Archives de Tag: Australie

Le mot du 11 août 2015

médaille

 

     Après quelques journées de chauvinisme quelque peu exalté, de commentaires pleins d’un enthousiasme  sympathique ou par trop entaché d’enflure, un certain nombre de médias reviennent à plus de mesure, de sobriété, de justesse, au sujet du nombre des médailles remportées par les nageurs français aux championnats du monde qui viennent de se dérouler à Kazan, en Russie.

            La France est revenue avec 6 médailles sur les quelque 120 distribuées. Les États-Unis en ont remporté 23, l’Australie 16, la Chine 13, la Grande-Bretagne et la Hongrie 9, la Suède 6 aussi, l’Italie 5, et une demi-douzaine de pays 4 médailles chacun…

            Versant tout à coup, à l’inverse, dans le pessimisme, certains mettent alors en évidence que les nageuses françaises sont revenues bredouilles et que les médailles masculines sont dues aux mêmes athlètes, qu’il n’y a pas de relève à l’horizon, etc. Ils ne voient plus, ces commentateurs, que les… revers des médailles !

            Médaille est issu de l’italien medaglia, qui a désigné une petite monnaie ancienne d’une valeur d’un demi-denier, qui fut en usage dans les États pontificaux, dans le nord de l’Italie, à Malte… En français, le terme est donc apparu, à la fin du XVe siècle, pour dénommer une pièce d’or circulant en Italie et au Levant. Puis le mot désignera une pièce de métal précieux attribuée en récompense de services, de certains mérites, et aussi une plaque de métal décernée aux membres de certaines professions (médaille de garde champêtre).

            De nos jours, on ne traite plus de « vieille médaille » une femme âgée, mais médaille en chocolat se dit toujours pour parler d’une récompense de peu de valeur…

*****

La bourde du jour

            Personne n’est omniscient, je l’ai dit très souvent…  Toutefois, quand on est journaliste, la réflexion et le bon sens devraient inciter au doute, à la méfiance, et permettre d’éviter de dire ou d’écrire de grosses bêtises. Une journaliste de France 3 Bretagne aurait, ainsi, pu ne pas… désinformer les téléspectateurs,  les  induire  en  erreur.   En  effet, affirmer que La Fayette avait « commandé » l’Hermione est une énormité : le marquis n’a été qu’un passager de la fameuse frégate, car jamais il n’a été marin, jamais il n’a suivi de formation militaire dans le domaine de la navigation…

            Celui qui a testé l’Hermione, puis l’a commandé, emmenant La Fayette en Amérique, est évidemment un marin, lui, qui sera sans doute le plus grand marin du Consulat et finira vice-amiral : Latouche-Tréville (Rochefort, 1745 – mort à bord du Bucentaure, 1804).

*****

L’articulet « dico » du jour

durer   verbe intransitif

Le participe passé de durer reste toujours invariable : les travaux ont duré trois ans ; les deux semaines qu’ont duré les assises. Le complément n’est pas un complément d’objet direct, mais un complément circonstanciel de temps, qui n’implique pas l’accord.  Il ne peut pas y avoir de réponse aux questions « a duré quoi ? » ou « a duré qui ? ».

Ne pas se laisser influencer par endurer, verbe transitif, lui, qui peut avoir des compléments d’objet directs : les souffrances qu’il a endurées.

 

 

Publicités

Le mot du 21 février 2015

biture express

            « Aimer est le grand point, qu’importe la maîtresse  / Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse »…  Alfred de Musset  ne pensait certainement pas, lorsqu’il écrivit ces vers, que des abrutis prendraient le dernier vers pour précepte de vie, en portant à l’excès la quête de ladite ivresse…

            Plusieurs faits-divers, ces derniers jours, ont montré combien l’ingestion massive  de boissons alcoolisées consommées en groupe conduisait non pas à une euphorie plaisante, mais à une extrême agressivité se traduisant par l’atteinte aux personnes et aux biens, publics et privés.

           Copiant le lamentable  binge drinking qui s’est répandu dans les pays anglo-saxons –  États-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande, Grande-Bretagne… –, des Français, notamment des jeunes, s’adonnent à la « biture express », à l’ « alcool-défonce ». Ce passe-temps très intelligent consiste donc à s’enivrer le plus rapidement possible, pour arriver dans un minimum de temps à l’ivresse et à la perte de contrôle.

      En anglais, on parle de  binge drinkers. En français, l’équivalent serait quelque chose comme « alcoolos boulimiques ». Le terme  de biturin, qui était très usité dans le milieu de l’imprimerie et de la presse, ne convient pas : la terminaison est presque hypocoristique, affectueuse (comme pour le gérontin inventé naguère par des médecins pour désigner des personnes âgées). On l’employait, d’ailleurs, avec une connotation amusée, humoristique, sans ferme réprobation.

            Là, il s’agit de beuveries méprisables, de « sessions picoles », où se mêlent bières fortes, alcools et prémix (mélanges d’une boisson non alcoolisée et d’alcool, où l’alcool l’emporte souvent nettement). La triste « rue de la soif », à Rennes, montre chaque soir le répugnant spectacle des jeunes dipsomanes pour qui les « drinking teufs » représentent le nec plus ultra de la convivialité et de l’amusement. Il y aurait sans doute, sans avoir à chercher beaucoup, d’autres moyens de se distraire, de s’occuper, de se rendre utile aux autres, ce qui n’interdit pas de consommer raisonnablement entre amis, entre copains, des boissons moins nocives pour soi-même et pour les autres.

            Le terme familier biture, « cuite, beurrée, ivresse », met dans l’embarras les lexicologues. Le rapprochement, qui pourtant semble s’imposer, avec boiture, « débauche de boisson », n’est pas unanimement avalisé. L’association avec le biture des marins – la partie de la chaîne qui file avec l’ancre  lors du mouillage dans un port –  est plaisante, et peut-être justifiée. Qui dit arrivée dans un port dit descente des marins à terre, partant en bordée dans les bars et tripots, etc., pour des ripailles et des beuveries…