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Le mot du 1er octobre 2014

maestro

            Le vingt-cinquième anniversaire de sa disparition, en 1989, permet aux médias de célébrer la mémoire de Herbert von Karajan. Idole de très nombreux mélomanes, le mythique chef de l’Orchestre philharmonique de Berlin – ensemble prestigieux connu également sous le nom absolu de « la Philharmonie » – est pour beaucoup l’incarnation du chef d’orchestre, du maestro…   Avec son caractère bien trempé, Karajan était « l’homme qu’il fallait à la place qu’il fallait » pour diriger des musiciens de grande classe aux personnalités bien affirmées, voire non dénués d’égocentrisme.

            Bien sûr, il serait ridicule et injuste de ne considérer comme maestro que le seul Karajan… En 1817, Stendahl, grand connaisseur de l’Italie, emploie ce mot, un vocable couramment utilisé en italien, depuis le XVIe siècle, au sens de « compositeur de musique ». et signifiant proprement, littéralement, « maître ». La connotation usuelle est celle du respect.

            Parfois, l’emploi du terme se teinte quelque peu d’ironie, comme le note Saint-Saëns dans Harmonie et mélodie : « Livré à lui-même, le maestro Offenbach, comme on l’appelait avec une emphase un peu ironique, suivit le penchant naturel de son esprit ». Le mot peut d’ailleurs répondre à la… gamme étendue du persiflage, l’ironie, comme on le sait, allant de la moquerie légère au sarcasme mordant.

            Balzac a commis un involontaire calembour en écrivant dans sa correspondance : « Je connais Berlioz, Liszt, et j’ai pour ami depuis longtemps le grand maestro Rossini, puis Auber, enfin tous ceux qui sont à la tête de l’art ». Eh bien, comme « tête de lard », le volcanique, l’irascible, et très exigeant professionnellement, maestro Arturo Toscanini se posait là !

            Peu à peu, en français, maestro va être délaissé à propos des compositeurs, pour être réservé à des chefs d’orchestre de talent. Et c’est maître que l’on adoptera plus couramment à propos des compositeurs.

            Maestro est lexicalisé depuis de nombreuses décennies. Il n’y a donc plus lieu de guillemeter ce terme, ni de le mettre en italique… sauf s’il s’agit de contester par les guillemets la qualité et les compétences des individus concernés, ou d’exprimer l’ironie par l’italique. (Dans ces chroniques, le caractère italique est employé, comme c’est la norme dans tous les textes, pour faire ressortir les mots autonymes, c’est-à-dire les termes cités en tant qu’exemples.) Mettre une majuscule initiale est ambigu : vrai respect ou brocard ?…

            Maestro ne comporte pas de tréma sur le e, et le pluriel est maestros. Le chanteur belge Stromae, de son vrai nom Paul Van Haver, a tout simplement adopté comme nom de scène le contrepet, le verlan, de maestro !

            Remarques complémentaires :

  • Les von allemands s’écrivent sans majuscule, contrairement aux Van flamands (chez lesquels il y a des exceptions, notamment le cas particulier d’un certain Ludwig van Beethoven, compositeur… allemand).
  • Une faute d’orthographe hélas usuelle quoique illogique consiste à écrire : « philarmonie » (et « philarmonique »), alors qu’il faut bien évidemment un second h, derrière le : philharmonie, philharmonique, puisque l’étymologie est « qui aime, qui est amateur » (phil-) + « son, musique, HARMONIE».
  • Nom commun, orchestre devient un nom propre à majuscule dans la dénomination particulière d’un ensemble hors du commun dont le nom est devenu une véritable raison sociale, d’où : l’Orchestre philharmonique de Berlin.

                

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