Archives de Tag: Alain Juppé

Le mot du 16 janvier 2016

La question du jour + la bourde du jour  + la citation du jour  + le proverbe du jour

 

La question du jour

            « Comment faut-il écrire : « Je veux le cent vingtième de la somme », ou bien : « Je veux le cent-vingtième de la somme » ? »

            On écrit : « Le cent vingtième coureur vient de franchir la ligne d’arrivée », de même que : « J’ai droit à la cent vingtième part du butin », parce que, dans ces deux exemples, cent vingtième est un adjectif.

            Mais, si on le substantive, deux cas se présentent : 1° ou bien le mot composé garde sa fonction ordinale, et il continue à ne pas prendre de trait d’union : « C’est le cent vingtième à répéter la même phrase ! » ; 2° ou bien il exprime une fraction, et dans ce cas seulement il prend un trait d’union : « J’exige le cent-vingtième des fonds ! ».  C’est donc ce 2° qui fournit la réponse à votre question.

 

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La bourde du jour

            Dénoncée entre autres par le Canard enchaîné, il s’agit d’une bévue de ponctuation qui a fait beaucoup parler ces tout derniers jours, parce qu’elle touche un point sensible de l’actualité… Sur la plaque déposée en hommage aux victimes des attentats terroristes de Paris, Montrouge et Saint-Denis, le texte gravé en majuscules se termine par : « Ici même le peuple de France leur rend hommage ». Faute de ponctuation, ce texte est ambigu, car on peut comprendre : « Ici, même le peuple de France leur rend hommage » (avec une virgule derrière ici ) ! La signification serait alors : « C’est extraordinaire ! Non seulement les dirigeants, les hommes politiques, les élites rendent hommage aux malheureuses victimes, mais le bon peuple, la « France d’en bas » disait M. Raffarin, s’y joint aussi… »

Pour exprimer au mieux les sentiments de la nation, il aurait fallu tout simplement mettre une virgule après ici même : « Ici même, le peuple de France leur rend hommage »… Une fois de plus (après la faute d’orthographe sur le nom de Wolinski dans le texte d’une plaque officielle), je signale à toutes les « élites » chargées de la signalétique en tous ses états, de la réalisation d’affiches, de panneaux, de plaques, etc., qu’il existe de vrais professionnels aguerris à la relecture et à la révision de tous textes, sur tous supports, et qui s’appellent des correcteurs. Si, entre autres, l’Administration, des organismes officiels, ou non, sont en peine de trouver ces « chasseurs de perles et pêcheurs de coquilles », ils peuvent me contacter.

L’ami Gérard Chevalier, lui-même correcteur, me signale une « hénaurmité » sortie par une personne à qui, justement, il expliquait en quoi consistait l’erreur de ponctuation ci-dessus évoquée : « Mais, monsieur, il n’y a pas de ponctuation dans les textes en majuscules ! ». Cette dame doit sans doute aussi être persuadée qu’il ne faut pas mettre d’accents sur les majuscules. Pour elle, peu importe qu’on écrive « PALAIS DES CONGRES » pour PALAIS DES CONGRÈS, « UN SOLDAT TUE » pour UN SOLDAT TUÉ, « ALAIN JUPPE » pour ALAIN JUPPÉ…

 

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La citation du jour

            « On ne comprend pas plus la vie à quarante ans qu’à vingt, mais on le sait, et on l’avoue. C’est ça, la jeunesse. » (Jules Renard.)

           

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Le proverbe du jour

            « Nous ne connaissons la valeur de l’eau que quand le puits est à sec. »

Le mot du 3 juillet 2014

sniper

 

            Les médias du jour ont recours au mot snipers pour désigner les avocats et les proches de Nicolas Sarkozy qui ont commencé à décocher non de simples flèches, mais un tir nourri d’accusations sur les deux juges d’instruction parisiennes qui ont mis en examen l’ancien chef de l’État pour « corruption active », « trafic d’influence » et « recel de violation du secret professionnel ».

            Mmes Patricia Simon et Claire Thépaut doivent, depuis quelques heures, faire face à une campagne violente, virulente. Surtout l’une d’entre elles, dont l’impartialité est mise en doute ouvertement par certains « porte-flingues » sarkozystes en raison de son appartenance à un syndicat de magistrats (ce qui est bien son droit)… M. Alain Juppé s’est montré très réservé sur ces attaques visant la magistrature. Au fil des jours, on devrait savoir si les snipers en question ont usé de la calomnie, si les juges ont commis ou non des erreurs de procédure, si les délits reprochés à l’ex-locataire de l’Élysée sont avérés ou non, etc.

            L’anglicisme sniper (prononcer : « snaïpeur » ; to snip, « couper »), très utilisé dans les commentaires portant sur les nombreux conflits qui endeuillent la planète : Irak, Ukraine, Syrie, Libye…, est presque constamment employé avec l’acception manifeste de « tireur d’élite ». Ce qui est une ânerie ! Quand une guerre civile, quand des affrontements communautaires, se déclenchent, les civils de tous âges se muant en tirailleurs ne sont pas équipés d’armes mortelles… dernier cri. Au début, en tout cas, les tromblons, les pétoires et les escopettes ne sont pas rares, maniés par des individus certes très motivés mais non entraînés. Ces hommes, voire ces femmes, aussi, vont se conduire en francs-tireurs, en tireurs embusqués, en tireurs isolés, en « canardiers »… mais sans devenir, par un coup de baguette magique, des tireurs d’élite faisant mouche à chaque fois. Et leur remettre de but en blanc des fusils perfectionnés ne modifiera pas beaucoup, s’il n’y a pas d’entraînement, la précision de leurs tirs…

           Dans l’armée, les tireurs d’élite, ou tireurs de précision, sont des militaires sélectionnés pour leurs capacités mais intégrés au sein d’unités d’infanterie, et pouvant mener, groupés en section par exemple, des opérations destinées à l’élimination d’ennemis par le tir à grande distance. On les appelle assez couramment snipers, mais, toujours au sein des armées, le terme de snipers est plutôt réservé à des tireurs d’élite envoyés à deux ou à trois, voire isolément, afin d’effectuer, comme tireurs embusqués (c’est l’équivalent en français, ici), comme combattants camouflés, des tirs d’élimination à longue distance visant à tuer des personnages importants de l’organisation ennemie (officiers, radios, estafettes…).

 

 

Le mot du 11 juin 2014

Triumvirat

          Le bureau politique de l’UMP a confirmé à l’unanimité, nous a-t-on dit, la désignation d’un triumvirat à la direction provisoire du mouvement jusqu’à novembre 2014, dans l’attente d’un nouveau président du parti. La nouveauté, sans doute résultat d’un compromis, est l’arrivée de M. Jean-Luc Chatel comme secrétaire général chargé d’administrer l’UMP « au nom et avec » ledit trio, composé de trois anciens Premiers ministres : MM. Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin et François Fillon.

          Terme remontant à l’histoire de Rome, triumvirat (du latin triumviratus, « commission de triumvirs ») a désigné la charge, la dignité, de triumvir, et aussi l’ensemble de trois triumvirs. Un triumvir (de trium, gén. de tres, « trois », et de vir, viri, « homme ») n’était pas forcément un individu tout-puissant se situant aux plus hauts échelons de Rome : c’était un magistrat inférieur au sein d’un collège composé de trois membres (probablement pour que, justement, aucun de ces trois personnages ne puisse devenir trop puissant…). En revanche, les triumvirs pouvaient être investis de pouvoirs exceptionnels pour administrer la branche qui leur était attribuée : voirie, surveillance de prisonniers, police nocturne, inventaire des domaines…

     Toujours dans l’histoire romaine, triumvirat a désigné particulièrement, cette fois, trois puissants personnages qui s’entendirent (peut-être pas tout à fait sincèrement, et provisoirement) pour se partager le pouvoir. Le premier triumvirat sortit de l’alliance de Pompée, Crassus et César… et se termina par la guerre civile après la mort de Crassus. César et Pompée, sans doute dès le début, souhaitaient chacun que le tiercé fût dans l’ordre, à leur profit. Ou, mieux, qu’il n’en restât qu’un !

            Le second triumvirat associe Octave, Antoine (ou Marc Antoine) et Lépide. Cela se terminera, pour Antoine, par la défaite d’Actium, et l’époux de Cléopâtre se suicidera. Ayant le champ libre, Octave se muera en Auguste, empereur tout-puissant.

            Dans l’histoire de la France, le terme est assez souvent utilisé pour désigner les trois hommes que l’on considère comme avoir dominé le Comité de salut public : Robespierre, Couthon et Saint-Just.

            Triumvirat sera assez souvent repris dans la langue pour désigner l’association de trois personnes détenant un pouvoir quelconque, exerçant une influence, etc. Le terme est parfois utilisé humoristiquement pour qualifier l’association de trios très divers : trois défauts, trois personnalités de milieux professionnels, trois notions, trois dirigeants syndicaux, trois chefs cuisiniers, trois sportifs… Pour cette raison, même quand le vocable est employé de façon neutre, et sérieusement, on ressent une notion qui ˗ et c’est injuste ˗ oscille entre le péjoratif et la moquerie narquoise. Ce ressenti s’applique également à troïka, mot russe qui, à l’origine, désigne un grand traîneau ou landau tiré par trois chevaux, et qui a été couramment repris pour parler d’une direction à trois (personnalités, institutions ou pays). Là encore, le terme est usité très souvent avec une intention sarcastique ou critique à l’égard de ces trios divers, à qui l’on reproche de tout décider arbitrairement et/ou de détenir trop de pouvoir(s).

            On ne peut pas, pour éviter cette connotation, utiliser, par référence à Alexandre Dumas, « les trois mousquetaires » (qui pourrait d’autant mieux aller qu’il y a ici aussi un… quatrième mousquetaire : ce secrétaire général qui est adjoint) : les trois politiciens chevronnés sont un peu plus près, étant donné leur âge, des trois « vieux de la vieille » (Noël-Noël, Jean Gabin et Pierre Fresnay) de Gilles Grangier, d’après René Fallet, que des fougueux bretteurs de M. de Tréville (ou… Troisville).

            Trio, utilisé pour désigner trois personnes, est, de même, employé très souvent avec une connotation familière, amusée, ou critique : « Ce trio de Pieds-Nickelés a complètement joué de travers et fait perdre à son équipe la demi-finale de la Coupe de France… ».