Le mot du 24 février 2020 (2)

Le point de vocabulaire du jour

 

bastos  n. f.

Par comparaison de forme avec les cigarettes, et aussi un peu, sans doute, en raison de l’identité des deux premières lettres : ba, les « poilus » appelaient couramment « bastos » leurs balles (et leurs cartouches). La marque de cigarettes Bastos était très connue du public, et particulièrement des combattants puisque l’entreprise Bastos fournissait l’armée en tabac et en cigarettes. Cette firme, née en Algérie, est restée longtemps en activité sous son nom propre. Après 1963, la propriété de la marque a été morcelée. Mais le mot bastos a été durablement implanté dans le vocabulaire populaire, quotidiennement employé encore dans la langue familière : « Le truand a pris deux bastos dans le buffet… ». Michel Audiard, entre autres, ne s’est pas fait faute de le mettre dans la bouche des personnages des films dont il a écrit les dialogues.

Débarqué à Oran dans les années 1830, et venant de Malaga, Juan Bastos (1817-1889), qui va acquérir rapidement la nationalité française, crée en 1838 une manufacture de tabac (c’est un « créneau » qui doit sembler prometteur, puisque, au même moment, donc peu après l’arrivée des Français en Algérie, une quarantaine d’autres manufactures de tabac vont naître à Alger, plus précisément dans le quartier populaire de Bab-el-Oued). L’entreprise familiale ne va cesser de croître, surtout après l’achat d’une seconde usine, à Alger. Dans les années 1920-1925, les deux usines d’Oran et d’Alger produisaient deux milliards de cigarettes, dix millions de cigares et 650 000 kilos de tabac à rouler, à priser, à mâcher. Les descendants de l’émigré espagnol avaient su développer l’affaire familiale… et continueront, en s’étendant à d’autres pays à travers le monde, en créant d’autres usines, des filiales, etc.

 

(Extrait du Petit abécédaire de la Grande Guerre,  Jean-Pierre Colignon, Courrier du livre [Trédaniel] .)

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