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Le mot du 2 décembre 2015

L’articulet « dico » du jour + le proverbe du jour + la citation du jour

Mercredi 2 décembre 2015

L’articulet « dico » du jour

fulgence   n. f.

            La singularité du prénom Fulgence a toujours attiré l’attention sur le nom du « père » du métro parisien, l’inspecteur général des Ponts et Chaussées Fulgence Bienvenüe (avec un tréma sur le u). Né à Uzel (alors Côtes-du-Nord) en 1852, Bienvenüe travaille avec Edmond Huet, à partir de 1895, sur le projet du futur métro de Paris. Les travaux commenceront à la fin de 1898. Bienvenüe, jugé irremplaçable, sera maintenu à son poste en dépit de son âge, et ne prendra sa retraite qu’à l’âge de quatre-vingts ans.

            C’est son patronyme, toujours avec le tréma, que l’on retrouve dans le nom de la station Montparnasse-Bienvenüe.

            Fulgence est, nous dit Albert Dauzat (Dictionnaire étymologique des noms de famille et prénoms de France, Larousse édit.), du nom de saint Fulgentius, évêque africain des Ve-VIe siècles.

            Mais fulgence est aussi un nom commun féminin signifiant « éclat ». On relève ce mot chez l’écrivain et critique d’art Remy de Gourmont (Sixtine, 1890).

 

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La citation du jour

            « Les hommes ont la volonté de rendre service…  jusqu’à ce qu’ils en aient le pouvoir. »  (Vauvenargues.)

 

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Le proverbe du jour

            « Qui donne ne doit jamais s’en souvenir ; qui reçoit ne doit jamais oublier. 

 

Rappel : dictée (« express ») de Boulogne-Billancourt, samedi 5 décembre, à 14 heures, dans le cadre du Salon du livre à l’Espace Landowski, à côté de la mairie (métro : Marcel-Sembat).

Par ailleurs, possibilité de faire des jeux-tests au stand, samedi et dimanche, les après-midi.

 

 

 

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Le mot du 27 août 2014

parapluie

            Tous les médias ont glosé sur l’image de M. François Hollande prononçant sur l’île de Sein, sous une pluie battante, un discours commémorant le 70e anniversaire de la Libération. Sans parler des humoristes qui ont repris la bonne vieille plaisanterie à propos du mois d’août en Bretagne – « En Bretagne, en août, il ne pleut qu’une fois : du 1er au 31 ! –, nombre de commentateurs, voire nombre de Français, ont évidemment associé les averses qui trempaient le chef de l’État à la tempête qui secouait le gouvernement. L’avenir dira si le mini-remaniement n’aura été qu’une tempête dans un verre d’eau ou s’il entraînera à plus ou moins longue échéance de nouvelles crises internes au PS.

            Les reportages, pourtant, ont montré que l’un des gardes du corps du président de la République était muni d’un parapluie… On est conduit à en déduire que le chef de l’État n’a pas souhaité faire appel à l’assistance d’un porteur d’… en-cas. Eh oui ! Ce mot composé que tout le monde, aujourd’hui, comprend au sens de « sandwich », de « repas léger, tout préparé », a désigné autrefois une ombrelle qui pouvait servir de parapluie ! On a même dit : « un en-tout-cas » !

           Le locataire de l’Élysée a-t-il estimé que la solennité de la cérémonie (ou sa propre dignité) serait entamée par le recours à un cerbère armé… d’un pépin ou d’un riflard ? Ou d’un insuffisant tom-pouce, bien fragile alors qu’il tombait des hallebardes ?! Les deux premiers termes viennent du théâtre, semble-t-il bien. Riflard est entré dans la langue par antonomase sur le nom d’un personnage d’une pièce à succès du prolifique romancier, auteur dramatique… et académicien Louis-Benoît Picard : la Petite Ville (1801). Le dénommé Riflard, dans cette comédie, ne se séparait jamais d’un énorme parapluie noir !

          Même explication pour pépin, si l’on en croit des linguistes comme Albert Dauzat  : dans le vaudeville « grivois, poissard et villageois » Romainville ou la Promenade du dimanche (1807), des sieurs Charles-Augustin de Bassompierre Sewrin et René-André-Polydore Alissan de Chazet, un dénommé Pépin se présentait toujours en scène armé d’un gigantesque parapluie noir.

      Entre autres sens, tom-pouce s’est implanté dans le vocabulaire pour désigner un petit parapluie de femme, pliable et à manche très court, pouvant être transporté dans un sac à main. Cette signification, de même que les autres acceptions (petit enfant, personne de très petite taille, nain, dahlia nain…) découle du nom de Tom Thumb, nain des contes anglo-saxons. Le fameux entrepreneur de spectacles Barnum exhiba dans son cirque, sous le nom de « General Tom Thumb » (traduit littéralement, en français, par « général Tom Pouce », sans trait d’union, généralement), le nain Charles Stratton (1838-1883), qui, dansant, chantant, jouant la comédie, acquit une notoriété mondiale. En 1845, ainsi, ce dernier obtint un grand succès, à Paris, au Théâtre du Vaudeville, dans une pièce de Dumanoir et Clairville : le Petit Poucet.

          Au sens de « personne de petite taille, nain », le mot s’est écrit parfois avec deux majuscules et un trait d’union, et des auteurs ont adopté au pluriel la graphie Tom-Pouces… Aujourd’hui, la graphie suivie est tom-pouce, et le mot est donné comme invariable.

         Rappelons que l’île de Sein, soit la commune d’Île-de-Sein, a été élevée au rang de compagnon de la Libération, est décorée de la croix de Guerre 1939-1945 et de la médaille de la Résistance. En 1940, accueillant quelque 400 des premiers Français arrivés à Londres pour continuer le combat, le général de Gaulle demande à chacun d’où il vient. Plus de 120 réponses sont identiques : « Je viens de l’île de Sein, mon général ». De Gaulle s’exclamera alors : « L’île de Sein est donc le quart de la France !? ». Répondant sans tarder à l’appel du 18-Juin, c’est en effet la quasi-totalité des Sénans hommes et adolescents qui s’embarquèrent pour Londres à bord de leurs bateaux. Le compositeur et interprète sénan Louis Capart a rendu hommage à son île natale dans une très belle chanson : Héritage sénan.