Archives de Tag: Byzance

Le mot du 4 octobre 2016 (6)

Le surnom du jour

 

Constantin Copronyme

 

Constantin V (718-775, empereur byzantin de 741 à sa mort) fut principalement surnommé « Copronyme » d’après l’anecdote suivante (contestée par certains) : lors de son baptême, il aurait… déféqué dans les fonts baptismaux,  répandant une odeur pestilentielle  qui aurait provoqué des malaises dans l’assistance. Le patriarche Germain Ier, qui présidait le baptême, voyant là un funeste présage, se serait exclamé : « Cet enfant remplira l’Église de sa puanteur ! ».

Les événements qui pourraient justifier la prophétie du patriarche sont le fait que Constantin se soit marié trois fois, ce qui était formellement interdit (il n’avait droit qu’à deux fois !) et les affrontements au sein de l’Église (hostilité d’une partie du milieu monastique).

Littéralement, Copronyme, qui vient du grec ancien, signifie… « au nom d’excrément », « dont le nom est de merde ».

 

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Le mot du 17 juillet 2014

charrue

          L’extraordinaire festival des Vieilles Charrues, créé en 1992, tient sa 23e édition à Carhaix-Plouguer (centre du Finistère) de ce 17 juillet au 20 juillet inclus… En termes de fréquentation, c’est maintenant le plus grand festival de musique de France, accueillant en moyenne plus de 250 000 spectateurs enthousiastes, attirés par l’esprit festif, convivial, conféré par des organisateurs s’appuyant sur environ 5 000 bénévoles.

            Les amateurs de chansons, de musique rock, de pop, de rap, d’électro, de musique celtique, de trip hop… y trouvent leur compte grâce à une programmation éclectique !

       Organisé en plein cœur de la Bretagne, ce festival est volontairement présenté comme un événement populaire, implanté dans le pays profond, dans les champs, dans la prairie. Le choix du nom de « Vieilles Charrues » affiche clairement cette démarche.

           Chacun le sait : une charrue est un instrument de travail agricole, à traction animale ou mécanique, et servant à labourer. Le mot comporte deux r, comme la quasi-totalité des termes de la famille de char (exception : chariot, un seul r), et a eu aussi, comme signification, autrefois, celle de « surface [variable…] pouvant être labourée en un an par une charrue ».

         Tirer la charrue, locution démodée, s’est dit pour exprimer le fait d’effectuer un travail pénible. En revanche, mettre la charrue devant (avant) les bœufs est toujours couramment employée, au sens de « ne pas faire les choses logiquement », « ne pas faire les choses dans l’ordre ». L’Administration, les gouvernants, entre autres, contribuent grandement à la pérennité de l’expression !

       Des débats byzantins, des querelles picrocholines (cf. Rabelais), ont opposé – et continuent d’opposer – les tenants de « devant les bœufs » aux partisans de « avant les bœufs »… Est-ce que faire remarquer que, normalement, devant s’oppose à derrière alors qu’avant s’oppose à après permet de prôner une des deux tournures, permet d’affirmer que l’une d’entre elles, seule, est licite ?… En principe oui, aux yeux des grammairiens et des linguistes « classiques », qui soutiennent que devant donne une priorité dans l’espace, tandis qu’avant se rapporte à une priorité dans le temps. Cette différenciation sémantique n’est plus respectée par un certain nombre de « dictionnaires de difficultés » contemporains, voire de dictionnaires tout court, qui admettent à égalité les deux formes…

          Selon nous, mettre la charrue devant les bœufs reste à préférer, pour la raison exposée ci-dessus.

          Bernard Pivot s’est opposé naguère à des « réformateurs » qui voulaient corriger éléphant en « éléfant », leur déclarant qu’avec les lettres ph il « voyait » les deux grandes oreilles de l’animal. Eh bien, avec devant je « vois » le lien entre les bœufs et la charrue, je « vois » l’attelage ; avec avant, les bovins se présentent plus tôt que la charrue dans le champ de vision, mais sans qu’il y ait attèlement, association, équipage soudé… !