Archives de Tag: bible

Le mot du 5 janvier 2015

bouc émissaire

            Mercredi 7, Canal+ doit diffuser un film de Nicolas Bary : Au bonheur des ogres (2013), tiré du premier roman de la saga Malaussène de Daniel Pennac. L’aîné de la fratrie, Benjamin Malaussène, y exerce le très curieux métier de… bouc émissaire dans un grand magasin parisien. Ma consœur  Cécile Mury dépeint plaisamment dans Télérama en quoi consiste cette profession peu ordinaire : « […] le gaillard est payé pour se faire engueuler. Car, une fois défoulés, les clients mécontents renoncent, généralement, à engager des poursuites. »

            En ancien français, on eut, sans doute à partir du gaulois bucco, les formes buc, boc et bou pour désigner le mâle de la chèvre, avant que d’arriver à bouc, attesté dès le XIIe siècle.

            Très tôt, bouc a pris au sens figuré des acceptions à caractère péjoratif, qu’il s’agisse de désigner un mari trompé, un individu à l’hygiène corporelle laissant à désirer (cf. puer comme un bouc), un homme impudique porté à la recherche incessante des satisfactions sexuelles… On trouve parfois, chez certains écrivains, et en argot, la graphie bouc pour book (apocope pour bookmaker, « preneur de paris, pour les courses hippiques principalement »).

            La notion de bouc émissaire, au sens propre, apparaît dans le Lévitique (XVI) : lors de la fête de l’Expiation – le Yom Kippour –, le grand prêtre  recevait deux boucs ; le premier était sacrifié, au nom du péché, à Yahvé, dieu d’Israël, tandis que le second, censé porté tous les péchés et les impuretés du peuple d’Israël, était chassé dans le désert. Là, Azazel, démon des terres désertiques, donc stériles et maudites, s’en emparait, et le bouc ne revenait jamais du désert. On peut penser que, même sans intervention de ce satanique personnage, le quadrupède sacrifié mourait de faim et de soif…

            Émissaire est la traduction de (caper) emissarius, expression latine elle-même issue du grec, et qui, dans la Vulgate – la version latine de la Bible due à saint Jérôme –, veut dire : « qui écarte (les fléaux) ». À l’origine se trouve un mot hébreu signifiant « sacrifié à Azazel ».

            L’expression bouc émissaire a été, et est toujours, très souvent utilisée au sujet d’une personne (ou d’un groupe de personnes, d’une collectivité, d’une communauté, d’un peuple) sur qui l’on fait retomber les fautes, les délits, ou les crimes commis par d’autres. Le bouc émissaire peut être totalement innocent comme il peut être complice ou coupable d’une partie des faits qui lui sont imputés. Dans le second cas, on parle, très souvent également, de fusible. Un secrétaire général, un vice-président, un trésorier… sont, ainsi, fréquemment sacrifiés – ou acceptent, dès le départ, d’être éventuellement sacrifiés – afin de sauver le poste, l’emploi, la fonction, l’honneur, d’un président de société, d’un leader de parti politique, d’un responsable d’association, etc.

            Mais le « fusible », parfois, refuse de sauter !  Le bouc émissaire, refusant de devenir chèvre, n’accepte pas qu’on le fasse tourner en bourrique en le prenant pour un âne ou pour une oie. Ne voulant pas être le dindon de la farce, le bouc se mue en tigre et sort ses griffes… et ses dossiers très confidentiels.  

 

*****

Information : La Mairie du VIIe arrondissement a décidé de mettre fin au Salon de l’écriture qui se déroulait en novembre en ses locaux… mais en conservant la dictée, dans le cadre d’un « Salon du livre », dont la première édition est fixée au mercredi 11 février après-midi, à partir de 14 heures. On m’a demandé d’apporter des idées pour le contenu de ce Salon : c’est fait, et ce contenu est quasiment établi à ce jour. Le programme des différentes animations (certaines s’adressant particulièrement aux jeunes) qui se dérouleront dans plusieurs salles sera communiqué assez rapidement.

            Quoique prévue pour avoir lieu dans la plus grande des salles, la dictée ne pourra sans doute pas accueillir plus de 70 à 80 participants (la capacité de la salle est en cours de vérification : tout sera fait pour accueillir un maximum de personnes). J’invite donc les personnes intéressées à s’inscrire dès à présent auprès de moi.

N.B. : la dictée de ce Salon du livre du VIIe arrondissement ne remplace pas (elle s’y ajoute !) l’autre dictée du VIIe, traditionnellement organisée en avril ou mai, avec l’ordre des Palmes académiques et l’UCIAP, au lycée et collège La Rochefoucauld.

Majuscule / minuscule

Bible (la) / bible (une)

                Quelles que soient les convictions de chacun, s’agissant du domaine des religions, des usages orthotypographiques se sont imposés au fil du temps, usages que tout le monde, quasiment, respecte. Tout d’abord, les noms français ou francisés des livres sacrés des religions monothéistes restent ˗ exception à la règle générale ! ˗ en caractère romain et sans mise entre guillemets : la Bible, le Coran, la Torah ; une traduction controversée de la Bible, jurer sur la Bible, la sainte Bible…

            Les titres des versions, des recueils et des livres se composent, de même, en romain sans guillemets : l’Ancien Testament, le Nouveau Testament, la Genèse, le Deutéronome, la Septante, la Vulgate, les Proverbes, l’Évangile selon saint Marc, la Nouvelle Alliance… « Dans sa seconde Épitre aux Corinthiens, saint Paul leur apporte le salut des Églises d’Asie… »

            Les emplois génériques ne méritent pas de majuscules. On doit donc écrire : les livres sapientiaux, les livres prophétiques, les épitres bibliques, etc.

            « Le pasteur mit la bible sous son bras » : quand le mot désigne explicitement un objet, c’est-à-dire le livre, un volume, il perd, en quelque sorte, son caractère sacré et devient un terme profane. Dès lors, il n’a plus droit à la majuscule (des bibles reliées en maroquin rouge ; « Il a calé la table de la cuisine avec une vieille bible »). Cette distinction mentionnée dans la quasi-totalité des dictionnaires généraux de référence et dans les « dictionnaires de difficultés » doit donc amener un auteur rigoureux ou un correcteur scrupuleux à écrire : « Il passait de longues heures plongé dans sa bible » et : « Il passait de longues heures plongé dans la Bible ». Idem : « Dans le tiroir de chaque table de chevet des chambres de cet hôtel se trouve une bible » et : « Dans le tiroir de chaque table de chevet des chambres de cet hôtel se trouve la Bible » ; « Je me suis acheté une bible » et : « Je me suis acheté la Bible »…

            Toutefois, estimant qu’en certains cas la distinction est bien ténue, donc contestable, des lexicographes tolèrent ou préconisent le maintien de la capitale : « Cette bible (ou Bible) de 1880 a été composée en garamond corps 8 » ; « Avec les années, cette bible (ou Bible) a pris quelques roussissures… ».

            Le mot bible est un nom commun lorsqu’il est employé au sens d’ « ouvrage faisant autorité » : « Sa bible, c’est le Littré ! ». Puisque c’est alors un nom commun, l’accord au pluriel s’impose : « Elle a deux bibles pour le jardinage : L’Encyclopédie des harmonies végétales et Un jardin pour les quatre saisons ».

            Mais, quand c’est l’idée de comparaison avec le livre fondamental qui domine, la majuscule doit être observée : « Quel auteur osera se lancer dans la rédaction de la Bible impartiale de la Révolution et de l’Empire !? ».

            Dans papier bible, bible est un substantif mis en apposition, ou, comme on veut, un nom devenu un adjectif. Ce terme s’écrit donc sans majuscule, et reste invariable, parce qu’il s’agit d’une tournure elliptique pour dire « papier résistant et opaque quoique d’une faible épaisseur, et particulièrement employé pour l’impression de livres qui, telle UNE bible (ou : LA Bible), doivent comporter beaucoup de pages sous un petit volume » : des papiers bible.

            Dans l’argot des voleurs de la Belle Époque, le mot bible a été utilisé, le plus souvent au pluriel semble-t-il, pour désigner des papiers de peu de valeur pour le pickpocket qui s’est emparé d’un portefeuille, et qui s’exclame… incrédule : « Pas le moindre biffeton ! Que des bibles !… »