouve en concurrence : le Saint-Père ou le saint-père.

N.B. : La graphie « le Très Saint-Père » est une ânerie, puisqu’elle revient à dire « le très pape ». Bien évidemment, il ne faut pas de trait d’union, pour conserver la signification logique de « père très saint ».

 

L’abréviation P. n’est appliquée que dans des textes pieux, dans des publications spécialisées : Le P. Dupanloup célébrera la messe dominicale du 7, et le P. Monfort celle du 14.

R. P., pour révérend père, est une abréviation plus usitée couramment : C’est le R. P. Chevalier qui représentera le diocèse à la cérémonie.

Contrairement à ce qu’indiquait le texte de l’ONU mentionné plus haut (à moins qu’il ne  s’agît  d’une  abréviation pour père prieur), l’abréviation de pères, au pluriel, n’est pas « P. P. » mais PP. : les PP. jésuites Girard et Compan. D’où : les RR. PP. Valjean et Joubert.

Dans l’invocation « Notre Père qui êtes […] », l’usage exige un N et un P majuscules.

 

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Conclusion : Quand on écrit – ou quand on corrige – un texte dans lequel ce problème de père ou Père se pose, il convient de le résoudre dès le début, et de rester fidèle jusqu’au bout à la « marche » adoptée, afin que la forme soit unifiée dans tout le livre, la brochure, etc.

 

Lorsque père est employé pour désigner familièrement une personne – généralement âgée –, le mot s’écrit sans majuscule (et ne s’abrège pas, bien sûr) :

C’est encore le père Ledru qui fait des histoires !

Le père Antoine a décidé de vendre un de ses terrains.

 

Pour  le  père  Noël, nombreux sont ceux qui préfèrent adopter la capitale – le Père Noël –, pour mieux signifier le caractère légendaire du personnage. Mais, intrinsèquement, c’est ad libitum !

 

Tout ce qui vient d’être dit s’applique à frère, mère et sœur.

 

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