Archives de Tag: Académie Alphonse Allais

Le mot du 2 octobre 2016 (3)

Le mot-valise du jour

 

Parmi les jongleurs de mots que recèle l’Académie Alphonse – Allais (AAA) figure Alain Créhange, spécialiste des mots-valises (il a publié plusieurs recueils). Pierre Dérat, également honorable membre de l’AAA, a concocté lui aussi un ensemble de mots-portefeuilles (comme on a dit naguère), pour l’instant inédit, dont j’extrais le néologisme bouleversifiant ci-après :

mygalomanie : besoin irrépressible de tisser sa toile en mordant sur le territoire d’autrui.

 

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Le mot du 14 juin 2015

prétexte

            L’actualité, en France, a été dominée, ces derniers jours, par l’aller-retour éclair, en avion gouvernemental, de M. Valls à Berlin, l’autre samedi, pour rencontrer M. Platini, afin de parler de l’UEFA et de l’Euro 2016 en France. Profitant de ce déplacement dit « professionnel » (qui, rapporte la presse, n’était pas noté dans l’agenda officiel du Premier ministre), M. Valls a pu assister ainsi, avec deux de ses enfants, à la finale de la  Ligue des champions entre la Juventus de Turin et le FC Barcelone, cher au cœur du Premier ministre français. Effectivement, M. Valls et M. Platini se sont donc vus, au moins au stade.

            Depuis, M. Valls a reconnu une « erreur de communication » : « Si c’était à refaire, je ne le referais plus », et a promis de rembourser l’équivalent des deux allers-retours de ses fils pour cette virée footballistique, soit, dit-on, 2 500 euros.

            Près de 70 % des Français, d’après les derniers sondages, ne se satisfont pas de ces excuses, peu convaincus par la justification officielle de ce déplacement express en Falcon gouvernemental. La rencontre au sujet de l’Euro 2016 était-elle d’une si considérable importance et d’une urgence si aiguë qu’elle justifiait un aller-retour ultrarapide (tout en prenant le temps d’emmener les deux fils), pour un coût équivalant au salaire annuel de beaucoup de Français : selon la presse, entre 18 000 et 25 000 euros (il est manifestement impossible d’accéder à la vérité, s’agissant de ce type de dépenses, le Premier ministre devant être accompagné d’agents des services de sécurité, d’un médecin, d’un spécialiste des télécoms)… ?

            Peu importe la couleur politique des dirigeants qui se conduisent ainsi.  Mais la petite histoire ne doit pas cacher les questions de fond : un déplacement, même vraiment « professionnel », de ce genre ne peut-il pas être tout bonnement remplacé par un entretien téléphonique, même long ?  Si de tels voyages de ministres, de secrétaires d’État, de hauts fonctionnaires, sans doute ou peut-être inutiles car facilement remplaçables par d’autres moyens modernes de communication, sont multipliés par cent, par mille, etc., à longueur d’année, on peut voir quel gouffre financier supportent là encore les citoyens de la République.

            De plus, comment ce voyage « professionnel » éminemment important et urgent se justifie-t-il quand, quatre jours plus tard, M. Platini vient à Paris voir M. Hollande… pour lui parler de l’Euro 2016 !?

            Prétexte vient du latin praetextus, qui a la même signification. Dans son remarquable dictionnaire français-anglais écrit au XVIe siècle, le linguiste anglais Cotgrave définissait ainsi le terme : « motif spécieux mis en avant pour cacher le motif réel d’une action ». Le sens n’a pas varié, avec comme synonymes : faux-fuyant, excuse, allégation, couverture, échappatoire, argument…

            « Faux prétexte » est évidemment un pléonasme, à ne pas dire ni écrire !

 

La question du jour :

            « Comment faut-il accorder derrière la plupart ?… »

            La plupart (+ complément) entraîne l’accord au pluriel : La plupart ont participé aux jeux ; La plupart des congressistes avaient tombé la veste en raison de la chaleur.

 

La citation du jour :

            « La plus perdue de toutes les journées est celle où l’on n’a pas ri. » (Chamfort.)

 

Rappels :

La prochaine dictée animée sera celle de Leucate (Port-Leucate), le mercredi 29 juillet.  Entre-temps, je serai présent au Salon du livre de Honfleur (Calvados), le 4 juillet, où une fine équipe d’académiciens Alphonse Allais proposera un spectacle-animation. Avec mon illustrateur et ami Claude Turier, lui aussi membre de ladite académie, nous pourrons y dédicacer Sacré Napoléon ! (éditions Trédaniel), un recueil d’anecdotes sur l’Empereur qui paraît pour le bicentenaire de Waterloo, donc ces jours-ci.

Le mot du 11 mai 2015

phébus

            Boileau doit rugir de fureur en se frappant le front tandis que Molière et La Bruyère doivent se pâmer d’aise, voire se taper les fesses par terre,  de même que l’ensemble des humoristes spirituels qui ont fustigé la bêtise,  ridiculisé l’emphase de baudruches,  la bouffissure arrogante, la cuistrerie, l’infatuation, la présomption, la verve pompeuse…  Jules Renard, Alfred Capus, Alphonse Allais, Tristan Bernard, Cami, Maurice Donnay, revenez : vous avez du grain à moudre, comme disent les politiciens et les dirigeants syndicaux !  Pierre Dac, Jean Yanne, et vous les chansonniers de grande allure qui, en vrais fous du roi, disiez leurs quatre vérités aux gouvernants, revenez aussi : les épigrammes doivent ressortir !…

            Alors que les citoyens ayant les pieds sur terre déplorent, quelles que soient leurs convictions politiques, philosophiques ou religieuses, la baisse du niveau scolaire en ce qui concerne les bases fondamentales (lire, écrire, compter) et l’abandon des objectifs républicains : amener la totalité d’une population au plus haut niveau d’instruction et de culture possible, compte tenu des capacités et des aptitudes de chacun, de hauts fonctionnaires de l’éducation nationale, chargés de présenter des réformes utiles, pondent des textes ridicules relevant de l’amphigouri, du pathos, du charabia, du galimatias, du phébus…

            Phébus est un nom commun qui vient du nom propre de Gaston Phébus, plus précisément Gaston III de Foix (ou : de Foix-Béarn), fort brillant seigneur du XIVe siècle, auteur d’un renommé Livre de chasse.  Mais le style en fut jugé pompeux, et creux le contenu. D’où l’expression qui fut fort utilisée : donner dans le phébus :  « écrire et parler dans un jargon incompréhensible et pompeux, afin de masquer la vacuité du propos ».

            À l’issue – peut-on supposer, vu la profondeur abyssale de nombreux  passages des textes produits – de longues cogitations et de réflexions hors du commun, de hauts fonctionnaires censés réfléchir à la meilleure façon de former des têtes bien faites et bien pleines ont délivré le fruit croquignolet de leur transpiration…  Les élèves et leurs parents ont donc appris que l’éducation nationale va dorénavant enseigner aux scolaires comment « se déplacer de façon autonome, plus longtemps et plus vite, dans un milieu aquatique profond standardisé ». Si si !   Il y a trente ans, on aurait dit : « apprendre à nager dans une piscine ».

            Si l’on consulte la colonne « Ressources mobilisables par l’élève », on y apprend que celui-ci devra : «  Construire des points d’appuis efficaces favorisant un déplacement fluide. Maîtriser un effort associé à une respiration  « aquatique ». Prendre des informations sur soi pour favoriser un déplacement efficace et économique. Accepter les conditions particulières de l’apprentissage de la natation : peur de l’eau et exposition du corps au regard . »

            Encore de courts extraits de cette prose, pris çà ou là dans le texte diffusé : pour bien jouer au badminton ou au ping-pong, un élève devra « interpréter seul le jeu pour prendre des décisions et rechercher le gain d’un duel médié (?!) par une balle ou par un volant ». Le scolaire n’apprendra plus à courir, mais, ô nouveauté extraordinaire, à « créer de la vitesse », afin de « l’utiliser pour réaliser une performance mesurée, dans un milieu standardisé ».

            Au concours Lépine de l’amphigouri inutile, ces hauts fonctionnaires à l’indice administratif sans doute très élevé seraient bien placés pour une médaille d’or… J’invite d’ores et déjà mes confrères de l’académie Alphonse Allais à décerner au début de 2016 un « Alphonse » à ces génies du pathos, à charge pour ces derniers de venir chercher leur prix au Théâtre de la Huchette, à Paris.  Peut-être même faudrait-il créer une décoration spéciale, une médaille particulière…

            Nous incitons ces hauts fonctionnaires, en tout cas, à lire Boileau, La Fontaine, Molière, La Bruyère et bien d’autres bons auteurs, en leur suggérant par ailleurs de bien maintenir au programme les œuvres de ces écrivains. Tout est dit, et en une phrase, par Boileau : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Et délaissons les Trissotin et Vadius de Molière pour reprendre le portrait d’Acis, dressé par La Bruyère : « Que dites-vous ? Comment ? Je n’y suis pas ; vous plairait-il de recommencer ? J’y suis encore moins. Je devine enfin : vous voulez, Acis, me dire qu’il fait froid. Que ne disiez-vous : « Il fait froid » ? Vous voulez m’apprendre qu’il pleut ou qu’il neige ; dites : « Il pleut, il neige ». Vous me trouvez bon visage, et vous désirez de m’en féliciter ; dites : « Je vous trouve bon visage ». – Mais, répondez-vous, cela est bien uni et bien clair ; et, d’ailleurs, qui ne pourrait pas en dire autant ? Qu’importe, Acis ? Est-ce un si grand mal d’être entendu quand on parle, et de parler comme tout le monde ? Une chose vous manque, Acis, à vous et à vos semblables, les diseurs de phébus ; vous ne vous en défiez point, et je vais vous jeter dans l’étonnement : une chose vous manque, et c’est l’esprit. Ce n’est pas tout : il y a en vous une chose de trop, qui est l’opinion d’en avoir plus que les autres ; voilà la source de votre pompeux galimatias, de vos phrases embrouillées, et de vos grands mots qui ne signifient rien. […] »

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Le clin d’œil du jour :

            Vous avez échappé, dans la précédente chronique du jour « En tournée à La Havane », à la question : « Pourquoi les églises sont-elles fermées, à Cuba ? ». Vous aurez tout de même droit à la réponse : « C’est parce que l’on trouve que les fidèles cassent trop ! ».

Mais vous avez droit ici au dingbat :

                            A6  =  At

certainement aisé à déchiffrer !  ☺

Le mot du 14 avril 2015

podium

            Même s’ils n’ont pas, loin de là, le comportement de femmes et d’hommes appartenant aux pseudo-« élites » autoproclamées des médias,  dont la tête « ne passe plus par les portes » et dont les dents « rayent le parquet »,  les lauréats des dictées et autres jeux-concours sont, naturellement, et sainement, heureux d’être en tête des classements.  Contents d’être sur le podium, au sens figuré le plus souvent.

            Dans le domaine sportif, on entend par podium, depuis les années 1910, une plate-forme sur laquelle on fait monter les vainqueurs  –  individuels ou équipes  –  d’une épreuve. C’est généralement une estrade à deux degrés : la place du premier, centrée, est surélevée par rapport aux deux autres marches qui l’encadrent. Plus rarement, il existe des podiums non plus à deux, mais à trois degrés.

            Par métonymie, podium désigne l’ensemble des champions qui, ayant vu leurs vœux de victoire ou de très bon classement exaucés, se retrouvent donc très justement… exhaussés sur la plate-forme. On dit ainsi : « Le podium du slalom hommes de Maribor était constitué de l’Américain Miller, du  Croate Kostelic et du Slovène Kunc ».

            Â l’origine, le mot latin (issu du grec au sens de « petit pied », « pied ») podium désignait, dans un amphithéâtre, dans un cirque antique, un gros mur qui servait à la fois de limite structurelle et de limite sociale. Certains podiums (le mot suit le pluriel « à la française », avec un s) comportaient des niches, dont certaines devaient servir de petites chapelles de culte. Des cages à animaux menant aux arènes devaient aussi, parfois, être insérées dans le mur.

            Formant plate-forme, le sommet du mur supportait les places d’honneur : « […] la plate-forme du podium que protégeait une  balustrade de bronze et sur laquelle étaient posés les sièges de marbre des privilégiés » (Jérôme Carcopino, la Vie quotidienne à Rome à l’apogée de l’Empire, cité dans le Robert).

Le terme fut appliqué ensuite à de petits soubassements qui, à l’intérieur d’un édifice, servaient à supporter des statues, des vases, etc.

Par extension, podium est employé à propos de diverses plates-formes et grandes estrades, de planchers surélevés servant de scènes (… et c’est sur la scène du théâtre du collège et lycée La Rochefoucauld [Paris-7e] que furent couronnés les lauréats du premier concours de culture générale de Paris, samedi 11 avril).

 

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Rappel : la dictée de Tours se déroulera samedi 18 avril : DDEC, 33, rue Blaise-Pascal (à côté de la gare ).

L’inscription est vivement souhaitée, et  il est bienvenu de le faire le plus tôt possible, afin de permettre aux organisateurs locaux de préparer au mieux la salle.

Renseignements et inscriptions : 06 83 24 65 33.  communication.dlf.tours@orange.fr

 

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Xavier Jaillard, comédien, metteur en scène, auteur dramatique, éminent membre de l’Association des Amis d’Alphonse Allais et de l’académie Alphonse Allais, vient de publier, aux éditions Scrinéo, Vers l’ouest, un premier roman composé de deux récits parallèles. René de Obaldia, de l’Académie française, témoigne que ce livre « le touche particulièrement par la profonde humanité de l’auteur ». Les destins croisés des deux personnages se lisent comme un véritable  roman  policier,  mais   ce  livre  bien écrit n’est pas qu’un « polar »…

Le livre sera présenté, et dédicacé,  le jeudi 16 avril, de 18 à 20 heures, à la librairie du Théâtre du Rond-Point, 2 bis, avenue Franklin-Roosevelt, 75008 Paris.

Métro : Franklin-Roosevelt et Champs-Elysées-Clemenceau.

Le mot du 3 février 2015

décryptage

         Un des mots ronflants à la mode, pour se mettre en valeur, chez les journalistes de télévision, voire de radio, c’est décryptage : « Merci, Tryphon Dubidon, de nous faire part de votre décryptage de l’actualité… ».  Et ledit Dubidon, promu ainsi au statut d’individu à la clairvoyance exceptionnelle, à la sagacité inouïe, de se lancer généralement – avec un sourire modeste, mais satisfait – dans un commentaire indigent, dans une paraphrase inutile nourrie des « éléments de langage » quotidiennement et généreusement distribués par les attachés de presse, par les services de communication, etc.

            Les auditeurs, les téléspectateurs, considérés comme des individus peu sagaces, pas très éveillés, même carrément bouchés, doivent alors être éclairés (d’ailleurs, éclairage est un terme également très apprécié par nos élites du petit écran) par l’  « expertise » (sic) du subtil commentateur.

            Hélas, au lieu de révéler un éventuel dessous des cartes que personne encore n’a dévoilé, de mettre au jour des coups (fourrés) à trois bandes ou les véritables intentions de telle personnalité, l’observateur censé être un très sagace analyste se montre atteint d’un psittacisme profond. Son décryptage se résume à une répétition de l’information, enrichie, si l’on peut dire, de remarques d’une grande banalité… Plutôt que de déranger le mot décryptage, chacun devrait se contenter sagement de commentaire, d’analyse,  qui, déjà, seraient souvent bien complaisants !

            Le décryptage, en son emploi exact, correct, consiste à découvrir le vrai sens d’un texte peu clair, ambigu, ou à déchiffrer un texte secret codé. Lors de la Seconde Guerre mondiale, des cryptanalystes britanniques, reprenant les travaux de spécialistes polonais, ont réussi à décrypter des messages codés de la fameuse machine (en fait, il y eut plusieurs variantes)  de chiffrement Enigma des Allemands.

            Décryptage est lié à crypte, d’abord « endroit caché » (du latin crypta, d’après le grec kryptos, « caché »).

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RENDEZ-VOUS CONVIVIAL : 1er Salon de la langue française de Paris, à la Mairie du 7e arrondissement, 116, rue de Grenelle, métro : Solferino ou Varenne. Mercredi 11 février, à 14 heures. Conception : Jean-Pierre Colignon et les services de l’événementiel du cabinet du Maire.

Dans la salle principale : dictée gratuite pour tous, à 14 heures – Nombreux prix, chaque participant aura un cadeau souvenir. Pendant la correction des copies : séance-spectacle de « dictionnaire Alphonse Allais », par les académiciens Alphonse Allais. Puis : jeu-concours autour de la littérature française, nombreux prix.

Seconde salle : à 14 h 30, animation interactive (pour les juniors… mais pas seulement) par un dessinateur d’humour autour des expressions, proverbes et locutions de la langue française : dessins d’humour, rébus et dingbats.  Puis : spectacle donné par une conteuse.

Même si vous avez oublié de vous inscrire (surtout pour la dictée), ou si vous vous décidez à la dernière minute, n’hésitez pas à venir !

Le mot du 28 janvier 2015

caracoler

            Le succès de certains mots et expressions ne se dément pas au fil des lustres (= périodes de cinq ans) ou des décennies (= périodes de dix ans)  – que l’on ne doit pas confondre avec les décades, périodes de dix jours.

            Les médias usent ainsi constamment de « caracoler en tête des sondages » au sujet d’un parti politique ou d’un homme ou d’une femme politique.  Étant donné le désamour dont pâtissent – et non « jouissent » : attention aux mauvais emplois des termes ! – les politiciens et politiciennes de tous bords (ou : tout bord), le recours à cette expression devient quasiment une impropriété. Caracole-t-on vraiment, avec seulement 30 ou 35 % des voix, quel que soit le parti politique, si en vérité ce sont les abstentionnistes qui l’emportent nettement, avec 40 ou 50 % des inscrits ?… Oui, sans doute, si tous les mouvements concurrents arrivent péniblement aux alentours de 10 %.  Mais c’est un abus de langage, une impropriété, si les principaux adversaires ne sont qu’à 3 ou 4 % derrière… et si le second tour verra, selon toutes probabilités, la défaite du prétendu « caracoleur » !  Les guillemets sont volontaires, car je pratique moi-même ici  l’abus de langage – calembour : selon le Trésor de la langue française, le caracoleur est « une personne un peu bohème, un peu débauchée », du type « noceur, viveur ».

            En fait, cet abus de langage est dans bien des cas… volontaire : pour faire le « buzz », pour attirer le lecteur, l’auditeur, le téléspectateur, pour transformer en événement censé être extraordinaire un résultat prévisible (pas besoin d’être de soi-disant politologues, il suffit d’être dans la « vraie vie »). Peut-être, chez certains, y a-t-il la volonté d’effrayer les électeurs, en laissant entendre que l’élection est jouée et que le second tour confirmera les résultats du premier s’il n’y a pas rassemblement des adversaires. À l’inverse, certains en rajouteront, par l’emploi de caracoler, pour inciter les abstentionnistes à voler au secours de la victoire, en rejoignant ceux qui dès le premier tour ont fait le « bon choix »…

            Alain Rey (que je remercie encore d’avoir été mon parrain d’intronisation au sein de l’académie Alphonse Allais, il y a huit jours), ainsi, avait retenu caracoler comme thème d’une de ses chroniques diffusées sur France Inter dans les années 1995. Un verbe qui « manifeste une belle vitalité expressive ». Et le linguiste poursuivait : « Caracoler évoque pour nous un cavalier qui fait piaffer sa monture ; un inconscient mélange avec cavalcade, cabrioler et galoper donne au verbe un dynamisme ostentatoire ».

            Caracoler  est  un  terme du domaine de l’équitation, dont l’acception est : « exécuter une succession de voltes et de demi-voltes à droite et à gauche, de courbes  et  de  contre-courbes ».  Alain Rey  estime  que  le  latin    conchylium, « coquille », est peut-être à l’origine du mot, et rattache caracoler à l’espagnol caracol, qui, « probablement par altération de mots occitans, cagarol et autres variantes, telle la cagouille poitevine », désigne l’escargot, le colimaçon… et sa coquille à spirales. Alain Rey ajoute que l’on a dit d’un escalier en colimaçon qu’il « caracolait » !

            Dans son journal, Stendhal écrit : « Le prince de la Paix [il s’agit de Manuel Godoy, 1768-1851], qui a été simple garde du corps,  plus puissant que le roi  en Espagne parce qu’il caracole la reine ». Chacun aura compris la signification…

 

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Ajout à un précédent « Mot du jour ». –  J’aurais dû mentionner dans confetti la définition qu’en donne, dans le désopilant Dictionnaire ouvert jusqu’à 22 heures (Le Cherche-Midi édit.), l’un des auteurs de l’Académie Alphonse Allais, Jean-Pierre Delaune : « Petit cercle de papier coloré que l’on jette par poignées en période de fête ou de réveillon. À l’imitation d’Alphonse Allais, qui imagina les confettis noirs pour personnes en deuil, les membres de l’Académie Alphonse Allais préconisent les confettis en fonte pour les carnavals sado-masochistes ».

 

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Dictées et autres événements prochains :

 

Mercredi 11 février,  à 14 heures, à la Mairie du 7e arrondissement, 116, rue de Grenelle, premier « Salon de la langue française du 7e arrondissement ». Ce Salon, que la Mairie du 7e m’a demandé de concocter avec ses services culturels, se composera des animations suivantes :

Une dictée, à 14 heures. S’inscrire auprès de moi : jp.colignon@orange.fr ou au 06 07 59 17 08. Dans la limite des places disponibles, les personnes non inscrites pourront le faire le jour même, à la mairie.

A la même heure, dans une autre salle, l’ami Claude Turier, dessinateur caricaturiste, qui fut pendant plusieurs années le rédacteur en chef de l’almanach Vermot, membre de l’Académie Alphonse Allais, animera un jeu particulièrement destiné aux juniors, autour  des expressions de la langue française.

Pendant la correction de la dictée, séance drolatique,  et interactive avec le public, de dictionnaire, menée par plusieurs membres de l’Académie Alphonse Allais et dirigée par Xavier Jaillard, rédacteur en chef du dictionnaire mentionné plus haut.

Notamment en direction des plus jeunes, mais pas seulement, dans une autre salle : spectacle par une conteuse.

Jeu-concours autour de la littérature française (rédigé et animé par J.-P. Colignon).

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Samedi 7 mars, à 14 heures : dictée de Sèvres (92), au Centre international d’études pédagogiques. Inscriptions et renseignements : jp.colignon@orange.fr ou au 06 07 59 17 08.  

Le mot du 16 janvier 2015

procrastination

            Bien des soucis, bien des problèmes, voire bien des drames, seraient évités si, dans la vie, le citoyen lambda comme le « décideur » (sic) ne pratiquaient pas à longueur d’année (année est figé au singulier, en principe) la procrastination. Ce mot revient actuellement dans la bouche de commentateurs qui fustigent les atermoiements (un seul t, et un e médian dû au fait que ce substantif appartient à la famille d’un verbe en -yer, tels aboiement [aboyer], bégaiement [bégayer], paiement [payer]…) des politiciens de tous bords (plutôt au pluriel = « de tous les bords »).

            Si la prudence  –  même jusqu’à la prudence dite de Sioux  –  doit s’associer à l’analyse intelligente, impartiale, raisonnée, froide, face à toute question à trancher, face aux difficultés de tous ordres, cela ne doit pas conduire sans cesse à des manœuvres dilatoires, à des ajournements à tout-va, à des tergiversations… qui dans la plupart des cas aggravent les problèmes. Appliquer des cautères sur des jambes de bois, détourner les yeux des réalités, empêcher les vérités d’être dites, pratiquer le mensonge par omission, c’est rejoindre le mot attribué à la favorite de Louis XV, la Pompadour, après la calamiteuse défaite de l’incapable Soubise, à Rossbach, face à Frédéric II, en 1757 : « Après nous, le Déluge ! ». Belle illustration de la procrastination irresponsable et égoïste, puisque cela équivaut à « peu importe ce qui peut arriver, dès lors que ce sera après ma mort » !

            Personne ne peut savoir si la marquise, dans sa pensée, écrivait déluge avec, ou non, une majuscule initiale… Normalement, elle aurait dû faire allusion au déluge de la Bible, le fameux Déluge universel décidé par Dieu, excédé par la violence des hommes : « Dieu dit à Noé : « La fin de toute chair est arrivée, je l’ai décidé, car la terre est pleine de violence à cause des hommes et je vais les faire disparaître de la terre. » […] Au bout de sept jours, les eaux du déluge vinrent sur la terre»  (Genèse.) Étant donné la signification particulière, il est logique de voir ici dans Déluge un nom propre à majuscule.

            Procrastination vient du latin procrastinatio, « ajournement, délai ».

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           La première édition du Salon du livre de Paris-7e se déroulera le mercredi 11 février dans la mairie du 7e arrondissement. Plusieurs animations, s’adressant soit aux juniors, soit aux seniors, soit à tous publics, seront proposées, dont une jubilatoire et humoristique « séance du dictionnaire » animée par l’Académie Alphonse Allais et une dictée gratuite, ainsi qu’un jeu-concours non moins gratuit autour de la littérature française que je concocterai également. Nombreux prix pour les participants.

        Il serait bon que les personnes intéressées par la dictée s’inscrivent auprès de moi, ce qui permettra de préparer au mieux la salle. Merci !

Le mot du 14 janvier 2015

commissariat

    Parmi les mots que l’actualité met sur le devant de la scène figure commissariat(s) : entendez commissariat(s) de police. D’ailleurs, même sans les événements qui accaparent l’attention, ce terme est des plus usités : il fait partie de la vie civile, de la vie de tous les jours. On va au commissariat pour demander des papiers, ou pour les signer ; on y va pour déposer plainte, etc. Ce dérivé de commissaire revient constamment dans la pléthore de séries policières diffusées à la télévision…

            Eh bien (N. B. : cette interjection s’écrit avec eh, et non et), en dépit de sa fréquence d’emploi, le vocable est maltraité, déformé, à longueur de journée par des personnes censées maîtriser le vocabulaire : les journalistes et les comédiens, qui, par barbarisme, disent « commissairiat » ! À l’écrit, la faute est moins récurrente.

       Non,   pas    plus  que   notaire   n’a   donné     « notairiat »,  « notairial(e) »  et « notairié(e) », mais notariat, notarial(e) et notarié(e), pas plus que honoraire n’a donné « honorairiat », mais honorariat, le dérivé licite de commissaire est exclusivement commissariat.

            Il en va de même pour toute une série de mots dérivés de termes en –aire : salariat (salaire), secrétariat (secrétaire), prolétariat (prolétaire), actionnariat (actionnaire), volontariat (volontaire), sociétariat (sociétaire), vicariat (vicaire)…

         Pour sourire un peu, rappelons que Courteline n’a pas écrit « Le commissaire est bonne d’enfant(s) », mais : Le commissaire est bon enfant.  (Ce titre d’oeuvre étant formé d’une phrase à la voix active, seul le premier mot, quelle que soit sa nature grammaticale, prend une majuscule.  Cas identiques : Le facteur sonne toujours deux fois, Le train sifflera trois fois, Le drapeau noir flotte sur la marmite, etc.)

 

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Rappel : le mercredi 11 février se tiendra à la mairie du VIIe arrondissement de Paris le premier « Salon du livre du VIIe », qui comportera notamment une animation menée par l’Académie Alphonse Allais, ainsi qu’une dictée gratuite ouverte à tous. Les personnes désireuses de participer à cette dictée peuvent d’ores et déjà s’inscrire auprès de moi.

 

              

 

 

Association des Amis d’Alphonse Allais (AAAA)

L’Association des Amis d’Alphonse Allais, créée en 1934 par quelques érudits journalistes, a pour vocation de promouvoir l’œuvre, l’image et l’esprit de cet immense écrivain humoriste de la seconde moitié du 19e siècle.

Elle organise des manifestations médiatisées et produit des publications (livres, CD, DVD) et des spectacles en s’appuyant sur la forte notoriété d’un collège de personnalités regroupées dans l’« Académie Alphonse Allais » dont elle assure l’administration.

Elle gère également le musée Alphonse Allais de Honfleur (plus petit musée du monde), lequel conserve les objets et inventions insolites du Maître : le crâne de Voltaire enfant, une tasse à thé à anse à gauche fabriquée pour un empereur Ming gaucher, un aquarium à verre dépoli pour poissons timides, un vrai morceau de la fausse croix du Christ, les fameux confettis noirs pour veuves, une casserole carrée pour empêcher le lait de tourner, etc.

Enfin, elle est jumelée avec la République de Montmartre et est membre de la Fédération des Maisons d’Ecrivains et des Patrimoines Littéraires.

Par ailleurs, l’Association des Amis d’Alphonse Allais assure la promotion de jeunes humoristes qui exercent leur talent dans l’esprit de l’illustre auteur.

Coordonnées : Association sans but lucratif (loi 1901) Siège social : La Crémaillère – 15, place du Tertre – 75018 Paris

Résidence secondaire : Mairie dHonfleur (14600)

Président : Philippe Davis/ Tél. 06 85 91 87 83 / E-mail : phdavis@numericable.fr

Adresser la correspondance à Philippe Davis – 11, RUE DE LETANG 78150 Rocquencourt

Site internet : www.boiteallais.com

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L’Académie Alphonse Allais a été créée en 1954 à l’initiative de Henri Jeanson. Le premier académicien intronisé fut Eugène Ionesco.

Après délibérations d’un jury d’académiciens, les intronisations à l’Académie Alphonse Allais font l’objet d’une cérémonie officielle à Paris (en son siège de la place du Tertre) ou à Honfleur, ville natale d’Alphonse Allais.

Le collège des Académiciens s’enrichit ainsi chaque année de personnalités en vue, appartenant au monde des arts et de la culture : théâtre, cinéma, littérature, peinture et dessin, sculpture, mais aussi journalisme et chronique de presse écrite, télévisée et radiophonique.

 L’académie remet chaque année le Prix littéraire « Alphonse Allais ».