Archives de Tag: Académie française

Le mot du 9 janvier 2016

possiblement

            Cet adverbe ancien (le Trésor de la langue française du CNRS fait remonter son apparition aux Nouvelles Récréations et joyeux devis de feu Bonaventure Des Périers, valet de chambre de la royne de Navarre, de l’écrivain et humaniste Bonaventure des [ou : Des] Périers, en 1558) revient au goût du jour.  Il n’est pas rare, en effet, de le voir utiliser par un chroniqueur, par un politologue, par un philosophe… Cela laisse donc de l’espoir à nombre de termes tombés dans le cimetière des mots, chassés des dictionnaires pour laisser place à des mots « dans le vent » : possiblement a été jugé comme « vieux » dès l’édition… 1762 du Dictionnaire de l’Académie française.  Le cimetière des mots peut donc se muer parfois en un purgatoire permettant une résurrection !

            La signification comporte des nuances : « éventuellement », « peut-être », « vraisemblablement », « sans doute », ce qui peut être commode, utile, pour ceux qui emploient le terme… « On peut imaginer possiblement une baisse du chômage  à  partir  de 2020 » ;  «  C’est donc lui qui va devenir secrétaire général ?…  – Possiblement… » 

 

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La question du jour

« Pourquoi dit-on « pointure », et non pas « taille », pour les chaussures, entre autres ? »

            C’est parce que la « taille » des chaussures est exprimée traditionnellement en points, et non en centimètres. Une personne qui chausse du 43 n’a pas des pieds qui mesurent 43 centimètres…

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La citation du jour

            « Il a été décidé qu’on reparlerait, dès les petites classes, d’éducation civique, d’honnêteté, de courage, de refus du racisme et d’amour de la République. Il est dommage que l’école ne soit fréquentée que par les enfants. » (André Frossard.)

           

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Le mot du 22 janvier 2015

confettis

         Le carnaval de Dunkerque va commencer  –  ou bien a peut-être déjà commencé : sa présentation est tellement confuse sur les sites du département du Nord, des offices de tourisme, de la ville, dans les médias, etc., qu’une chatte n’y retrouverait pas ses petits !  Les premiers défilés des fameuses « bandes » sont-ils inclus, ou non, dans la durée officielle dudit carnaval, parfois dénommé « carnaval festival » (et avec toutes les variantes possibles de majuscules ou minuscules) ?…  Si oui, nous sommes d’ores et déjà entrés dans cette exceptionnelle manifestation populaire, qui doit s’étaler jusqu’à… fin mars !  Voire avril, d’après certains sites qui mentionnent encore des défilés liés au carnaval au cours de ce mois où l’on ne doit pas se découvrir d’un fil, selon le dicton.

            D’innombrables reportages, depuis des années, ont montré les cavalcades pédestres, les masques, les déguisements, les cliques, les travestissements, le lancer de harengs fumés sous film protecteur (et, aussi, d’un homard en plastique, à échanger contre un vrai) depuis le balcon de la mairie, de ce veglione (oui : un peu de vocabulaire, au passage = ce mot d’origine italienne désigne un carnaval, une fête masquée) nordiste.

            L’intrigue du film Karnaval, de Thomas Vincent (1999), avec l’excellente Sylvie Testud, s’inscrit dans une ville de Dunkerque en proie à la fièvre excitée du carnaval.

            Le lancer de confettis fait partie du folklore des carnavals… Confetti (sans s final) est le pluriel italien de confetto, qui vient du latin confectus, « préparé », et signifie « bonbon, sucrerie, dragée, confiserie ». Sans doute d’après la forme et les couleurs, en italien le mot a pris l’acception de « boulette de plâtre qu’on se lance lors des carnavals ». Au XIXe siècle, des rondelles de papier coloré ont remplacé les boulettes de plâtre, ce qui est tout de même moins dommageable pour les vêtements…

            Le terme a été francisé par l’accord en nombre, au pluriel : un confetti, des confettis.   Le  maintien du pluriel italien ne saurait se justifier que si l’on disait : « J’ai lancé un confetto sur ma voisine ! »… Pour un meilleur enseignement de notre langue, il est nécessaire de faire disparaître un maximum de singularités… dont les pluriels « exotiques ». On attribue au maréchal Foch (élu à l’Académie française), exaspéré par une discussion où des intervenants soutenaient le maintien  de  pluriels   étrangers  :  «  Bon, moi, je vais aller faire pipo sur les cacti ! » (la citation n’est pas au mot près).

Le mot du 13 janvier 2015

implacable

            Cet adjectif revient constamment dans la bouche de responsables comme dans les propos de Monsieur Tout-le-monde (on voit écrit, aussi : M. Tout-le-monde, Monsieur Tout-le-Monde…) : « il faut être implacable » avec tous ceux qui font l’apologie du terrorisme, envers tous ceux qui ne respectent pas la liberté d’expression, qui s’opposent par la violence à la liberté d’opinion…

            Le mot est noté, en français, à compter de la fin du XVe siècle, et figure dans le Dictionnaire de l’Académie française dès sa première édition (1694).  On y retrouve le préfixe à valeur négative im- (in-), puisque le mot vient du latin classique implacabilis, au même sens, antonyme de placabilis : « qui se laisse fléchir », « qu’on peut apaiser »  (du verbe placare, « apaiser, adoucir, calmer »).

            Le terme peut qualifier aussi bien une personne qu’un comportement ou une chose : un air implacable, des ennemis implacables, un implacable procureur, un soleil implacable, une implacable férocité, une maladie implacable…

            Si l’on souhaite varier le vocabulaire, on peut recourir en priorité, pour exprimer au mieux l’idée d’implacabilité, à : inflexible, impitoyable, intraitable. En fonction du contexte, il est possible d’employer d’autres termes, aux nuances variées et connotées diversement : sévère, dur, féroce, brutal, âpre, rigoureux, insensible, terrible, strict, rigide

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Dédicace – rencontre : samedi 17 janvier, à Nantes

    Grâce à la grande librairie nantaise Coiffard, et avec le concours  de l’Académie de Bretagne et des Pays de la Loire,  j’aurai le plaisir de présenter plusieurs de mes derniers livres, et avant tout Petits Soldats, héros de la Grande Guerre (éditions Contredires, groupe Trédaniel), dont le texte est associé à de nombreuses illustrations de l’artiste nantais Jean Bruneau. La vie et l’oeuvre de ce dernier, décédé depuis quelques années, seront évoquées par ses fils, qui parleront aussi du site consacré à Jean Bruneau.

          Cette rencontre portera donc  sur le vocabulaire (cf. le Petit Abécédaire de la Grande Guerre, éditions Le Courrier du livre)  et sur la vie des « poilus », et aussi sur le français, l’orthographe, le vocabulaire… et la Bretagne.

Samedi 17 janvier, à partir de 16 h 30,   passage Pommeraye, dans la salle de la billetterie du grand T.    

Le mot du 26 novembre 2014

intempéries

            Le mot qui revient peut-être le plus souvent dans les médias comme dans les conversations, ces jours-ci en France, est sans doute intempéries. Les conditions climatiques détestables qui frappent continûment le Languedoc-Roussillon et la Provence, la Côte d’Azur et aussi la Corse, frappent les esprits par leur violence et par leur récurrence… Non seulement les dégâts matériels sont énormes, mais il faut déplorer des morts.

            Les zélateurs du soleil et les adorateurs de la grosse chaleur vont peut-être finir par  se rendre compte que le réchauffement climatique constant coïncide avec la recrudescence des épisodes de catastrophes, qu’ils soient cévenols ou autres. Nombre d’experts… frileux, à la prudence de Sioux pusillanimes, qui depuis des années refusaient d’admettre l’existence du réchauffement (« il n’y a pas encore assez d’années d’études pour pouvoir affirmer l’existence de ce phénomène », etc.), prennent maintenant en marche le train des évidences. Et l’on va peut-être réfléchir sérieusement, maintenant, aux multiples aménagements à mettre en œuvre sans tarder pour éviter, ou limiter les conséquences – surtout pour les êtres vivants –, des prochains épisodes du dérèglement climatique. La lutte contre les effets ne devant pas occulter, bien sûr, la recherche des causes, de toutes les causes.

            Presque exclusivement cantonné à l’acception, au pluriel, de « mauvaises conditions climatiques », de « rigueurs du climat », intempérie désigna autrefois une « mauvaise constitution des humeurs du corps », et le Dictionnaire de l’Académie entérinait alors un exemple comme : « Cet homme est malade d’une intempérie d’entrailles ».

            Au sens figuré, le vocable eut la signification, assez courante, au XIXe siècle, de « dérèglement d’ordre psychique et moral » : « Ce serait parfait, s’il ne fallait pas compter avec les intempéries de sa cervelle » (Huysmans). Autre acception, aujourd’hui délaissée par les écrivains : « malheurs de la vie, épreuves, grands soucis… » (« À l’abri des intempéries de la vie, dans cette propice atmosphère de douceur ambiante », Proust). Rien ne s’oppose, naturellement, à la reprise de cette signification par des auteurs contemporains.