De P à T

P

POT

découvrir le pot aux roses

            C’est le type de l’expression fort utilisée tout étant très méconnue ! Alors qu’elle est toujours employée, semble-t-il, sous sa bonne acception, il est incroyable de la voir, dans la presse écrite notamment, surgir très fréquemment sous l’insolite forme « le poteau rose » ! Pourtant, on ne voit pas bien quel membre du Parti socialiste pourrait être ainsi désigné familièrement, avec poteau au sens argotique de « copain », ni de quel poteau de rugby (pour l’équipe du Stade français, au maillot rose ?) ou autre sport il pourrait s’agir…

            Les linguistes se perdent non en conjoncture, mais en conjectures qui peuvent sembler hasardeuses quand absolument rien ne vient étayer leurs hypothèses.

            L’origine la plus soutenue renverrait à rose – au singulier –, par allusion au fard de cette couleur employé par les femmes pour se donner une bonne mine, un teint agréable. Et en particulier les comédiennes, qui devaient affronter non pas encore les sunlights, les projecteurs, mais l’éclairage de la scène par des flambeaux, par des centaines de bougies. Notre expression, par la signification, est apparentée, sans doute, à découvrir le pot [pourri], qui remonte aux XIVe-XVesiècles. Une fois ôté le fard, le vrai visage était exposé à la vue de tous…

            Autre hypothèse, appuyée par Alain Rey, et qui recouperait la dernière expression susmentionnée : en soulevant le couvercle d’un pot contenant un… pot-pourri, c’est-à-dire d’un pot contenant des fleurs séchées (des roses, notamment ?) destinées à embaumer une pièce, on libère les parfums jusqu’alors secrètement enfermés. Le pluriel de roses s’en trouverait justifié ! Par extension, découvrir le pot aux roses serait bien, littéralement, le fait de révéler quelque chose qui était caché par un couvercle.

            Mentionnons par acquit (et non par « acquis », bévue orthographique des plus courantes !) de conscience l’hypothèse formulée par l’excellent linguiste Maurice Rat, mais qui n’a aucun fondement avéré : il s’agirait d’une allusion à un pot ou à un vase de roses, ou censé contenir des roses, que des jeunes filles ou des femmes laissaient sur le rebord de leur fenêtre (… au rez-de-chaussée, alors ??) afin que leurs soupirants y déposent discrètement des mots doux que les belles récupéraient non moins discrètement. Tant que le pot aux roses n’était pas découvert !

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