Le mot du 22 janvier 2020 (5)

La troisième question du jour (et la réponse)

 

            « Bonsoir, Monsieur Colignon,

            Soit cette phrase : « Des prostituées russes, polonaises, birmanes, rwandaises – d’une jeunesse effroyable – tapinaient dans les rues. »

            Comme Raymond Devos, j’ai des doutes… sur l’adjectif  « effroyable ».

           Une jeunesse peut-elle être « effroyable » ? Leur situation, oui, mais leur jeunesse… En quoi susciterait-elle, par elle-même, l’effroi ?

            Le qualificatif « incroyable » suffirait, non ?

            J’ai aussi un doute sur l’éventuel caractère pléonastique de « tapinaient dans les rues »… 

            Merci beaucoup de nous faire bénéficier de vos connaissances effroyables impressionnantes !

            Au plaisir ! »

 

Il ne faut pas tout prendre à la lettre, au premier degré, et restreindre à l’excès l’emploi des mots et de la syntaxe (sans tout accepter, bien sûr), mais laisser à un auteur le droit d’utiliser l’hypallage…  On ne va pas interdire à Victor Hugo d’écrire (in les Chants du crépuscule, VIII) : « Ce marchand accoudé sur son comptoir avide » alors que, bien sûr, c’est le marchand qui est avide !

Il est effroyable de voir des tapineuses de 12-13-14 ans…  Oui, leur âge est effrayant, leur jeunesse est effrayante, effroyable !…  Moi, je ratifie sans hésitation cette tournure.

Elles pourraient tapiner ailleurs que dans les rues : dans des hôtels, dans des « maisons de l’amour » (comme en Allemagne), etc.  Il n’y a pas pléonasme.

 

■  Par ailleurs, s’agissant des connaissances, chacun peut et doit se dire : « Avec ce que je sais, je pourrais écrire une petite encyclopédie. Avec ce que je ne sais pas, on pourrait remplir une grande bibliothèque. »

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