Archives de Tag: Assemblée nationale

Le mot du 21 juillet 2015

chroniques du 21 juillet 2015

La question du jour :

            « Faut-il mettre une majuscule à hémicycle quand on fait allusion à l’Assemblée nationale ?… »

 

            Oui, car le mot est alors un surnom, donc un nom propre. Cas comparables : «  Botte » pour l’Italie,  « Hexagone » pour la France…  Dans l’Hémicycle,  jeudi, les députés ont échangé des noms d’oiseaux.

 

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La bourde du jour :

            Certain(e)s journalistes jettent, hélas, le discrédit sur la profession, qui devrait être un des plus beaux métiers du monde, consistant à dire avec courage et honnêteté ce qui est, à informer avec rigueur et équité, à expliquer et instruire, et aussi à distraire intelligemment.

            Les lacunes de vocabulaire et de culture, l’absence de vérifications, conduisent quelques-un(e)s à des approximations, à des à-peu-près qui désinforment les lecteurs, les auditeurs ou les téléspectateurs…

            Pour une journaliste d’une chaîne nationale dédiée aux régions, un sémaphore serait un… « camp militaire » !  Avec combien de régiments, de bataillons installés dans des baraquements ou des tentes, de champs de manœuvre… ?  Non, un sémaphore est, dans le contexte en question, un poste de signalisation et de surveillance de faible superficie installé sur la côte, et tenu par quelques hommes. Leur rôle est de signaler la présence dans cette zone de bateaux ou individus suspects, de veiller à la régulation du trafic maritime et de la pêche, et aussi d’alerter les secours quand ils aperçoivent en mer des bateaux et des personnes en danger. Il est alors en principe plus facile pour des terroristes de s’attaquer à de tels petits détachements plutôt qu’à un camp. D’où l’obligation de renforcer particulièrement la sécurité des guetteurs sémaphoriques de la marine nationale.

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Le mot du 28 octobre 2014

dissolution

          Prenant sans nul doute leurs désirs pour des réalités, des adversaires du président de la République et – ou – du gouvernement laissent entendre qu’une dissolution de l’Assemblée nationale interviendrait bientôt. Ils expriment là, en fait, plus un souhait qu’une conviction : on voit mal M. Hollande précipiter sa majorité dans le désastre, dans la débâcle ! Des politologues, des journalistes politiques, vont jusqu’à prédire que le Parti socialiste y perdrait neuf députés sur dix…

          Les députés dits « frondeurs » en sont bien conscients, qui savent jusqu’où ils peuvent aller, en se résignant à avaler des couleuvres.

          De dissolution à dissoudre, il n’y a évidemment qu’un pas. Je rappelle que ce verbe se conjugue comme absoudre. Il faut donc dire : « J’attends que ce comprimé se dissolve », et non « se dissoude », bien que Scarron ait employé ce subjonctif présent incorrect, et que Victor Hugo en ait fait autant – pour la rime avec coude – dans son poème Dieu (« Au seuil du gouffre ») : « Jusqu’à ce qu’il s’en aille en cendre1 et se dissoude ».

          À la 3e personne du singulier du présent de l’indicatif, la lettre finale est un t, et non un « d » : il/elle se dissout. Notez, aussi, le s final du participe passé, dissous, bien que son féminin soit : dissoute.

          … Il serait plaisant qu’un jour une Assemblée soit dissoute pour avoir été dissolue (dévergondée, dépravée, débauchée) !  ☺

 1. Oui : cendre, au singulier.

Le mot du 8 septembre 2014

Palais-Bourbon

            Rentrée parlementaire demain, à l’Assemblée nationale, pour une courte session supplémentaire (jusqu’au 19), une session de « rattrapage » qui doit permettre aux élus d’examiner et de voter (en principe) des textes laissés en souffrance à la fin de juillet. Le premier texte que les députés étudieront mardi 9 est la « loi sur le vieillissement », qui, même compte tenu du climat politique surchauffé, devrait sinon faire l’unanimité, du moins recueillir un assentiment assez large.

      Pour la première fois au sein de ces chroniques, il sera question d’orthotypographie, c’est-à-dire de cette composante de l’orthographe d’usage qui porte sur l’emploi raisonné, logique, des majuscules, des traits d’union, du caractère italique, des guillemets, etc. En appliquant des règles fondées sur des décennies d’usage, des règles dont chaque francophone devrait connaître l’essentiel. La plupart des familiers du présent site savent sans doute que je rédige dans chaque numéro de Défense de la langue française une chronique détaillée consacrée aux règles orthotypographiques..

          Assemblée nationale s’écrit avec une majuscule au substantif parce qu’il s’agit d’une assemblée unique à l’échelon du pays, et avec une minuscule à l’adjectif parce que celui-ci vient derrière le nom. Pour la même raison, on écrit : le Conseil constitutionnel, l’Académie française, les Années folles, « les Temps modernes », « les Précieuses ridicules », la Ville éternelle, la Ville rose…

       Les surnoms étant des noms propres, la majuscule à Hémicycle est obligatoire : « L’Hémicycle se remplissait peu à peu, et seuls quelques députés s’étant attardés à la buvette se hâtaient encore vers leur siège ». Comme on s’en doute, ce surnom est dû à la forme demi-circulaire de l’amphithéâtre de l’Assemblée nationale.

            Autre façon de dénommer l’Assemblée nationale : le Palais-Bourbon, avec une graphie entérinée par l’usage (deux majuscules et un trait d’union). Ce palais fut construit, au début du XVIIIe siècle, de 1722 à 1728, pour la duchesse Louise Françoise de Bourbon, fille légitimée de Louis XIV et de Mme de Montespan. Ce dut donc un « palais de Bourbon », un palais appartenant à la famille de Bourbon… Il n’y avait aucune raison de mettre de majuscule à palais. Puis le de a disparu, et, comme souvent lorsqu’il y a disparition d’un mot de liaison, a été remplacé par un trait d’union. La graphie « palais-Bourbon » n’étant pas jugée régulière, c’est Palais-Bourbon qui s’est imposé.

Le mot du 6 septembre 2014

dissolution

          La situation socioéconomique et politique, en France, suscite chez les Français – nul besoin de sondages plus ou moins orientés de par la rédaction des questions, ou manipulés par tels ou tels médias, pour s’en rendre compte – soit l’apathie, le découragement et le désespoir, soit la colère, voire la haine. Ces sentiments, sauf chez des militants très convaincus de différents partis et mouvements, s’expriment partout : dans la rue, chez les commerçants, sur les lieux de travail…, et englobent la quasi-totalité des hommes et des femmes politiques. Car si l’on semble arriver à l’acmé du désamour entre la population et les professionnels de la politique ce divorce ne date pas seulement des deux-trois dernières années. Tout observateur neutre et attentif arrive certainement à ce constat.

         Sur les causes, les motifs, les explications, les raisons, etc., de cette situation, chacun(e) doit avoir ses idées, son sentiment, ses convictions… Il n’est pas question d’entrer dans ce débat : les « mots du jour » sont des chroniques neutres qui s’attachent à noter, à mettre en évidence, les mots et expressions que l’actualité impose. Et l’un des mots qui reviennent le plus souvent dans les écrits et dans les propos ces jours-ci est : dissolution. Il faut entendre : « dissolution de l’Assemblée nationale », et retour aux urnes des électeurs.

            En une acception rare et abandonnée, dissolution a désigné la mort (« Ses derniers moments ont été exempts de ces souffrances qui accompagnent si souvent notre dissolution », Mérimée). Ou « seulement » un affaiblissement marqué, voire l’anéantissement, des forces physiques ou des facultés d’une personne (« la plus horrible de ces souffrances sans danger est une dissolution complète de la volonté », Balzac). Ces significations de dissolution, comme les nombreuses autres acceptions, découlent du latin dissolutio, « séparation, destruction, disparition, désagrégation ».

            En droit civil, on a les dissolution de société, dissolution de mariage, dissolution de communauté. En droit constitutionnel, nous avons notre « mot du jour » : la dissolution par laquelle l’autorité met fin, avant le terme légal, au mandat d’une assemblée délibérante. Cette procédure, quand elle vise une Assemblée nationale, est généralement soumise, dans un grand nombre de pays, à des règles strictes définies par la Constitution. Parfois au point de bloquer le système, quand le droit de dissolution ne peut jouer sans l’assentiment des parlementaires… peu désireux de renoncer à leur siège et à ses avantages.

       Si une dissolution aboutit le plus souvent à une séparation, à une désagrégation, il est un cas où le mot désigne quelque chose qui répare, qui permet de ressouder ! Quel cycliste ou cyclotouriste de naguère n’a jamais eu recours à la bonne vieille dissolution à la très forte odeur (solution sursaturée de caoutchouc dans le benzène ou le sulfure de carbone), qui permettait, par collage, de réparer les pneus et les chambres à air !