Le mot du 16 février 2020 (4)

 Le mot rare du jour (et son orthographe)

 

« Leur seule consolation était de taille : le baronetage des Dunton s’était transmis par héritier mâle plus longtemps qu’aucun autre du Royaume d’Angleterre, en une succession ininterrompue. »

L’extrait ci-dessus du Vieux Chêne déraciné (Hearts Ease in Death), roman policier de James Fraser,  traduit de l’anglais par Mary Rosenthal et publié par le Masque en 1979, comporte, outre une majuscule fautive à royaume, le terme baronetage, rare dans un texte français. 

            Le substantif masculin français baronnet (avec deux n) est défini ainsi dans le Trésor de la langue française (TLF)  : « personne possédant un titre de noblesse héréditaire (qui a été) conféré par le souverain d’Angleterre et qui est intermédiaire entre la haute noblesse ou pairie et la chevalerie ». 

Cette définition est suivie d’une citation empruntée aux Travailleurs de la mer, de Victor Hugo  :  «  Mess Lethierry voyait approcher le moment où il deviendrait monsieur. […] Cette échelle, qui sort de terre, se continue dans le bleu. Toute la hiérarchique Angleterre y entre et s’y étage. En voici les échelons, de plus en plus lumineux : au-dessus du monsieur (gentleman), il y a l’esq. (écuyer), au-dessus de l’esq., le chevalier (sir viager), puis, en s’élevant toujours, le baronet (sir héréditaire), puis le lord, laird en Écosse, puis le baron, puis le vicomte, puis le comte (earl en Angleterre, jarl en Norvège), puis le marquis, puis le duc, puis le pair d’Angleterre, puis le prince du sang royal, puis le roi. Cette échelle monte du peuple à la bourgeoisie, de la bourgeoisie au baronetage, du baronetage à la pairie, de la pairie à la royauté. »

On observe donc que Hugo a adopté la graphie anglaise baronet, avec un seul n, et qu’il a poursuivi logiquement avec un baronetage doté également d’un unique n.

Selon le TLF, la première occurrence de baronnet en français date de 1660, alors que le titre de baronet, d’après baron emprunté au français, aurait été créé en Angleterre par le roi Jacques Ier en 1611 (référence : l’Encyclopædia Britannica). En français, on a noté, au XVe siècle, baronet (un seul n), au sens de « petit baron ».

Plusieurs dictionnaires des XIXe et XXe siècles ont repris la graphie baronetage de Hugo. Aucun, apparemment, n’a aligné sur baronnet un « baronnetage »… La traductrice du « polar » de 1979 a donc respecté ce qui était donné par les ouvrages de référence.

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