Archives de Tag: Alphonse Daudet

Le mot du 17 mars 2015

ostracisme

            Pour avoir dénoncé des injustices, des inégalités, des disparités croissantes entre citoyens d’un même pays, les privilèges exorbitants que s’auto-attribuent les membres d’une oligarchie bien en place, des journalistes, des écrivains et des philosophes se disent « ostracisés ».

            Il y a déjà un bon nombre d’années que, dans une de ses chansons à succès, le chanteur-compositeur Guy Béart affirmait que ceux qui disent la vérité doivent être « exécutés ». Bien entendu, il ne s’agissait pas d’un vœu ou d’un souhait, mais d’un constat réaliste et désabusé… L’exécution, très efficace, consiste généralement en une mise en quarantaine des « pestiférés » : aucune invitation au micro des radios, aucune présence sur les plateaux de télévision, grandes difficultés pour faire éditer ses ouvrages, etc. Et, si invitation il y a, c’est pour  se  retrouver  face  à  une  flopée  d’adversaires, animateurs-présentateurs « neutres » compris.

            Ostracisme    vient   du  grec   ostrakon,   « coquille »,   plus   précisément   « coquille d’huître », car c’est sur ce type de coquilles que les Athéniens, voire d’autres citoyens de diverses cités, gravaient leur vote quand il s’agissait de se prononcer sur le bannissement d’un des leurs. L’historien Jérôme Carcopino (Mélanges, 1910) estimait que l’ostracisme était « une pénalité propre au droit des Athéniens, une forme particulière d’exil qu’ils infligèrent sans autre raison à faire valoir que leur bon plaisir, par la simple émission sur ostraka d’un vote dont elle a tiré son nom ».

            L’ostracisme, justifié ou abusif, frappait de bannissement toute personne que rendait suspecte, menaçante, sa puissance. Ou son ambition. Cela revenait donc à éloigner d’Athènes, pour dix ans, des personnages considérés comme dangereux pour la cité-État… ou pour les intérêts de leurs rivaux. Il semble que la décennie de bannissement n’ait pas toujours été respectée et que les « exilés » (qui conservaient entre-temps, apparemment, la disposition de leurs biens) purent reprendre leur position de citoyen à part entière dès leur retour. Mais il s’agit là d’exceptions…

            Par ostracisme, on a donc désigné : l’action de bannir, de proscrire ; le parti pris d’exclusion à l’égard d’une personne ou d’un groupe ; la décision de rejeter des personnes ou un groupe, de les tenir à l’écart d’une collectivité, d’une société, des affaires d’un pays… ; l’attitude hostile d’une communauté, d’un groupe social, à l’égard d’une ou de plusieurs personnes : « En dix minutes le Nabab subit toutes les manifestations de ce terrible ostracisme du monde parisien » (Alphonse Daudet, le Nabab).

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La citation du jour :

            « Si l’on pouvait répandre le bon sens aussi vite et aussi bien que les sornettes, quelle grande réforme politique ce serait ! » (Winston Churchill.)

Rappel :  Premier concours de culture générale à Paris, le 11 avril, au lycée La Rochefoucauld (7e arr.). Deux catégories : juniors et seniors.

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Le mot du 31 juillet 2014

trompe-la-mort

          Aller-retour Paris-Leucate (Aude), plus précisément Port-Leucate, une des quatre composantes de cette vaste commune du Languedoc-Roussillon : à savoir la marina édifiée il y a quelques décennies… Cela, pour une première dictée organisée dans la région, et dédiée à l’étonnant aventurier et écrivain Henry de Monfreid (1879-1974), né « Henri », avec un « i », à la Franqui, autre entité de la commune. La médiathèque de Port-Leucate rend hommage à ce trompe-la-mort qui fut surnommé, au soir de sa longue vie, le « vieux pirate » ou le « sacré vieux corsaire ».

          Des photographies prises le plus souvent par Monfreid lui-même, dont des clichés stéréoscopiques, constituent de remarquables témoignages sur la corne de l’Afrique et la mer Rouge des années 1915-1940. Par ailleurs, des tableaux montrent que notre homme, tout comme son père, avait des dons artistiques… George (sans « s ») de Monfreid (1856-1929), né à New York d’une mère française et d’un père américain, et qui adopta ensuite le prénom de George-Daniel, ne fut pas, en effet, sans talent, tant dans les portraits que dans les paysages. Collectionneur d’art, mécène grâce à la fortune familiale, le père d’Henry de Monfreid fut proche des pointillistes, puis des nabis, et devint un grand ami de Gauguin.

          Trafiquant d’armes, de perles et de hachisch, contrebandier, espion, le fluet Henry de Monfreid ne supportait pas le cocon petit-bourgeois que la fortune familiale eût pu lui assurer. Il l’explique ainsi dans une lettre à sa femme, en 1914 : « [C’est] évidemment émaillé de vagues risques, mais c’est diablement passionnant et cette existence d’imprévus est absolument indispensable à ma raison de vivre ». Les « vagues risques » sont, il va de soi, une belle litote !

      Il est proprement ahurissant, « bouleversifiant », comme aurait dit le producteur de cinéma Daniel Toscan du Plantier, que cet aventurier sans armée, certes très musclé mais à la carrure bien peu imposante, ait pu vivre quasiment un siècle alors que tous les jours, pendant des décennies, il risqua sa vie, face au vent mauvais, face à une mer peu amicale, face à de nombreux concurrents ou ennemis… La lecture de ses très nombreux et passionnants ouvrages montre à combien de dangers mortels Monfreid échappa. Le terme de trompe-la-mort (mot composé invariable, puisqu’il est issu d’une phrase : « qui trompe la mort » ; donc : des trompe-la-mort) lui est par conséquent tout à fait adapté !

          Le mot s’applique à une personne très âgée, que la mort semble oublier ; ou bien à une personne qui échappe à de multiples grands dangers ou qui réchappe d’une grave maladie. Le terme est assez souvent employé avec une connotation plaisante, humoristique ! Alphonse Daudet est l’un des premiers écrivains à l’avoir employé, dans le Petit Chose.

          … Nouveau déplacement, les 2-3 août, pour répondre à l’aimable invitation des organisateurs du très vivant Salon du livre de Kercabellec (Mesquer-Quimiac), en presqu’île guérandaise (Loire-Atlantique), qui nous ont fait l’honneur de nous demander de présider l’édition 2014.