Le mot du 18 août 2019 (1)

La question du jour (et la réponse)

 

            « Bonjour, Monsieur Colignon, 

            Je m’apprêtais à vous transmettre une petite curiosité orthographique et une question. Mais, entre-temps, il y a eu un contretemps, dû à une affirmation qui m’a laissé pantois. Donc, toutes affaires cessantes, je vous interroge sur celle-ci, remisant temporairement ma première idée.

             Des amis m’ont posé la question suivante :     « Comment s’écrit la rue Jacques Chirac ? »

 

J’ai répondu :

« Ah !?  Il a une rue ?…  Pour lui comme pour d’autres noms propres de personnes, quand il s’agit d’une rue, d’une place, d’un monument, etc.,  il y a un trait d’union entre le prénom et le nom, même s’ils n’en comportent pas autrement. Donc : « Rue Jacques-Chirac », « Place Émile-Zola », etc.

            Le problème, c’est qu’il semble, maintenant, que la Poste (je ne sais pas si elle s’appelle toujours ainsi) et d’autres administrations demandent  qu’on écrive les adresses sans le trait d’union, en particulier dans certains formulaires susceptibles de traitement informatique. Moi, sauf en cas de demande expresse, je continue d’appliquer les règles orthotypographiques que j’ai apprises. Non mais !

Et voilà la réponse à ma réponse :

« Oui, effectivement. Mais certains typographes (et depuis longtemps) font la distinction entre personne décédée et vivante. Et écriraient  :  rue Jacques Chirac, sans tiret. »

            Qu’en pensez-vous ?

 

La Poste et autres administrations n’ont pas à légiférer en matière de langue française, elles n’en ont pas la compétence. C’est à leurs services informatiques, s’ils étaient aussi compétents que les informaticiens de la presse et du livre, de concevoir des programmes reconnaissant les traits d’union (… et les accents, les apostrophes, etc.). Il est quasiment illégal de modifier  l’orthographe des patronymes, des toponymes officiels, etc.  Un point, c’est tout.

Ensuite, dans un État démocratique et républicain, la règle ÉTAIT de ne jamais attribuer à une artère publique le nom d’une personne encore en vie…  Ce principe a été bafoué dès la Libération par l’attribution du nom du général de Gaulle, et de noms de personnalités de la Résistance, de martyrs de la Résistance, de chefs de l’armée,  à de nombreuses lieux publics.  On peut le comprendre, bien évidemment, tout en le regrettant…

La distinction trait d’union  /  pas de trait d’union, qui pouvait, certes, se comprendre également, et qui fut prônée par des typographes, s’est révélée (sauf aux yeux d’individus bornés) être une démarche irréaliste et impossible à appliquer, notamment en presse quotidienne, où l’on boucle à la minute près…  Il est dément de compromettre la sortie à l’heure d’un journal (pour le Monde, un retard d’un quart d’heure, à l’époque où le journal était mis en place juste avant 14 heures dans Paris et la banlieue, pouvait faire perdre jusqu’à 30 000 ventes !) parce que l’on va consacrer un quart d’heure ou plus à essayer de vérifier si la rue Alcide-Bouché, à Trotinette-sur-Ardelle, où vient de se produire un important fait-divers, porte le nom d’un ancien maire décédé ou d’un élu toujours vivant !  C’est de la stupidité.

Donc,  unification totale, sur le trait d’union (et non le « tiret »), dès lors qu’il ne s’agit pas de la personne elle-même, mais d’un lieu portant son nom :  l’impasse Gérard-Depardieu, le boulevard Brigitte-Macron, la place Julian-Alaphilippe…  comme  la rue Victor-Hugo, le boulevard Auguste-Blanqui, la station Guy-Môquet, le square Georges-Brassens.

Publicités

Les commentaires sont fermés.